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Pradeep Cheekhoory mortellement fauché à Sainte-Croix : «Kan mo pa pou la, vey lor to ser bien», avait dit le père à sa fille ainée

Par Le Défi Plus
Publié le: 23 May 2026 à 17:00
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Pradeep Cheekhoory
Pradeep Cheekhoory en compagnie de ses deux filles. Gino Meetun lors de sa comparution en cour mercredi.

En quelques secondes, la vie des sœurs Cheekhoory a été bouleversée. Dans l’après-midi du mardi 19 mai, leur père, Pradeep, 58 ans, est mort après avoir été percuté par une voiture. Il était avec sa fille de 12 ans à la route des Pamplemousses. Gravement blessée, l’adolescente lutte pour sa survie à l’unité des soins intensifs. À Sainte-Croix, une famille entière fait face à l’absence brutale d’un homme dévoué.

Pradeep Cheekhoory, 58 ans, était un pilier pour sa famille. Il leur a été arraché brutalement. Le mardi 19 mai, alors qu’il achetait des gâteaux avec sa fille de 12 ans à la route des Pamplemousses, à proximité du poste de police d’Abercrombie, une voiture conduite par Gino Meetun, 38 ans, les a renversés. Le père de famille n’a pas survécu à l’impact. Sa fille, grièvement blessée, est en observation aux soins intensifs.

La police a arrêté le conducteur, qui est en liberté conditionnelle dans le cadre d’une enquête de la Financial Crimes Commission pour blanchiment d’argent. Dans le sillage de cet accident, il répond d’une accusation provisoire d’homicide involontaire et il est en détention.

Père dévoué

À la rue Ramgoolam, à Sainte-Croix, le temps s’est figé depuis le drame. Pradeep Cheekhoory vivait pour ses deux filles : Bimesha, 17 ans, et Shiksha, 12 ans. Employé dans une maison de jeu à Triolet, il élevait pratiquement seul ses enfants depuis plusieurs années.

« Depuis six ans, son épouse et lui sont séparés et, depuis environ trois mois, il est divorcé », explique un de ses frères.
Après cette séparation, Pradeep Cheekhoory était revenu vivre dans la maison familiale avec ses deux filles. Dans cette demeure aujourd’hui plongée dans le silence et la douleur, les souvenirs reviennent sans cesse.

« Depuis que notre mère est partie, nous ne l’avons presque jamais revue. C’est notre père, nos tantes et nos oncles qui se sont occupés de nous. Mon père a toujours été présent », raconte Bimesha avec émotion.

Malgré ses horaires irréguliers, il faisait toujours en sorte de consacrer le moindre moment libre à ses enfants. Les sorties entre père et filles étaient des habitudes précieuses, des moments qui prennent aujourd’hui une valeur immense.

Attachement

« Nous étions très attachées à notre père. Dès qu’il avait l’occasion, nous sortions ensemble. Lorsque son employeur organisait des sorties familiales, il nous emmenait », relate l’adolescente.

Pour ses filles, Pradeep Cheekhoory représentait bien plus qu’un père. « Il était à la fois notre père et notre mère. Heureusement que nous pouvons aussi compter sur nos tantes et nos oncles. »

Avec sa benjamine, il passait encore davantage de temps. Shiksha était la plus jeune, celle qu’il allait chercher après l’école lorsqu’il était en congé. Aujourd’hui, Bimesha repense sans cesse à une phrase que son père lui répétait parfois, sans imaginer qu’elle prendrait un sens aussi bouleversant. « Kan mo pa pou la, vey lor to ser bien », lui avait-il recommandé.

Ces mots résonnent désormais dans la tête de la jeune fille. Ils sont devenus une responsabilité. Le mardi 19 mai était justement un jour de repos pour Pradeep Cheekhoory.

« Il travaillait selon un système de rotation. Parfois le matin, parfois l’après-midi ou même le soir. Quand il n’était pas disponible, un taxi allait récupérer ma sœur à Terre-Rouge après l’école. Mais lorsqu’il était en congé, c’est toujours lui qui allait la chercher. »

Accident

C’est après avoir récupéré sa fille que le drame a eu lieu. Vers 15 h 30, arrivé à la route des Pamplemousses, non loin de leur domicile, Pradeep Cheekhoory s’est arrêté devant un commerce pour acheter quelques gâteaux avec sa fille. « Il était devant la boutique et s’apprêtait à payer la commerçante lorsqu’une voiture les a renversés. »

Le choc a été d’une extrême violence. Le père et sa fille ont été projetés puis traînés sur l’asphalte. Bimesha, qui était rentrée du collège, a reçu un appel qui a fait basculer sa vie. « Une amie m’a appelée pour me dire que mon père et ma sœur avaient eu un grave accident. J’ai immédiatement couru jusqu’au lieu du drame », raconte-t-elle.

Elle dit qu’elle ne pourra jamais oublier la scène. « Quand je suis arrivée, j’ai vu ma sœur à terre. Elle m’a dit d’aller voir notre père parce qu’il était gravement blessé », confie la collégienne, les larmes aux yeux.  Selon les proches, même grièvement blessé, Pradeep Cheekhoory aurait trouvé la force de penser d’abord à sa fille.

« Juste après avoir été percuté, mon frère a essayé de se rapprocher de sa fille pour voir comment elle allait avant de perdre connaissance », raconte son frère. Transporté d’urgence à l’hôpital Dr A. G. Jeetoo, il n’a malheureusement pas survécu à ses blessures.

Graves blessures

Sa fille Shiksha est dans un état préoccupant. « Elle souffre de plusieurs blessures graves, notamment des fractures au bassin et à la colonne vertébrale. Son foie a été perforé et les médecins ont dû lui enlever la rate. Une lourde intervention chirurgicale de plusieurs heures a été pratiquée sur elle », explique son cousin.

Bien qu’elle ait repris connaissance, la fillette est en observation aux soins intensifs sous étroite surveillance médicale. « Nous ne pouvons toujours pas vraiment l’approcher. Nous prenons constamment des nouvelles des médecins », ajoute-t-il.  

Dans la famille, la colère se mêle au chagrin. Les proches réclament que la lumière soit faite sur cet accident. « Ce chauffeur prive deux filles de leur père. Nous demandons justice. Comment quelqu’un déjà arrêté dans une autre affaire peut-il être impliqué dans un tel drame ? La loi doit être plus sévère », estime un membre de la famille.

Malgré la douleur immense, les proches sont là pour les deux adolescentes. « Pour l’instant, nous nous concentrons surtout sur la santé de la petite. À tout moment, l’hôpital peut nous appeler et nous devons nous y rendre », explique un oncle. La famille Cheekhoory apprend à vivre avec une absence impossible à combler.

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