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Portrait - Yvon et Marie-Josée Attiave : un couple engagé dans la vie associative

couple

Les coups du sort et les moments de bonheur, les doutes et les certitudes ont émaillé leur vie de couple depuis leur mariage, il y a une quarantaine d’années de cela. Qu’importe, Yvon et Marie-Josee Attiave se sont unis pour tout subir. À 70 ans passés, membres de l’association La Dauguet Château  d'Eau Senior Citizens Association, qu’ils ont cofondée, ils rivalisent d’ingéniosité pour mettre un peu de peps dans la vie des seniors de leur localité.

Si, d’aventure le regard s’attarde sur leur maison à deux étages à la route Château d’Eau, Tranquebar,  Marie-Josée s’empresse de nuancer : « La façade est trompeuse. La maison n’est pas un signe de richesse, nos trois enfants et petits-enfants vivent là. Derrière, il y a toute une vie de sacrifices, faite de hauts et de bas. »

Née Duc, sa famille comme celle des Attiave, est enracinée depuis trois générations à Tranquebar. À l’époque, dans la localité, tout le monde se connait. Aussi n’était-il pas surprenant que sur le chemin des écoliers, Yvon croise sa future femme. Malgré le fait que la grande majorité des familles possèdent leurs terres, leurs conditions de vie restent très modestes. Ils ont beaucoup d’enfants, dont certains sont souvent ‘sacrifiés’ pour permettre à d’autres de poursuivre leur scolarité. C’est ainsi qu’Yvon a arrêté ses études à 12 ans pour s’engager comme apprenti garnisseur au garage Ternel, avant de rejoindre le groupe Rogers. Comme lui, Marie-Josée a été obligée d’arrêter ses études en primaire par manque d’argent. À 14 ans, elle ira prendre des cours de ‘modiste’ au Village Council de Tranquebar. 

Comme on se mariait tôt à l’époque, « un peu pour se débarrasser des enfants », les deux jeunes finiront par s’unir. Deux ans plus tard nait leur premier enfant, une fille, et avec, les premiers soucis pour préparer l’avenir. À l’âge de 34 ans, Yvon s’envole pour le Cap d’Ail, une commune située dans le sud de la France où vit un de ses frères. Là-bas, il décroche un emploi comme garnisseur, mais au bout d’un an, il doit rentrer à Maurice, faute de n’avoir pas pu régulariser sa situation. Il retrouve sa famille et son emploi à Port-Louis. Marie-Josée, devenue une couturière professionnelle, a déjà commencé à prendre des commandes. Jusqu'à l’âge de 65 ans, Yvon vivra de son métier de garnisseur au gré des changements d’administration au sein du groupe Rogers. Si leurs retraites et l’unité familiale leur assurent une vie paisible, ils ont quand même ressenti la nécessité d’une vie associative afin de créer des liens entre les seniors de leur localité.

« …un cahier d’activités »

« Nous étions déjà membres d’une association, mais nous avons pensé qu’il fallait une dans notre quartier », raconte Marie-Josée. En 2010, avec son mari et deux autres personnes, elle entreprend des procédures pour monter le Dauguet Château d’eau Senior Citizens Association. Après l’inscription au Registrar of Associations, ils obtiennent l’adhésion à la Senior Citizen Association, qui est placée sous la tutelle du ministère de la Sécurité sociale. « Nous avons fait du porte-à-porte pour recruter les membres. Comme nos deux familles sont de la localité, cela n’a pas été difficile. Mais, il fallait aussi proposer un cahier d’activités et parler argent », indique Yvon.

Depuis sa création, l’association arrive tant bien que mal à financer ses activités, lesquelles, tient à préciser Marie-Josée, restent plutôt modestes. « Nos activités correspondent aux attentes de nos membres qui ne sont pas exigeants, car nous sommes tous issus de la classe ouvrière », souligne-t-elle. Comme la plupart des associations de seniors de Maurice, celle de Château d’eau s’autofinance, face à l’impossibilité de trouver des sponsors. « Il faut faire partie des cercles ‘high-profile’ pour avoir des contacts et obtenir le sponsoring. Ce qui n’est pas notre cas. En fait, on s’entraide beaucoup. Durant les sorties, on aide les autres membres qui sont à court de moyens », fait comprendre Yvon.

Repas de fin d’année

Chaque année, au mois de janvier, l’association réunit ses membres exécutifs au centre de l’Association culturelle de Tranquebar. Objectif : définir un calendrier d’activités, dont certaines sont récurrentes, comme la fête des Mères, le Maha Shivaratree, La Vierge, l’anniversaire de l’association ou encore le repas de fin d’année et les sorties. Avec le don du ministère, versé selon le nombre d’adhérents, l’association réussit régulièrement à organiser un repas de fin d’année dans un restaurant situé hors de la capitale. 

Selon Marie-Josée, l’argent n’est pas l’élément prioritaire. Pour elle, ce qui est primordial, ce sont les moments de rencontre, de dialogue et de détente, qui sont, à la fois des occasions pour mieux se connaitre et se permettre de s'intéresser aux réalités dans le quartier. « Nous saurons ainsi si les fléaux sociaux affectent les jeunes.  L’association est aussi une plateforme pour faire état de nos attentes auprès des pouvoirs publics afin qu’ils nous écoutent », explique-t-elle.


«Nous veillons à la dépense»

Depuis leur enfance, Yvon et Marie-Josée ont appris à connaitre l’importance de l’argent. « Nous avons grandi avec le sens des responsabilités. Nous veillons à la moindre dépense avec prudence », disent-ils. Évidemment, comme tous les Mauriciens, ils ont entendu dire que la pension de retraite sera revue à la hausse. « On parle de ça partout, ce serait une bonne chose compte tenu de la hausse du coût de la vie. Je suis un peu étonné lorsqu’on nous dit qu’il faut manger des céréales, des fruits chaque jour, beaucoup de légumes et des yaourts. Mais où trouver l’argent pour acheter ces choses essentielles pour nous, les seniors ? », se demande Yvon. 


« Les seniors sont toujours ‘oubliés’ par les bus »

Pour les seniors, marcher c’est un bon exercice, mais dans des rues sans trottoirs, c’est s’exposer aux ‘chauffards’. Il y a pire : les autobus qui ne s’arrêtent pas pour faire monter les ‘vieux’ ou rester debout durant les longs trajets. « Les conducteurs disent qu’ils nous oublient.  Nous, nous avons de la chance que nos enfants ont leurs voitures, mais on ne peut pas trop leur demander. Ils rentrent parfois tard et sont fatigués », explique Yvon.

« D’autres personnes sont, elles condamnées à prendre le bus. Certes, il y a des places réservées aux seniors et aux personnes à handicap, mais personne, à commencer par le receveur, ne respecte la loi. Parfois des jeunes disent : «  Sa bann vie la pa kapav rest kot zot. Mais, ils ne savent pas qu’on paie la TVA qui sert aussi à payer le transport gratuit et eux, ils ne travaillent pas encore. »

Quant à la civilité chez les enfants, le couple Attiave assure qu’il a la conviction d’avoir rempli leur devoir en transmettant les bonnes manières à leurs trois enfants, ainsi qu’une ‘bonne éducation’, à force de sacrifices. « Quant aux petits-enfants, eux aussi sont inspirés par nos valeurs, mais dans la rue, nous n’en savons rien. Nous ne sommes pas les seuls. L’unique moment où l’on se fait les confidences, c’est durant les moments en famille et les grands repas », poursuit Marie-Josée.

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