PNQ - Conséquences du conflit au Moyen-Orient : Maurice redoute une nouvelle poussée inflationniste
Par
Ruquyya Kurreembokus, Alwin Sungeelee
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Ruquyya Kurreembokus, Alwin Sungeelee
Les tensions dans le golfe font peser de nouvelles incertitudes sur l’économie mauricienne, notamment sur les prix des carburants et des produits de base. À l’Assemblée nationale, hier, 24 mars 2026, le gouvernement a détaillé ses mesures pour contenir l’impact, tandis que l’opposition a exprimé ses inquiétudes face à la hausse déjà perceptible des prix.
Répondant à la Private Notice Question du leader de l’opposition, Joe Lesjongard, à l’Assemblée nationale, le ministre du Commerce, Michael Sik Yuen, a affirmé que le conflit accentuait les incertitudes sur les marchés internationaux, notamment en ce qui concerne le pétrole et les chaînes d’approvisionnement. Une situation qui pourrait rapidement se traduire par une hausse du coût de la vie. « Même la perception d’un risque suffit à faire grimper les prix du pétrole », a-t-il expliqué, évoquant des tensions autour de points stratégiques comme le détroit d’Ormuz.
Résultat : les prix de l’énergie, mais aussi ceux du transport et des assurances, sont en hausse. Et ce n’est que le début, car ces augmentations finissent toujours par se répercuter sur les produits du quotidien.
Maurice, en tant qu’économie ouverte, subit de plein fouet ces chocs externes. L’augmentation des prix du pétrole entraîne une hausse des coûts de transport et de production, touchant directement plusieurs secteurs, de l’industrie aux services. Mais ce n’est pas tout. Le ministre a également mis en garde contre la hausse des prix des denrées alimentaires sur le marché international. Engrais plus chers, coûts de production en hausse dans les pays exportateurs, perturbations logistiques… autant de facteurs qui risquent d’alourdir davantage la facture des importations alimentaires. Pour l’heure, les consommateurs mauriciens ne ressentent pas encore pleinement ces effets. Mais cela ne saurait tarder, prévient Michael Sik Yuen : « Les cargaisons reflétant les nouveaux prix sont encore en transit », a précisé le ministre.
Autre facteur aggravant : le renforcement du dollar américain. Comme de nombreuses transactions internationales se font en dollars, cela renchérit davantage le coût des importations pour Maurice. À cela s’ajoutent des contraintes logistiques : un fret plus cher, des délais de livraison allongés et des difficultés d’approvisionnement. Autant d’éléments qui exercent une pression supplémentaire sur les importateurs… et, au final, sur les consommateurs.
Face à cette situation, le Comité de coordination macroéconomique a élaboré plusieurs scénarios. L’un des principaux risques identifiés est une hausse significative de l’inflation. Initialement estimée entre 3,6 % et 4 % pour 2026, elle pourrait désormais atteindre jusqu’à 6 %. Un niveau qui inquiète, dans un pays où le coût de la vie est déjà au cœur des préoccupations.
Le gouvernement assure toutefois qu’il ne reste pas les bras croisés. Plusieurs mesures ont déjà été mises en place pour contenir la hausse des prix. Parmi elles : la baisse des prix des carburants, la suppression de la TVA sur certains produits de base et la mise en place de subventions sur des produits essentiels comme le lait, l’huile ou encore les couches pour bébés.
Un système de contrôle des prix couvre également plus de 25 000 produits à Maurice et à Rodrigues. Objectif : éviter toute hausse abusive et protéger les consommateurs.
Par ailleurs, un fonds de stabilisation des prix a été instauré pour amortir les fluctuations des marchés internationaux. Doté de 10 milliards de roupies sur cinq ans, ce fonds a déjà permis le déboursement d’environ 628 millions de roupies à ce jour, sous forme de subventions. Le gouvernement travaille aussi à diversifier ses sources d’approvisionnement afin de réduire sa dépendance.
Malgré ces assurances, sur le terrain, l’inquiétude grandit. À l’Assemblée nationale, le leader de l’Opposition a interpellé le ministre du Commerce sur « ces prix qui commencent déjà à augmenter dans les supermarchés ». Le ministre reconnaît que la vigilance est de mise, notamment face au risque de spéculation. Il affirme que son ministère surveille la situation « presque quotidiennement » et promet davantage de transparence, avec la mise en place prochaine d’une plateforme en ligne permettant de comparer les prix.
Le ministre a aussi insisté sur le rôle du Price Stabilisation Account (PSA), qui affiche actuellement un déficit net d’environ 1,9 milliard de roupies, en raison notamment d’un déficit important sur le gasoil. Ce mécanisme permet toutefois d’amortir les fluctuations des prix internationaux et d’éviter des hausses brutales à la pompe.