Politique : quitter le gouvernement pas à l’ordre du jour du MMM
Par
Patrick Hilbert
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Patrick Hilbert
La situation politique reste incertaine. Les regards sont désormais rivés sur la réunion spéciale du comité central du Mouvement Militant Mauricien prévu pour ce samedi. D’ici-là, les choses devraient rester en l’état avec un Paul Bérenger qui demeure à son poste de Premier ministre adjoint. Toutefois, comme il l’a lui-même laissé comprendre, il ne devrait pas être présent au conseil des ministres vendredi.
Le Premier ministre, Navin Ramgoolam, et le Premier ministre adjoint, Paul Bérenger, se sont rencontrés lundi à 15 h 30 au bâtiment du Trésor, à Port-Louis. La réunion n’a duré qu’une trentaine de minutes. Elle s’inscrit dans un contexte de proposition faite par Paul Bérenger la semaine dernière autour du ministère des Finances et une possibilité de démission du numéro 2 du gouvernement.
Selon les éléments disponibles, Navin Ramgoolam a demandé à Paul Bérenger de lui accorder encore un peu de temps sur plusieurs dossiers jugés prioritaires. Parmi eux figurent la réforme du système électoral, la remise en ordre du Law and Order ainsi que d’autres sujets de l’action gouvernementale. Le Premier ministre aurait insisté sur la nécessité de poursuivre le travail engagé.
Toutefois, la question du ministère des Finances a occupé une place centrale dans leur tête-à-tête. La semaine dernière, Paul Bérenger avait proposé au chef du gouvernement que la responsabilité de ce portefeuille soit confiée à une autre personne pour permettre à Navin Ramgoolam de se concentrer sur des dossiers tels que le Law and Order, la lutte contre la drogue, la politique étrangère, entre autres. Navin Ramgoolam lui a cependant clairement indiqué son souhait de conserver les Finances sous sa tutelle.
Peu après 17 heures, Paul Bérenger a rendu compte de cette rencontre lors d’une réunion du bureau politique du MMM, qui s’est tenue à la rue Ambrose, à Rose-Hill. Il y a confirmé que le Premier ministre lui avait signifié son intention de garder le ministère des Finances.
Plus que le ministère des Finances, c’est la réforme électorale qui aurait été au centre des discussions au sein du bureau politique. Paul Bérenger aurait expliqué que l’évolution de ce dossier pèsera de manière déterminante sur les choix qu’il sera amené à faire. Si la réforme avance de manière correcte et sincère, cela pourrait avoir une forte influence sur sa décision de rester ou non au sein de l’exécutif. Il aurait ajouté qu’il fait confiance à Navin Ramgoolam sur ce point et que ce dernier lui a promis la présentation rapide d’un Cabinet Paper. Des débats ont aussi porté sur le fait que le MMM quitte le gouvernement, il n’y aurait pas de réforme électorale.
Cette séquence s’inscrit dans le cadre de la consultation nationale ouverte début décembre par le gouvernement sur la réforme du système électoral, conformément à une promesse figurant dans le programme gouvernemental 2025-2029.
Celle-ci prend fin le 30 janvier. Il a ensuite été convenu entre Navin Ramgoolam et Paul Bérenger que le Premier ministre présente un Cabinet Paper et ensuite un projet de loi au Parlement dans un délai plus ou moins court.
Un autre volet, plus sensible, aurait également été abordé lors du bureau politique, bien que partiellement évoqué lors du point de presse de Paul Bérenger après la réunion. Le leader du MMM est revenu sur l’existence d’un « gang » autour de Navin Ramgoolam, qu’il estime nuisible au Premier ministre. Devant la presse, il a affirmé que ce groupe « fait beaucoup de tort » à Navin Ramgoolam. En interne, lors du bureau politique, il serait allé plus en profondeur, liant cette problématique à des soupçons de corruption.
Selon les recoupements de sources proches du Premier ministre, il nous revient que la position de ce dernier est qu’il n’existe, à ce stade, aucune preuve établie de maldonne, mais qu’une action sera prise dès que les soupçons se confirment. Ce fameux « gang des cinq » est constitué de personnes de l’entourage proche de Navin Ramgoolam. Dans les milieux proches du PTr, il nous revient que le Premier ministre serait en colère de la conférence de presse de son adjoint. Il a même l’intention de le convoquer pour lui dire d’arrêter de critiquer le gouvernement tant il en fait partie.
Paul Bérenger n’aurait pas évoqué la possibilité de démissionner de son poste de Premier ministre adjoint pour siéger comme simple backbencher. Il a toutefois exprimé un sentiment de lassitude, parlant d’un certain ras-le-bol.
Aucune décision n’a été arrêtée à ce stade, même si la proposition concernant le ministère des Finances n’a pas été acceptée. La suite des événements dépendra désormais d’un comité central spécial du MMM, qui doit se réunir ce samedi pour décider de la marche à suivre.
Du côté du Parti travailliste, la situation est suivie avec inquiétude. La crainte de voir Paul Bérenger quitter le gouvernement est bien réelle. Dans l’entourage même de Navin Ramgoolam, certains confiaient après la réunion que l’hypothèse d’une démission du Premier ministre adjoint ne peut être écartée, notamment en raison du désaccord persistant sur la question des Finances. Lors de consultations menées par le Premier ministre avec plusieurs cadres du Parti travailliste, ces derniers lui ont exprimé leur souhait de voir Paul Bérenger rester au Cabinet en tant que numéro deux du gouvernement. Les prochains jours s’annoncent donc déterminants.
Pour les proches du MMM, le plus important est que Paul Bérenger, n’a pris aucune décision jusqu’ici. Plusieurs membres du BP n’ont pas participé aux débats.