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Pour avoir empiété sur le terrain de son voisin : un homme de 81 ans écope de six mois de prison

La maison des Soodhoo. Le patriarche Sooklall Soodhoo. La maison des Soodhoo. Le patriarche Sooklall Soodhoo.

Véritable coup dur pour la famille Soodhoo à Lesur, Sébastopol. Le patriarche est emprisonné depuis le lundi 3 septembre pour non-respect d’un ordre de la Cour suprême. Les Soodhoo reconnaissent leur culpabilité, mais souhaitent des travaux communautaires pour le chef de famille.

Le temps s’est arrêté chez les Soodhoo. Tous n’ont que Sooklall Soodhoo dans leurs pensées. Ce laboureur de 81 ans a été embarqué par la police de la région dans la matinée de lundi. Direction : la prison de Beau-Bassin. La raison : non-respect d’un ordre de la Cour suprême rendu public le 13 octobre 2017. Il a perdu sa bataille contre son voisin, Rajendra Ramdhean, actuel président de la Mauritius Sanatan Dharma Temples Federation (MSDTF). Ce dernier a obtenu gain de cause en poursuivant son voisin d’avoir empiété d’environ « 20 pieds » sur son terrain à la route Royale à Lesur, Sébastopol.

Né le 25 janvier 1937, Sooklall Soodhoo, plus connu comme Belo, a grandi dans cette localité. Dès son jeune âge, il a pris de l’emploi comme laboureur à Fuel, dans l’est du pays.

Marié en 1963, ce laboureur a six enfants, dont trois garçons et trois filles. Propriétaire d’un terrain de 25 perches depuis 1940, ce n’est qu’en 1990 qu’il a commencé à construire sa maison en béton. Et, en 1994, il a terminé les travaux de sa maison à étage et a pris sa retraite après 40 ans de service.

Ce qui devait être une retraite paisible en occupant sa plantation et de ses animaux, Sooklall Soodhoo allait connaître ses premiers soucis avec la justice dans les années 2000, affirme son fils Chandaram, âgé de 51 ans. « Nous n’avons pas eu une vie de rêve. Nous sommes tous laboureurs et maçons à temps partiel. Mon père a construit sa maison où il vit avec ma mère et un frère au rez-de-chaussée alors qu’à l’étage, mon frère vit avec son épouse et son enfant. En 1999, notre arpenteur nous a remis notre contrat. Il nous a dit que tout était en règle. Ce n’est que dans les années 2000 que tout a commencé où Rajendra Ramdhean nous reprochait d’avoir empiété sur son terrain. Il nous avait demandé de détruire la partie concernée », relate-t-il.

Chandaram admet que sa famille a empiété de « 20 pieds » sur le terrain de son voisin. « Nous avons tenté de parler à Rajendra Ramdhean. Nous sommes pauvres et nous ne pouvons pas détruire une partie de la maison, car une partie à l’étage allait céder. Nous avons multiplié les négociations, mais en vain. Finalement, nous avons été poursuivis devant la Cour intermédiaire en 2008. En attendant, nous avons économisé de l’argent et proposé une somme de Rs 300 000 à notre voisin. Mais peine perdue ! »

Le fils de Sooklall Soodhoo précise qu’il respecte la décision de la Cour suprême et reconnaît la culpabilité de la famille. « Oui, nous sommes en tort. La Cour suprême nous a accordé 120 jours de délai pour détruire cette partie de maison. Au cas contraire, une peine d’emprisonnement de six mois sera servie contre mon père. Malheureusement, nous n’avons pas détruit la partie concernée et nous n’avons pas respecté l’ordre de la cour. Ce qui a provoqué l’emprisonnement de mon père », se lamente-t-il.

Respectant fermement la décision de la justice, Chandaram Soodhoo réclame de l’aide et souhaite que son père fasse des travaux communautaires au lieu de la prison. « La justice a primé, mais nous demandons simplement de l’aide pour notre père. C’est préférable qu’il fasse des travaux communautaires a lieu de la prison. Nous ne savons plus quelle porte frapper. C’est dur pour mon père. Il suit des traitements à l’hôpital psychiatrique. Comment peut-on faire pour protéger un homme de 81 ans contre la prison ? C’est son premier délit » .


Rajendra Ramdhean : « Je suis ouvert aux négociations »

« La Cour l’a condamné, oui. Mais, il avait un délai de 120 jours. » C’est en ces termes que Rajendra Ramdhean s’explique sur le litige avec son voisin, Sooklall Soodhoo. « La Cour nous avait demandé de négocier. Mais pendant les 120 jours, il me n’a pas approché pour discuter. La loi c’est la loi. Vous pouvez avoir 10, 12 ou 80 ans, la justice est pour tout le monde », indique-t-il avant d'ajouter : « L’affaire a traîné pendant 18 ou 20 ans devant la justice.

Cela m’a fait beaucoup de tort. C’est vrai qu’ils m’ont proposé une portion de leur terrain. Mais un terrain sur lequel on ne peut rien faire. Ils étaient venus me voir et m’ont proposé Rs 300 000. Mais, je leur ai dit que nous faisons tout dans la légalité et dans le respect des procédures. Tout doit se faire dans la transparence. Je suis ouvert aux négociations et ma porte est toujours ouverte. »