Plateau des Mascareignes - Hydrocarbures : Maurice relance l’exploration en mer
Par
Patrick Hilbert
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Patrick Hilbert
Maurice et les Seychelles confient à la société française Viridien une nouvelle campagne de levés sismiques sur leur plateau continental commun afin d’évaluer le potentiel en pétrole et en gaz.
Maurice et les Seychelles relancent l’exploration du potentiel pétrolier de leur plateau continental commun. Le Conseil des ministres a approuvé, vendredi, la signature d’un accord avec la société française Viridien pour mener une vaste campagne de levés sismiques dans la Joint Management Area (JMA), une zone maritime de près de 396 000 km² administrée conjointement par les deux pays. Cette opération doit permettre de mieux connaître le sous-sol marin et d’évaluer s’il pourrait renfermer des hydrocarbures.
Il ne s’agit toutefois pas du lancement d’une exploitation pétrolière. La campagne annoncée constitue l’une des premières étapes de toute exploration. Son objectif est de recueillir des données géologiques et géophysiques afin de déterminer si les formations rocheuses situées sous le plancher océanique présentent des caractéristiques favorables à la présence de pétrole ou de gaz.
Concrètement, un navire spécialisé sillonnera la zone en envoyant des ondes acoustiques vers les profondeurs marines. Les échos renvoyés permettront de reconstituer une image détaillée des différentes couches géologiques du sous-sol. Les scientifiques pourront ainsi repérer d’éventuelles structures susceptibles de contenir des hydrocarbures. Aucune opération de forage n’est prévue à ce stade. Même si des indices étaient détectés, plusieurs années d’études supplémentaires seraient encore nécessaires avant d’envisager une quelconque exploitation. Il faudrait notamment confirmer la présence d’hydrocarbures, déterminer leur profondeur et établir si leur extraction serait techniquement et économiquement viable.
Le partenaire retenu, Viridien, est loin d’être un inconnu pour les autorités mauriciennes. Anciennement connue sous le nom de CGG (Compagnie Générale de Géophysique), l’entreprise française figure parmi les principaux spécialistes mondiaux de l’acquisition et de l’interprétation de données géophysiques destinées à l’exploration des ressources naturelles.
« C’est une entreprise que nous connaissons déjà lorsqu’elle s’appelait encore CGG. En 2019, un contrat lui avait été attribué pour réaliser des levés sismiques multi-clients dans quatre zones de nos eaux territoriales », confie une source proche du dossier. À l’issue d’un appel à manifestation d’intérêt lancé en 2016, le gouvernement mauricien avait effectivement retenu CGG Services SAS en octobre 2019, avant de signer le contrat en janvier 2020.
La campagne prévue dans la Joint Management Area reposera sur le principe d’un levé sismique « multi-clients ». Contrairement à une étude financée par une seule compagnie pétrolière, les données seront collectées par Viridien, puis commercialisées sous licence auprès de plusieurs entreprises susceptibles d’être intéressées par une future exploration. Ce modèle permet à Maurice et aux Seychelles d’enrichir leurs connaissances du sous-sol marin sans supporter seuls le coût de l’opération.
Cet accord est l’aboutissement d’un processus engagé depuis plusieurs années. Maurice et les Seychelles exercent conjointement leurs droits souverains sur ce plateau continental étendu depuis que les Nations unies ont reconnu, en 2012, leur gestion commune de cette vaste zone maritime. Depuis, les deux États cherchent à mieux comprendre le potentiel géologique de cette région de l’océan Indien.
En mai dernier, le gouvernement avait déjà annoncé que les deux pays finalisaient un accord avec Viridien pour la réalisation de levés géotechniques et sismiques dans la JMA, en précisant que les travaux seraient conduits dans le respect des normes internationales et des exigences environnementales.
Ce n’est pas la première tentative. En 2017, la Commission conjointe Maurice-Seychelles avait retenu la société norvégienne Spectrum Geo UK pour réaliser une campagne sismique similaire, sans coût pour les deux États. Un accord avait été signé en janvier 2018, mais le projet n’a jamais été mené à terme. Après la fusion de Spectrum avec TGS, la licence a expiré et l’accord a finalement été résilié en 2020, obligeant les autorités à relancer le processus de sélection d’un nouveau partenaire.
À ce jour, aucune découverte de pétrole ou de gaz n’a été annoncée dans la Joint Management Area. Si la présence de bassins sédimentaires justifie la poursuite des recherches, rien ne permet encore d’affirmer que cette zone recèle des réserves commercialement exploitables. La campagne qui sera menée par Viridien doit précisément fournir les informations scientifiques nécessaires pour déterminer si le potentiel du sous-sol mérite des investigations plus poussées. Si les résultats s’avéraient prometteurs, d’autres études devraient suivre avant d’éventuels forages exploratoires, dernière étape avant toute perspective d’exploitation.