À Petit-raffray : Beltrami Kemayou, un ressortissant camerounais tue son épouse Sivanee Saminaden
Par
Jean-Marie St Cyr
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Jean-Marie St Cyr
Drame à Petit-Raffray, le dimanche 4 janvier. Sivanee Saminaden, 29 ans, a été tuée par son époux, Beltrami Kemayou, 24 ans, lors d’une violente dispute conjugale. Après le meurtre, il a jeté leur bébé dans l’arrière-cour avant de prendre la fuite. Lors d’une audition préliminaire, le suspect a reconnu les faits.
Après avoir commis son forfait, Beltrami Kemayou a tenté de s’enfuir, mais il a été rattrapé par des badauds sur un pont à proximité, puis remis aux policiers. Légèrement blessé, il a été admis à l’hôpital SSRN, Pamplemousses, sous surveillance policière. À sa sortie, il sera provisoirement inculpé pour meurtre et conduit en détention. L’état de son bébé est stable et progresse favorablement, selon les médecins.
Confronté aux enquêteurs de la CID, le suspect a confessé les faits. Il a expliqué avoir frappé la tête de sa femme avec une table, puis l’avoir poussée, ce qui l’a fait heurter le sol et perdre connaissance. Il a également pris leur bébé pour le placer dans un baril à l’extérieur, avant de quitter les lieux. Il a indiqué s’être ensuite rendu sur la plage d’Anse-La-Raie, où il aurait menacé un jeune garçon avec un couteau. Selon les enquêteurs, il aurait contraint son épouse à des relations sexuelles contre son gré. Malgré la présence du bébé, il n’a pas cessé ses violences et, dans un moment de furie, il a jeté le nourrisson dans l’arrière-cour.
L’autopsie pratiquée par le Dr Ananda Sunnassee à la morgue de l’hôpital Dr A.G. Jeetoo a attribué le décès de Sivanee Saminaden à des blessures au crâne. Plusieurs traces d’incisions ont été retrouvées sur le corps de la défunte. L’examen a aussi révélé qu’elle avait l’épaule gauche disloquée. Certaines blessures remonteraient à plusieurs jours, alors que d’autres semblent être plus récentes.
Dimanche matin, la police de Goodlands a reçu un appel signalant le drame. Les limiers de la CID de la Northern Division, dirigés par le surintendant de police Buchoo, l’ASP Jodhoa et Thakoor, accompagnés des équipes du Scene of Crime Office (SOCO), se sont rendus à la maison du couple, rue Saint-François, Réunion Maurel/Petit-Raffray. Sur place, ils ont découvert le corps inerte de Sivanee Saminaden dans une pièce à côté de la chambre à coucher.
Plusieurs éléments relevés sur les lieux confirment une violente altercation, dont un lit renversé dans une chambre. D’autres indices ont été récupérés par les experts scientifiques. Selon les premiers recoupements de la police, le couple se disputait régulièrement, mais la situation s’était aggravée le mercredi 31 décembre. Pendant plusieurs heures, des voisins ont entendu des cris et des bagarres. « Li ti pe reste lager toultan. Misie-la ti ena labitid bat madam-la boukou fwa », ont-ils confié.
Vers 2 h 00 du matin, dimanche, quelques heures avant le meurtre, Beltrami Kemayou a agressé une conductrice française sur la route principale de Petit-Raffray. La victime a expliqué que le suspect a surgi de nulle part et ouvert la portière de sa voiture à un feu rouge, avant de l’attaquer violemment, la mordant au nez et aux lèvres. Après des soins à Grand-Baie, elle a été transférée dans une clinique des Plaines-Wilhems pour traiter ses blessures graves au visage.
C’est grâce à ses descriptions, que les limiers ont rapidement fait le lien avec Beltrami Kemayou.
Suite au deuxième cas de féminicide survenu depuis le début de l’année, la ministre de l’Égalité des genres, Arianne Navarre-Marie, a déploré une situation qui prend de plus en plus d’ampleur et a réaffirmé son engagement à la combattre avec encore plus de fermeté cette année.
Selon elle, du 31 décembre au 4 janvier, les services du ministère de l’Égalité des genres ont enregistré 40 cas de brutalité domestique via la hotline 139. « Cette période festive a été marquée par une hausse significative des violences signalées », souligne la ministre de tutelle. Elle fait également remarquer que l’année 2026 a débuté dans le deuil, avec deux cas de féminicide.
« La violence contre les femmes ne devrait pas être banalisée », souligne Arianne Navarre-Marie, tout en exprimant sa solidarité envers les victimes et leurs familles. « La violence avec laquelle ces crimes ont été commis me pousse à rappeler qu’un meurtre basé sur le genre laisse des traumatismes irréparables au sein des familles avant tout et dans la communauté », dit-elle. Pour la ministre, il s’agit d’un fléau devenu une « réalité inacceptable ». « Nous devons le combattre avec détermination, courage et responsabilité collective », fait-elle ressortir dans une déclaration envoyée aux salles de rédaction.
La ministre ajoute que tout au long de l’année 2025, elle a dénoncé et alerté sur cette situation. Pour Arianne Navarre-Marie, l’année 2026 doit être une année d’actions et de décisions concrètes, notamment à travers le Domestic Abuse Bill, qui définit les termes et les paramètres de la violence. « Chaque femme a le droit de vivre en sécurité, dans la dignité, le respect et sans peur », souligne-t-elle.
La ministre de l’Égalité des genres considère la lutte contre la violence faite aux femmes comme une urgence nationale. Selon elle, l’alcool et la drogue sont des facteurs aggravants dans ce type de situation. Elle déplore que, malheureusement, les victimes continuent souvent à vivre dans le silence, sans dénoncer les abus subis. Dans de nombreux cas, même les proches n’osent pas agir jusqu’à ce qu’un drame survienne. « J’encourage les victimes, les femmes, les familles et l’entourage des personnes qui subissent la violence à ne pas hésiter à composer le 139 avant qu’il ne soit trop tard, car cela peut sauver la vie d’une ou de plusieurs personnes », souligne Arianne Navarre-Marie.
Réagissant également à ce nouveau cas de féminicide, Prisheela Mottee, présidente de Raise Brave Girls, explique qu’alors que le débat se poursuit autour des causes de la violence domestique, de l’agressivité liée à la consommation de substances, en passant par le rôle des ONG et la mobilisation de la police, une vérité demeure : « Nous échouons encore en tant que société », déclare-t-elle.
Elle ajoute que l’année a à peine commencé et que des femmes perdent déjà la vie. « À Raise Brave Girls, nous ne resterons pas silencieuses. Nous continuons de plaider pour une culture de la dénonciation et pour un renforcement de la protection des lanceurs d’alerte. Nous exhortons les autorités à mettre en place une ligne téléphonique dédiée et sécurisée pour les lanceurs d’alerte », affirme-t-elle. Prisheela Mottee insiste également sur la nécessité de parler : « Nous devons nous exprimer. Et nous faisons confiance au fait que lorsque des cas sont signalés, la police prendra toutes les mesures nécessaires pour des contrôles de sécurité rapides ». Pour elle, le silence est mortel. « La dénonciation sauve des vies », souligne-t-elle.