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Pouvoir d’achat : le recul de la consommation des ménages cette année pourrait freiner la croissance

Par Christina Vilbrin
Publié le: 25 July 2026 à 15:00
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Les dépenses des ménages ont été le moteur de la reprise après  la pandémie.
Les dépenses des ménages ont été le moteur de la reprise après la pandémie.
  • La consommation représente 82,56 % du PIB du pays 

Le constat de la Banque de Maurice est clair : les ménages dépenseront moins cette année. Une évolution qui dépasse le simple pouvoir d’achat. Dans une économie où plus de 82 % du PIB provient de la consommation finale, chaque roupie qui n’est plus dépensée pèse directement sur la croissance.

Dans son « Monetary Policy Report » publié cette semaine, la Banque de Maurice prévient que la consommation privée devrait contribuer moins à la croissance en 2026 comparativement à ces dernières années. 

Selon l’institution, « les dépenses des ménages ont été le principal moteur de la reprise économique après la pandémie. En 2026, la consommation devrait toutefois ralentir sous l’effet de la hausse des prix de l’énergie et des produits alimentaires, qui réduit le revenu disponible réel des ménages. Face à un contexte plus incertain, les ménages adopteront également un comportement plus prudent dans leurs dépenses ». 

La Banque centrale ajoute que le ralentissement de la progression des salaires réels, combiné à la suppression progressive de certaines mesures de soutien budgétaire, devrait limiter les dépenses discrétionnaires des ménages.

Ce diagnostic est loin d’être anodin. Les données officielles montrent que la consommation finale représente 82,56 % du Produit intérieur brut (PIB) du pays en 2026, contre 89,27 % en 2021 (Ndlr : voir plus loin). Cette baisse relative ne signifie toutefois pas une diminution des dépenses en valeur nominale, puisque la consommation finale continue de progresser sur la période.

Pour l’observateur économique Tahir Wahab, les Mauriciens continuent à consommer, mais avec moins de marge, plus de prudence et une croissance de la consommation moins dynamique. Plusieurs signaux montrent que le ralentissement est déjà en cours, selon lui. « En temps normal, on observe toujours une hausse de la consommation à la fin de l’année avec les fêtes et les achats du Nouvel An et même en début d’année avec la reprise scolaire. Mais entre avril et septembre, la consommation ralentit généralement sauf lorsqu’il y a des périodes festives. Cette année, cette tendance est amplifiée par la réduction de certaines allocations sociales et surtout par l’augmentation des prix des produits de base », souligne-t-il.

Selon lui, les ménages arbitrent désormais davantage leurs dépenses. « Les familles ont beaucoup moins de marge de manœuvre pour leurs achats habituels. Cela se voit déjà dans les restaurants, mais aussi dans les grandes surfaces », fait ressortir Tahir Wahab. 

Pour l’observateur économique, ce phénomène dépasse toutefois le simple comportement des ménages : il révèle une fragilité structurelle du modèle économique. « Notre économie reste largement tirée par la consommation. Son ralentissement influence fortement le rythme de croissance. Cela met également en lumière le fait que notre modèle de croissance repose principalement sur la consommation, davantage que sur l’investissement », souligne Tahir Wahab.

Érosion du pouvoir d’achat

Derrière les chiffres de la consommation, c’est une réalité plus concrète qui se dessine : celle de ménages contraints de revoir leurs priorités face à l’érosion de leur pouvoir d’achat. Depuis le deuxième trimestre, explique Suttyhudeo Tengur, les consommateurs commencent à se serrer la ceinture. « Les salaires n’ont pas augmenté au même rythme que les prix. Les légumes sont devenus beaucoup plus chers et certaines familles ne peuvent plus acheter les quantités dont elles ont besoin chaque semaine », indique le président de l’Association pour la Protection de l’Environnement et des Consommateurs (APEC). Il ajoute : « Avec la guerre au Moyen-Orient, les prix de nombreux produits de consommation courante ont augmenté. Les taux d’intérêt restent élevés, les remboursements des prêts pèsent davantage sur les budgets et certaines allocations ont diminué. Tout cela réduit la capacité de consommation des familles ».

Ce ralentissement intervient alors que les perspectives de croissance pour 2026 restent fragiles. Statistics Mauritius prévoit une croissance de 3 % si les perturbations autour du détroit d’Ormuz s’atténuent au second semestre. En revanche, si les tensions persistent, la croissance pourrait ralentir à 2,4 %, sous l’effet de coûts plus élevés. D’ailleurs, le rapport « Monitoring of Prices of Essential Commodities & Impact Analysis » du ministère du Commerce et de la Protection des consommateurs souligne que la hausse des prix liée au conflit au Moyen-Orient pourrait alourdir les dépenses des ménages par rapport à leur revenu disponible. Les foyers les plus modestes seraient les plus touchés, avec une augmentation de leurs dépenses estimée entre 2,7 % et 5,5 %, contre 1,1 % à 2 % pour les ménages les plus aisés, ce qui risque de freiner davantage la consommation. 

Comment renverser la vapeur ? Pour Suttyhudeo Tengur, il est indispensable de renforcer les mécanismes qui protègent les consommateurs face à la flambée des prix. « Le Budget a prévu une nouvelle enveloppe de Rs 2 milliards pour le Price Stabilisation Fund. Il faut s’en servir pour réduire le coût de certains produits essentiels afin de soulager les ménages, surtout ceux qui sont les plus vulnérables », estime-t-il.

Pour Tahir Wahab, les réponses doivent aller au-delà des aides ponctuelles. « Injecter Rs 2 milliards permet de contenir les prix pendant quelques mois, mais lorsque les effets des subventions s’estompent, les hausses reprennent. Il faut des solutions durables », insiste-t-il.

L’observateur économique plaide pour une réduction des droits de douane ou de la TVA sur certains produits alimentaires essentiels afin d’alléger la facture des ménages. Il préconise également de mobiliser le Price Stabilisation Fund pour amortir les hausses des prix des produits pétroliers. « En limitant l’augmentation du coût des carburants, on évite un effet domino sur les prix des denrées alimentaires et des autres biens de consommation. Il faut briser ce cercle vicieux où la hausse des prix alimente l’inflation, érode la valeur de la roupie et finit par peser sur la croissance », explique-t-il.

Au-delà de ces mesures, Tahir Wahab estime que Maurice doit réduire sa dépendance aux importations. « Aujourd’hui, les prix dans les supermarchés atteignent parfois des niveaux comparables à ceux de certaines villes européennes ou de Dubaï, alors que le niveau de vie n’est pas le même. Tant que nous dépendrons autant des importations, nous resterons vulnérables aux chocs extérieurs », fait-il ressortir. 

Pour y parvenir, il appelle à relancer la démocratisation de l’économie en donnant davantage de place aux petites et moyennes entreprises. « Il faut encourager la production locale et permettre aux PME de produire davantage. On parle beaucoup moins aujourd’hui de démocratisation de l’économie, alors que c’est un moyen de renforcer notre résilience », ajoute-t-il.

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