Publicité

Pétrole : l’accord de paix États-Unis–Iran ouvre une fenêtre d’accalmie pour Maurice

Par Leena Gooraya-Poligadoo
Publié le: 16 June 2026 à 12:00
Image
Neerish Chooramun, Ashok Sonah et Amit Bakhirta.
Neerish Chooramun, Ashok Sonah et Amit Bakhirta.

L’annonce d’un accord de paix entre les États-Unis et l’Iran, et la réouverture annoncée du détroit d’Ormuz, marque un tournant majeur pour l’économie mondiale. Pour Maurice, cette détente pourrait alléger les coûts du fret, freiner l’inflation et améliorer la visibilité des entreprises.

Dès l’annonce de l’accord, les marchés pétroliers ont réagi par une baisse immédiate des cours du brut le lundi 15 juin. Après plusieurs semaines de tensions et de craintes autour du détroit d’Ormuz, l’un des passages maritimes les plus stratégiques au monde, les cours du brut ont reculé, alimentant les attentes d’une baisse graduelle des coûts logistiques. Si Maurice n’est pas directement exposé à cette zone maritime, elle subit néanmoins de plein fouet les effets indirects des perturbations sur les chaînes d’approvisionnement internationales.

« La crise autour du détroit d’Ormuz a exercé une pression notable sur les coûts du fret, en raison de la hausse du carburant, des primes d’assurance et des contraintes opérationnelles sur les routes maritimes », explique Neerish Chooramun, Chief Marketing & Communications Officer chez Velogic. Les armateurs ont été contraints de modifier leurs trajets habituels pour contourner les zones à risque. « Les navires ont emprunté des itinéraires alternatifs, notamment via le Cap de Bonne-Espérance, ce qui a entraîné un allongement des temps de transit de 10 à 14 jours. Les hausses de taux de fret ont varié entre 15 % et 50 % selon les routes et les types de marchandises », précise-t-il.  

Si la réouverture du détroit devrait progressivement soulager ces tensions, le retour à la normale reste incertain et dépendra de la stabilité politique dans la région. « La normalisation des flux maritimes sera graduelle et conditionnée par la confiance des assureurs et des armateurs », ajoute-t-il.

Sur le plan des marchés, l’effet a été immédiat. « Les prix du pétrole ont chuté de plus de 4 %. Le Brent est redescendu à 83,79 dollars le baril et le WTI à 80,95 dollars, après avoir dépassé les 120 dollars au plus fort de la crise », indique Ashok Sonah, président de l’Association of Mauritian Retailers (AMR) . Cette correction, dit-il, traduit un retour progressif à un équilibre plus rassurant pour les importateurs et les distributeurs.

Pour l’observateur économique et CEO d’Anneau, Amit Bakhirta, cette évolution confirme les anticipations d’un apaisement rapide des tensions. 

« Comme nous l’avions estimé, la crise s’est résolue dans un sens favorable », souligne-t-il. La détente sur les prix du pétrole pourrait rapidement se répercuter sur l’économie locale, avance-t-il : « Nous anticipons une baisse des prix de l’essence dans les prochaines semaines, ce qui pourrait donner à la Banque de Maurice davantage de marge pour maintenir ses taux ou envisager une politique monétaire plus accommodante. »

Impacts sur les prix 

Au-delà de la seule question énergétique, cet épisode rappelle la vulnérabilité de Maurice face aux chocs géopolitiques. Pour Neerish Chooramun, leurs effets dépassent largement le secteur du transport. « Même en cas de désescalade, cet épisode montre la rapidité avec laquelle les chocs logistiques se transmettent à l’économie réelle », affirme-t-il. Un avis que partage Ashok Sonah. « L’augmentation des délais de livraison et des coûts de fret finit par se répercuter sur les prix à la consommation, générant des pressions inflationnistes différées. Les entreprises exportatrices, elles, voient leurs marges se réduire et leur compétitivité fragilisée », dit-il.  

Dans ce contexte, nos interlocuteurs soutiennent que la détente actuelle offre un répit bienvenu, mais souligne aussi la nécessité pour Maurice de renforcer sa résilience face aux fluctuations du commerce mondial.

Vers une diversification des sources d’approvisionnement 

Si la perspective d’une baisse des coûts du transport est encourageante, nos intervenants estiment que les entreprises mauriciennes doivent rester vigilantes. Pour Neerish Chooramun, la crise a démontré la vulnérabilité de l’économie mauricienne face aux perturbations extérieures. « Maurice reste fortement exposé aux chocs logistiques en raison de sa dépendance aux importations et à des chaînes d’approvisionnement longues », expose-t-il. Selon lui, certaines entreprises ont commencé à renforcer leur résilience en diversifiant leurs fournisseurs et en constituant des stocks stratégiques, mais ce n’est pas encore le cas de tous les acteurs économiques. « La gestion des risques passe par une meilleure planification, la flexibilité des approvisionnements et une coopération accrue avec les transitaires et transporteurs pour limiter les perturbations », explique-t-il. Ashok Sonah appelle également à la prudence malgré l’accord annoncé. 

« Plusieurs réserves s’imposent. L’accord de cessez-le-feu doit encore être formellement mis en œuvre, tandis que la reprise du trafic pétrolier nécessitera du temps », souligne-t-il. 

Budget 2026-27 : un contexte international plus favorable que prévu

Le Budget 2026-2027 sera présenté à Maurice la même semaine que la signature de l’accord entre les États-Unis et l’Iran. La baisse attendue des prix du pétrole et la réouverture du détroit d’Ormuz pourraient influencer certaines orientations économiques du gouvernement. Amit Bakhirta estime que cette évolution pourrait améliorer les perspectives budgétaires, grâce à un impact positif sur le commerce international, le tourisme et la croissance globale. Selon lui, la reprise de la stabilité géopolitique devrait soutenir l’activité économique plus fortement que prévu. « Même si la prudence reste de mise, cette désescalade est une très bonne nouvelle pour notre exercice budgétaire », souligne-t-il.

L’évolution du prix du pétrole 

DateBrent ($/baril)
15 juin82,94
12 juin87,33
11 juin 90,38
10 juin93,10
9 juin91,45
8 juin94,25

Comparaison avant et après la crise (prix du Brent (USD/baril)

PériodeTendance
Avant la crise78 – 85 $
Montée des tensions90 – 105 $
Pic de crise110 – 120 $
Annonce de l’accord82 – 88 $
Phase actuelle (ajustement)80 – 85 $
Quelle est votre réaction ?
Publicité
À LA UNE