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Piégée par des voyants-arnaqueurs chinois : manipulée et dépouillée, Ah-Moy, 75 ans, raconte l’arnaque qui a bouleversé sa vie

Par Reshad Toorab
Publié le: 2 May 2026 à 19:00
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Les quatre suspects, tous des ressortissants chinois, ont été arrêtés le lundi 27 avril.
Les quatre suspects, tous des ressortissants chinois, ont été arrêtés le lundi 27 avril.

Elle pensait faire ses courses, mais a été piégée par une arnaque bien rodée. Dépouillée de Rs 650 000 par des escrocs déjà arrêtés, Ah-Moy, 75 ans, témoigne de son calvaire.

Seule consolation pour Ah-Moy, les quatre arnaqueurs – tous des ressortissants chinois - sont désormais derrière les barreaux pour escroquerie depuis lundi. Une partie de l’argent, convertie en devises, et une partie des bijoux ont été récupérées par les hommes du DI Lullith de la CID de Port-Louis Nord, opérant sous la supervision du SP Dawoonauth.

La septuagénaire confie au Défi Plus, que le mercredi 22 avril, elle s’est rendue dans le centre de Port-Louis pour des courses : « Mo ti ale supermarse parski ti ena promosion ». Rien ne laissait présager le piège qui allait se refermer sur elle.

Sur son trajet, peu avant l’arrivée au supermarché, une première femme chinoise l’aborde. « Ene madam sinwaz traverse vinn ver mwa. Li koz mandarin... mo dir li mo koz kantone », dit-elle. Une fois le contact établi, son interlocutrice évoque un problème urgent : « Li dir so bel-mer inn tonbe, li pa bien, li pe bizin enn dokter… ».

Quelques minutes plus tard, une deuxième femme arrive, comme par hasard. Elle prétend connaître un guérisseur âgé de 90 ans capable de soigner par la prière. « Li dir li kone enn dimounn ki kapav swagn ar lapriyer », relate Ah-Moy qui assiste à la conversation. Puis, les deux femmes insistent pour qu’elle les accompagne chez le guérisseur. « Zot dir mwa bizin vini an per pou sa mars-la », explique-t-elle. Déstabilisée, elle accepte. Le trio se rend vers la gare Victoria, où une troisième femme les rejoint. « Zot dir mwa: ‘ala li la, geriser la so ti zanfan sa’. Nou asiz lor ban, nou koze… », ajoute-t-elle.

C’est à ce moment précis que la manipulation atteint un autre niveau. La troisième femme fait semblant d’appeler son grand-père, le fameux guérisseur. Puis, elle se tourne vers Ah-Moy avec une annonce glaçante : « Li dir mwa: dan trwa zour ou pou fer enn grav aksidan, ou pou paralize Le choc est immédiat pour Ah-Moy, qui commence à se laisser convaincre par leurs propos. Les escrocs renforcent leur emprise en révélant des informations personnelles. « Zot dir mwa ki zot kone mo ena 75 an ek mo sorti dan fami Lai. Mon krwar li pe koz vre », affirme-t-elle.

La solution apparaît alors comme la seule issue : un rituel pour chasser le mauvais sort. Mais à une condition : payer !  Sous pression, Ah-Moy se rend à la banque, accompagnée des escrocs. « Mo ale dans labank, monn tire Rs 130 000… mo dir labank pou dépenses médicales… », indique-t-elle. 

À sa sortie, la femme qui l’accompagnait disparaît. « Mo krwar fini la… mo retourn lakaz… ». Mais non, peu après, l’escroc réapparaît comme si de rien n’était. « Madam la paret devan mwa… li dir li ti ale toilette… ». Un nouveau rendez-vous est fixé. Cette fois, pour remettre les bijoux.

« Lin done mwa delo pou baigner dans 0.5 »

À la gare d’autobus, les complices s’organisent. Dans un premier temps, Ah-Moy est isolée du groupe. Puis, un des escrocs l’emmène plus loin où elle leur remet les Rs 130 000, ainsi que les bijoux d’une valeur de Rs 500 000. En échange, on lui donne un sac. À l’intérieur, soi-disant de l’eau bénite. « Li dir mwa ki dan 49 zour mo bizin banye ar sa pou tou maler ale… ». 

Un deuxième sac, bien fermé, lui est également remis, avec interdiction de l’ouvrir avant 49 jours. Ce n’est que plus tard qu’Ah-Moy réalise l’ampleur de l’arnaque. À l’intérieur du sac : une simple bouteille d’eau trouble. « Lin done mwa delo pou baigner dans 0.5 », avoue-t-elle. 

Le choc laisse place à la honte et depuis, Ah-Moy vit avec ce poids. Elle n’a pas osé en parler à ses proches. « Mo pa krwar dimoun kapav krwar mwa… zot pou grond mwa… », dit-elle.  Le calvaire d’Ah-Moy n’est pas un cas isolé. La police soupçonne l’existence d’un réseau structuré opérant dans la capitale. Les autorités lancent un appel à toute personne ayant vécu une expérience similaire à se manifester.


Les arnaques en ligne piègent de plus en plus de Mauriciens

Usurpation d’identité, faux employés de banque, messages piégés sur WhatsApp… Les escrocs redoublent d’ingéniosité. Une fois l’argent transféré, il est trop tard. Témoignages bouleversants de personnes qui ont perdu de l’argent en quelques clics.

Faux employé de banque

Le 28 avril, une habitante de Petite-Rivière, âgée de 59 ans, a été piégée par un faux employé de banque. Elle a eu un problème avec son application mobile et elle a contacté la hotline de sa banque. Ensuite une personne se faisant passer pour un employé de la banque l’a rappelée. Elle l’a convaincue de lui transmettre des informations confidentielles. Pensant bien faire, elle transmet les détails de sa carte.

« Mo ti ena enn problem avek mo application bancaire. Mo finn apel hotline… apre enn dimoun inn apel mwa. Li dir li travay la bank. Li koz bien, li rassur mwa. Mo ti krwar mo pe koz avek enn anploye la bank. »

Quelques heures plus tard, plusieurs transactions frauduleuses ont été effectuées sur son compte. Au total, cinq opérations ont été enregistrées : trois paiements en ligne de Rs 27 934,69 chacun, ainsi que deux transferts de Rs 50 000 et Rs 150 000, soit une perte de Rs 283 804,07.

La femme avance qu’elle n’a pas autorisé ces transactions. Elle a alerté sa banque et a porté plainte. 

WhatsApp : le faux lien familial

De son côté, Aisha, 34 ans, a été piégée par un message sur WhatsApp.

« Mo gayn messaz : Mama, mo finn kass mo téléphone, mo ena problem urgent. Monn krwar c’était mo garçon. Li demann mwa ene transfert urgent. Monn fer li. »

Le ton est familier. Le message semble authentique. Ce n’est que plus tard qu’elle découvre la vérité : ce n’était pas son fils. « Mo santi mwa perdi… meosi tronpe. Zot servi santiman dimounn. Zot kone koman gayn ou konfians. »

Un autre cas

Le vendredi 23 janvier 2026 vers 20 h 08, un consultant de 55 ans, qui habite à Roche-Brunes, a reçu un message sur WhatsApp. L’expéditeur affiche le nom et la photo de sa tante, qui habite à Curepipe.

Le message est poli, mais teinté d’urgence : « Namaste, I need a favour from you please… I’m having a little problem with my MCB account. » Très vite, la demande se précise : un transfert de Rs 20 000 est sollicité, le temps de résoudre le problème bancaire. Le remboursement est promis pour le lendemain.

Sans hésiter, convaincu de venir en aide à un membre de sa famille, le consultant passe à l’action. À 21 heures, il effectue un transfert via Internet banking depuis son compte épargne à la Mauritius Commercial Bank vers un compte à la State Bank of Mauritius.

Le bénéficiaire : un nom inconnu. La référence : « family support ». Quelques minutes plus tard, la transaction est confirmée. À 21 h 02, il reçoit un message sur WhatsApp : « much appreciated ». Mais très vite, un malaise s’installe. Troublé par certains détails inhabituels, il demande à sa tante de le rappeler. Mais il ne reçoit aucun appel et aucun message non plus.

Le lendemain, le samedi 24 janvier, vers 20 heures, la vérité éclate. En contactant directement sa tante, il découvre avec qu’elle n’a jamais sollicité la moindre aide financière. Pire encore, plusieurs proches ont reçu exactement le même message, envoyé en son nom. 

Faux site d’e-commerce

Kevin, 28 ans, pensait être à l’abri. Il reçoit un lien pour une « offre promotionnelle ». C’est un site qui ressemble à celui d’une compagnie qui fait du commerce en ligne. Mais ce n’est pas le vrai site. Il fait des achats et se fait escroquer. Pour lui, le plus choquant reste la précision de l’arnaque.

« Mo zen, mo konn teknolozi… me mo finn kanmem tom dan piez. Site la ti parey koman vre la. Mo finn met mo détails… apre zot finn vid mo kont. Zot kone koman koz ar ou, koman fer ou krwar c’est vrai. »

Techniques élaborées

Les escrocs utilisent des appels convaincants, des profils crédibles, parfois même des vidéos ou messages vocaux. Ils exploitent les émotions : urgence, peur, amour familial. Ils manipulent la confiance.

Ces histoires illustrent une réalité : personne n’est à l’abri. Un enquêteur résume la situation avec lucidité : « Bann escro pa bizin hack teknolozi. Zot hack konfians dimoun. »
 

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