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Plateforme nationale d’apprentissage : Rs 25 M pour l’implantation de l’IA dans les écoles et les entreprises

Par Annick Daniella Rivet
Publié le: 18 July 2026 à 15:00
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Mauritius Telecom, en collaboration avec le ministère de l’Éducation, lancera une plateforme numérique d’apprentissage.
  • Un tuteur IA adapté au programme scolaire mauricien

Le Budget 2026-2027 prévoit Rs 25 millions pour une plateforme nationale d’apprentissage de l’intelligence artificielle et la formation de milliers d’enseignants et de professionnels.

Dans le Budget 2026-2027, le Premier ministre et ministre des Finances, Navin Ramgoolam, a annoncé une enveloppe de Rs 25 millions destinée à la création d’une plateforme nationale d’apprentissage de l’intelligence artificielle. Celle-ci proposera des formations et des certifications, tandis qu’un programme spécial sera consacré aux jeunes entrepreneurs. Mené en partenariat avec l’Inde, le programme « Champion of AI » encouragera une utilisation responsable de l’intelligence artificielle. L’apprentissage assisté par l’IA sera également introduit dans les écoles.

Selon nos recoupements d’information, la formation de 8 000 enseignants du secondaire devrait être menée au cours d’une année financière. Le défi est de taille, mais la stratégie serait déjà définie. La formation débutera à la mi-octobre, pendant les vacances scolaires, et se déroulera en deux phases.

Dans un premier temps, une session en présentiel réunira un groupe d’enseignants et d’élèves. Ensuite, afin de toucher le plus grand nombre, Mauritius Telecom lancera, en étroite collaboration avec le ministère de l’Éducation, une plateforme numérique d’apprentissage. Celle-ci proposera des tutoriels vidéo interactifs et adaptés, permettant à chaque enseignant et à chaque élève d’apprendre, à son rythme, à utiliser ce tuteur intelligent. À l’issue de la formation, les enseignants pourront suivre l’évolution de l’apprentissage de leurs élèves afin de mieux les accompagner.

Le gouvernement et Mauritius Telecom ont mis en place des garde-fous présentés comme particulièrement robustes. Contrairement aux systèmes accessibles au grand public, ce dispositif d’intelligence artificielle fonctionnera dans un environnement fermé et sécurisé. Mauritius Telecom offrira également un accès gratuit et exclusif à cette plateforme d’IA à travers son réseau mobile.

Le tuteur IA n’est pas un outil importé d’Europe ou d’Amérique. Il est calibré sur le programme scolaire national et intègre des exemples locaux, afin que les élèves mauriciens et rodriguais puissent facilement s’identifier aux exercices proposés. La plateforme sera disponible en français, en anglais et en kreol morisien.

« L’IA ne doit pas remplacer l’enseignant »

Dain Jahajeeah, enseignant de Travel & Tourism, considère l’intelligence artificielle comme un outil prometteur. Il met toutefois en garde contre les risques liés à une utilisation excessive. Il plaide pour un meilleur accompagnement des enseignants et rappelle que la technologie ne saurait se substituer au professeur.

Pour Dain Jahajeeah, les outils numériques font partie du quotidien des enseignants depuis plusieurs années. Bien avant l’arrivée de l’intelligence artificielle, l’enseignant s’appuyait déjà sur Internet et son ordinateur pour préparer ses cours, effectuer des recherches et organiser son travail. En classe, il utilise régulièrement une tablette PC pour consulter et transporter ses notes.

Si l’IA représente une avancée technologique majeure, elle n’est pas sans risques, selon lui. « Nous disposons aujourd’hui d’éléments montrant qu’une dépendance excessive à l’IA peut amener certains élèves à fournir moins d’efforts pour apprendre par eux-mêmes, affirme-t-il. À terme, cela peut réduire leur autonomie et leur capacité à travailler sans assistance, notamment lors des devoirs ou des examens. »

Face à cette évolution, il tient à réaffirmer la place centrale du professeur dans le processus éducatif. « Nous ne pouvons pas permettre à l’IA de remplacer le rôle de l’enseignant. Elle doit demeurer un outil au service de l’éducation et contribuer à rendre l’enseignement plus efficace, sans se substituer à l’humain dans la salle de classe », soutient-il.

Dain Jahajeeah indique avoir déjà bénéficié d’une première initiation à cette technologie. « J’ai suivi une formation accélérée organisée par le ministère de l’Éducation. Malheureusement, aucun suivi concret n’a été mis en place pour accompagner sa mise en œuvre. J’ai également eu l’occasion de participer à une importante réunion consacrée à l’IA, organisée par Education International (EI). »

Concernant l’accompagnement offert aux enseignants, son constat est sans appel. « On entend beaucoup parler de l’intelligence artificielle dans les mesures annoncées par le gouvernement, mais, sur le terrain, peu d’actions concrètes sont visibles. Les enseignants doivent souvent financer eux-mêmes leurs équipements informatiques, qu’il s’agisse d’ordinateurs portables, de tablettes ou de smartphones. »

Il relève également une contradiction entre certaines politiques scolaires et les ambitions numériques affichées. « Dans certains établissements, l’utilisation du téléphone portable reste interdite. Cette approche semble difficilement compatible avec la volonté d’intégrer davantage les technologies liées à l’IA dans l’enseignement. »

L’enseignant s’inquiète aussi d’un possible élargissement des écarts entre les élèves. « La fracture numérique est toujours présente, même plusieurs années après la pandémie de Covid-19. Certains enfants issus de milieux socio-économiques défavorisés rencontrent encore des difficultés d’accès aux outils informatiques. L’accès à l’IA risque donc d’être encore plus compliqué pour eux. »

Pour éviter que les élèves ne deviennent trop dépendants des réponses automatisées, il privilégie le travail en présentiel et les échanges entre pairs. « Les activités en classe doivent rester au cœur de l’apprentissage. Les élèves doivent être davantage exposés aux travaux de groupe afin d’apprendre les uns des autres. Il faut également leur enseigner une utilisation responsable des outils numériques. »

À ses yeux, l’intelligence artificielle transformera inévitablement le système éducatif au cours de la prochaine décennie. « L’IA va modifier le paysage éducatif à travers le monde. La véritable question est de savoir comment Maurice s’adaptera à cette transformation. Avons-nous les ressources et la volonté nécessaires pour accompagner ce changement de manière responsable ? », s’interroge-t-il.

Il estime par ailleurs que certains prérequis demeurent indispensables. « Il est surprenant de constater que certaines écoles rencontrent encore des difficultés liées à la connectivité ou aux infrastructures de base, alors que l’accès à Internet est essentiel à l’intégration de l’intelligence artificielle. »

Enfin, pour repérer un travail réalisé à l’aide de l’IA, Dain Jahajeeah s’en remet à l’expérience des enseignants. « Les enseignants connaissent généralement très bien leurs élèves et leur manière de s’exprimer ou d’écrire. Lorsqu’un devoir est soudainement trop parfait ou ne correspond pas au niveau habituel d’un élève, cela peut constituer un indice, surtout si les réponses sont reprises sans reformulation personnelle. »

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