Phoenix - Agressions impunies : une famille dénonce la hiérarchie policière
Par
Reshad Toorab
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Reshad Toorab
Moshin Ally Dousoruth, 71 ans, un habitant de Highland, Phoenix, a adressé, le 10 avril, une correspondance formelle à plusieurs autorités mauriciennes : la Human Rights Commission, l’Independent Police Complaints Commission (IPCC), l’Ombudsman for Children, le bureau du Premier ministre ainsi que le ministère de l’Égalité des genres. Il y dénonce ce qu’il décrit comme une série d’agressions impunies et une possible ingérence au sein de la police. Le septuagénaire est assisté dans cette démarche par un avocat.
Selon la correspondance dont nous avons pris connaissance, les faits les plus récents remontent au 8 mars 2026, vers 11 h 30. Ce jour-là, plusieurs membres de la famille Dousoruth affirment avoir été agressés par des voisins, présentés également comme des proches. Parmi les personnes concernées figurent deux individus âgés, dont l’épouse du plaignant, Sultanah Dousoruth, 65 ans, ainsi que des enfants mineurs.
Des plaintes ont été déposées au poste de police de Phoenix. Elles font état, selon le document, de maltraitance envers des personnes âgées, d’agressions, de menaces de mort, d’actes indécents, d’insultes, de dégradations de biens et de violences sur mineurs. Plus d’un mois après les faits, aucun suspect n’aurait été arrêté ni traduit en justice.
La lettre rappelle que des incidents impliquant les mêmes protagonistes avaient déjà été signalés à la police de Phoenix en mars 2019. Quatre cas auraient alors été consignés, portant sur des accusations similaires : maltraitance d’une personne âgée, menaces de mort et vandalisme. Selon le plaignant, ces affaires n’ont jamais abouti devant un tribunal. Certaines accusations auraient été annulées sans explication. Dans l’un des témoignages rapportés dans la correspondance, un suspect aurait, à l’époque, évoqué des connexions au sein de la hiérarchie policière. Cette affirmation n’a pu être vérifiée de manière indépendante.
C’est sur ce point que la correspondance prend sa dimension la plus sensible. La famille affirme disposer d’éléments indiquant qu’un haut gradé de la police entretiendrait des liens étroits avec les mis en cause. Elle pose plusieurs questions explicites dans sa lettre : des communications téléphoniques auraient-elles eu lieu entre un suspect et ce responsable le jour des incidents ? Des instructions auraient-elles été données pour éviter des arrestations ? Selon des informations internes citées dans le document, il aurait été ordonné de laisser les suspects comparaître directement en cour sous caution, plutôt que de procéder à leur arrestation.
La famille évoque également un traitement de faveur accordé aux mis en cause, qu’elle compare à celui réservé à des personnalités très importantes. Ces allégations sont sérieuses. Elles n’ont, à ce stade, fait l’objet d’aucune confirmation officielle.
La correspondance fait également état de pressions exercées sur la famille. Selon le plaignant, un officier de police l’aurait contacté à plusieurs reprises pour lui demander de retirer ses plaintes. Par ailleurs, l’un des membres de la famille affirme avoir été retenu plus de quatre heures au poste de police le jour des faits, sans justification. Il observait alors le jeûne du Ramadan. Il n’aurait été libéré qu’après l’intervention de son avocat.
Les plaignants affirment détenir une vidéo couvrant l’ensemble des événements du 8 mars. Selon la lettre, aucune unité spécialisée de la police ne les aurait contactés à ce jour pour en prendre connaissance.
Ayant saisi l’IPCC sans résultat à ce stade, Moshin Ally Dousoruth s’adresse désormais directement au bureau du Directeur des poursuites publiques. Il y réclame une enquête indépendante, des poursuites contre les suspects, et des garanties contre toute ingérence. Il demande également que des représentants du DPP soient présents lors des comparutions en cour. Malgré les années de procédures infructueuses, Moshin Ally Dousoruth affirme, dans sa correspondance, conserver sa confiance dans la justice mauricienne.