Pollution à Pointe-aux-Sables : duel à distance entre Joanna Bérenger et Rajesh Bhagwan
Par
Jean-Marie St Cyr
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Jean-Marie St Cyr
Un conduit d’eaux usées de la Wastewater Management Authority a été endommagé lors de travaux d’excavation, le 10 juin. Ce qui a causé la pollution de la rivière de Pointe-aux-Sables sur près de trois kilomètres. L’opposition et le ministre de l’Environnement s’affrontent à travers des vidéos et des communiqués dans le sillage de cet incident.
C’est un incident environnemental qui a rapidement pris une dimension politique. D’un côté, Joanna Bérenger, ex-Junior Minister à l’Environnement, désormais députée du Fron Militan Progresis (FMP) dans le camp de l’opposition. De l’autre, Rajesh Bhagwan, ministre de l’Environnement, qui a dû monter au créneau après plusieurs jours de silence. Le terrain du conflit : la rivière de Pointe-aux-Sables, colorée en rose par des effluents de teinturerie industrielle et d’eaux usées domestiques à la suite d’un accident survenu le 10 juin.
Tout commence lors de travaux de fouille conduits par l’entreprise GECC Ltd dans le cadre de l’installation d’une ferme de panneaux photovoltaïques. L’entrepreneur endommage par inadvertance un conduit de la Wastewater Management Authority (WMA), qui transportait 80 % d’eaux usées industrielles – de la teinturerie d’une usine textile RT Knits – et 20 % d’eaux usées domestiques. Les effluents se déversent dans la rivière voisine, provoquant la mort de poissons et une pollution constatée sur environ trois kilomètres selon la députée Joanna Bérenger. Une odeur nauséabonde s’installe dans la région.
Dans la matinée du 11 juin, le ministère de l’Environnement a effectué une première visite sur site, conjointement avec la police de l’Environnement, le National Disaster Risk Reduction and Management Centre, la WMA, RT Knits et le National Environment Laboratory. Le ministère de la Pêche se rend également sur place. Mais pendant deux jours, aucune communication officielle n’est adressée au grand public.
C’est face à ce silence que Joanna Bérenger prend position. Dans une vidéo postée sur sa page Facebook durant le week-end, elle interpelle le ministère de l’Environnement sur l’absence de communication claire. « Trwa zour apre ki sa inn arive, pa pe gagn okenn komikasion kler lor sa problem la », avance-t-elle. Selon elle, le ministre a « disparet lor map » et mène une politique « bat bate ». Elle met en cause l’efficacité des mesures prises sur le terrain, affirmant qu’il n’y aurait « aucun sac de sable pour empêcher l’eau de la rivière de se déverser dans la mer », et que les photos publiées par les autorités pour attester de leur réactivité auraient été « retouchées par l’intelligence artificielle ».
La députée du FMP questionne l’ampleur de la pollution. Avec 104 rotations de camions d’assainissement annoncées par le ministère, elle s’interroge sur le volume d’eau polluée qui a pu atteindre la mer. « Toute la rivière a été polluée, est-ce qu’ils vont pomper toute l’eau de la rivière ? » Elle interpelle également les autorités sur les autorisations obtenues par GECC Ltd avant d’entamer ses travaux d’excavation.
La députée Joanna Bérenger n’hésite pas à employer le terme d’écocide – récemment introduit dans la législation mauricienne –pour qualifier la situation. « Se enn masak ekolozik, enn krim kont la natir. » Elle déplore une omerta qu’elle juge incompatible avec la gravité des dégâts.
La réplique du ministre intervient le 13 juin, soit trois jours après l’incident, sous la forme d’un communiqué détaillant de façon chronologique les mesures prises. Sur le fond, le ministère de l’Environnement met en avant la coordination entre les différentes autorités concernées et la continuité des opérations de pompage. « Un accident est arrivé et nous avons œuvré dans la transparence », indique-t-il. Selon lui, son ministère a communiqué en toute transparence sur la situation depuis le début.
Interrogé directement sur les critiques de la députée Joanna Bérenger, le ministre choisit de ne pas entrer dans la polémique. « Je ne polémique pas, je ne vais pas mélanger la politique et mon travail. Je fais mon travail en tant que ministre de l’Environnement qui assume ses responsabilités, que ce soit à Belle-Mare, à Pointe-aux-Sables ou ailleurs. » Il ajoute qu’un suivi rigoureux est assuré par la police de l’Environnement, la WMA et le ministère de la Pêche. Les opérations de pompage se poursuivent.
Le dimanche 14 juin, le Junior Minister de l’Agro-industrie et de l’Économie bleue, Fabrice David, député de la circonscription, a aussi visité les lieux avec diverses parties prenantes.
Sur le plan opérationnel, le General Manager de la WMA, Navin Jawaheer, apporte des éléments précis. Il affirme que des équipes ont été mobilisées dès le soir de l’accident et que le pompage s’est poursuivi toute la nuit du mercredi, à la fois dans la rivière et dans le système de canalisation. « Il n’y a plus d’eaux usées qui se déversent dans la nature actuellement », assure-t-il. Il précise que les eaux de l’usine textile subissent un prétraitement avant d’entrer dans le réseau de la WMA, puis un second traitement à la station de Montagne Jacot avant d’être déversées à la mer.
La WMA attend les documents attestant des autorisations obtenues par GECC Ltd avant le début des travaux. Navin Jawaheer explique que, vu la présence de réseaux souterrains sensibles regroupant eau, électricité et évacuation des eaux usées, des « trial pits » doivent être réalisés préalablement à tout chantier. Et l’entrepreneur doit disposer d’un plan précis de la disposition des infrastructures souterraines dans la zone concernée. Si GECC Ltd devait reprendre ses travaux, ce serait sous la supervision directe de la WMA, annonce-t-il.