Polémique suivant le Transfert de Ras Natty Baby en Inde - OMCA : les dessous d’un modèle hybride dans le collimateur de la FCC
Par
Nasif Joomratty
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Nasif Joomratty
La Financial Crimes Commission (FCC) enquête sur les activités financières de l’Overseas Medical Care Assistance (OMCA) Ltd ainsi que sur celles de ses différentes branches. Depuis le début de la semaine, la commission s’intéresse notamment à l’origine des financements et à la manière dont les fonds sont collectés et gérés par l’OMCA Foundation. Ce groupe en pleine expansion est dirigé par les frères Dilloo, originaires de Camp-Caval, Curepipe.
Mardi 5 mai, après l’audition de Tasleem Dilloo, directeur d’OMCA, la FCC a entamé une série de vérifications, dont l’analyse de plusieurs appareils numériques par son laboratoire médicolégal. L’enquête fait suite à la polémique liée aux frais de rapatriement de Joseph Nicolas Emilien, dit Ras Natty Baby, décédé en Inde, dont l’hospitalisation avait été prise en charge par OMCA Ltd.
Au moins six plaintes ont été déposées auprès de la FCC par des proches de patients, qui dénoncent des collectes de fonds jugées opaques effectuées au nom de leurs proches. L’objectif des enquêteurs est de déterminer si les pratiques financières de l’organisation respectent les cadres réglementaires en vigueur. Mardi, au Parlement, le ministre de la Santé, Anil Bachoo, a d’ailleurs évoqué le flou juridique entourant le fonctionnement de ce type de structures.
Les enquêteurs du Réduit Triangle examinent de près les mécanismes financiers d’OMCA Ltd, d’OMCA Foundation et des entités affiliées. Ils ont établi qu’OMCA Ltd emploie 28 salariés et s’interrogent sur l’origine des fonds utilisés pour financer cette masse salariale. Lors de son audition, Tasleem Dilloo a indiqué qu’OMCA Ltd est une « profitable company » spécialisée dans les services de « medical escorts », tandis qu’OMCA Foundation est une organisation à but non lucratif. Selon lui, les transferts médicaux vers l’étranger sont facturés aux clients.
La provenance des fonds est analysée afin d’écarter tout risque de détournement ou de blanchiment d’argent via la plateforme OMCA. Par ailleurs, les procédures encadrant les transferts médicaux et les collectes de fonds seront passées au crible pour s’assurer de leur conformité avec les réglementations en vigueur.
Fondée en 2017 sous le nom d’Overseas Medical Care Assistance (OMCA) Ltd, l’entreprise, initialement établie à Forest Side et aujourd’hui implantée à Hyvec Park, Ébène, s’est spécialisée dans l’organisation de soins à l’étranger pour des patients mauriciens.
À sa tête se trouve Tasleem Dilloo, infirmier de formation et spécialiste du transport médical aérien. Le groupe affirme avoir pris en charge plus de 6 000 patients. OMCA a également étendu sa présence à l’échelle régionale, notamment à Madagascar et au Zimbabwe.
En avril, l’entreprise a franchi une nouvelle étape en reprenant la gestion de Diagnos Clinique, consolidant ainsi son ancrage dans le secteur médical local. Le groupe est dirigé par les frères Dilloo : Tasleem, CEO d’OMCA, Tawfick, directeur d’OMCA Group, et Shahrukh Khan Dilloo, Managing Director d’OMCA Ltd.
Cependant, derrière cette expansion rapide, une question demeure : comment fonctionne réellement ce modèle ?
OMCA Ltd ne se limite pas à une seule entité. Le groupe se décline en plusieurs branches proposant divers services, notamment Air Medical Escort, OMCA Ambulance and Home Care Service, OMCA Santé Plus et l’OMCA Foundation. Cette organisation combine des activités commerciales — telles que les services médicaux, l’accompagnement et la logistique — avec des actions à vocation humanitaire par le biais de sa fondation.
OMCA Ltd affiche un chiffre d’affaires de Rs 20,6 millions pour l’année 2024, selon les déclarations déposées auprès du Registrar of Companies. Sur ce montant, Rs 8,1 millions ont été enregistrées comme « gross profit » (marge brute) par la société. L’entreprise indique également avoir engagé des dépenses administratives s’élevant à Rs 1,2 million durant l’exercice 2023-2024. À l’issue de cette période financière, une perte de Rs 3,7 millions a été déclarée.