Portée disparue depuis le 26 février : les proches de Deepika attendent, entre espoir et effroi
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Le Dimanche /L' Hebdo
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Trente-sept ans, deux enfants en bas âge, une vie marquée par la violence conjugale. Yogeshwaree Bhunjun, surnommée Deepika, n’a plus donné signe de vie depuis le 26 février. Son compagnon, le Dr Arvind Ramchurn, a été arrêté. Sa famille s’accroche à l’espoir. Mais les jours passent.
Sur la table, il y a peut-être une photo. Peut-être un dessin d’enfant, un souvenir de visite. À Lallmatie, le père de Deepika attend. Il attend depuis plusieurs semaines maintenant, depuis ce jour où sa fille a disparu sans laisser de trace. La police est venue vérifier ce soir-là... elle n’était pas là. Les policiers sont repartis. Et depuis, rien.
Mère d’un petit de trois ans et d’un nourrisson de huit mois, elle ne les aurait jamais laissés sans raison. « Elle ne sortait jamais sans ses enfants », confie une tante. « Ses enfants sont encore petits et ont encore besoin d’elle. Elle a un bébé de huit mois. » Cette phrase revient, comme une évidence, comme une impossibilité.
Deepika avait rencontré le Dr Arvind Ramchurn, il y a environ treize ans. Elle était partie vivre avec lui, ils avaient fondé une famille, loué une maison à Fond-du-Sac. Elle venait parfois voir son père à Lallmatie, mais parlait peu de sa vie privée. « Ils sont déjà venus, mais ils avaient l’air d’être bien ensemble », dit la tante. Les apparences, pourtant, ne disaient pas tout.
Car derrière cette façade, Deepika traversait une réalité que sa famille ne mesurait pas pleinement. « Nous ne savions pas ce qu’elle subissait. Un jour, elle est apparue chez nous et nous a expliqué qu’elle avait dû se rendre dans un abri pour femmes. » Cette révélation les avait bouleversés. Mais Deepika était repartie. Vers lui, vers ses enfants, vers cette maison de Fond-du-Sac où personne ne savait vraiment ce qui se passait derrière la porte close.
Le propriétaire de la maison, lui, ne s’attendait à rien de tel. « Ils avaient l’air de bien s’entendre. Le docteur est un professionnel, ponctuel dans ses paiements », explique-t-il. Pourtant, il y a quelque temps, il avait croisé le médecin avec un air préoccupé. Il lui avait demandé si tout allait bien. « Il m’avait répondu qu’il avait des soucis avec sa compagne. C’est leur vie privée et je ne voulais pas en savoir davantage. »
Ce 26 février, c’est Arvind Ramchurn lui-même qui a appelé la famille. Il voulait savoir si Deepika était chez son père. Elle n’y était pas. Le père s’est ensuite rendu au poste de police pour signaler la disparition de sa fille. Le 3 mars, dans sa propre plainte, le Dr Ramchurn a affirmé qu’en rentrant chez lui, sa compagne était déjà partie sans laisser d’indication.
Mais les enquêteurs de la Major Crime Investigation Team (MCIT) n’ont pas tardé à s’intéresser de plus près à cette version. Un test au Bluestar pratiqué dans la maison de Fond-du-Sac et dans le véhicule du médecin a révélé des traces de sang. Des prélèvements ont été effectués et sont en cours d’analyse.
Le Dr Ramchurn a été arrêté. Il a fourni des alibis, rejette toute implication, nie la thèse du meurtre. Il a retenu les services de Me Rama Valayden. Mercredi, il a comparu devant le tribunal de Pamplemousses. La police a objecté à sa remise en liberté sous caution. Il demeure en détention.
À Lallmatie, la famille ne sait pas quoi penser. Elle ne veut pas penser au pire, même si le pire, désormais, s’impose à chaque réveil. « Nous gardons espoir qu’elle va apparaître », lâche la tante, comme pour conjurer ce qui pèse dans l’air depuis trop longtemps.
Le père attend toujours. Les deux enfants, eux aussi, attendent leur mère sans vraiment le savoir.
Les recherches se poursuivent.