Perspectives - 2026 : l’année de tous les défis pour l’emploi
Par
Christina Vilbrin
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Christina Vilbrin
Cette année s’annonce décisive pour les employés, candidats comme pour les entreprises. Entre mutations technologiques, montée de nouveaux secteurs et évolution des attentes des talents, les cartes sont rebattues. Quels métiers seront en tension ? Quels secteurs recruteront à plein régime ? Et à l’inverse, lesquels lèveront le pied ? Décryptage !
Christophe Aucher, directeur général des opérations chez Hello Job Ltd : « Pour aborder le marché du travail, il convient d’abord de considérer les prévisions de croissance économique pour 2026, qui devraient se stabiliser autour de 3 % à 3,4 %, selon la Banque de Maurice et plusieurs analystes. Cette croissance, bien que modérée, entraînera un besoin accru en ressources humaines pour accompagner et soutenir l’activité, en dépit des gains de productivité apportés par les nouvelles technologies, notamment l’intelligence artificielle. Par ailleurs, d’importantes mutations sont attendues sur le marché du travail, avec une montée de secteurs comme l’écologie au sens large (eau, océan, énergies renouvelables), les technologies émergentes, la santé et les services financiers. »
Astrid Vuddamallay Sylvie, Client Executive chez Myjob.mu : « Le marché de l’emploi poursuit sa mutation en raison de l’effet de la technologie, des évolutions économiques et des nouvelles attentes des professionnels. Les entreprises comme les talents doivent s’adapter à un environnement plus dynamique et plus exigeant. L’intelligence artificielle et l’automatisation redéfinissent les métiers en supprimant certaines tâches répétitives tout en créant de nouvelles fonctions à forte valeur ajoutée. Dans ce contexte, les compétences techniques liées au numérique et à la donnée deviennent essentielles. Parallèlement, les recruteurs accordent une importance croissante aux compétences réelles et à l’expérience, parfois davantage qu’aux diplômes. Les parcours professionnels sont moins linéaires et la formation continue s’impose comme un levier clé d’employabilité. Les modes de travail évoluent également vers plus de flexibilité. Le travail hybride, l’autonomie et l’équilibre entre vie professionnelle et personnelle sont désormais des critères déterminants pour attirer et fidéliser les talents. Le marché du travail en 2026 sera plus sélectif, plus flexible et centré sur les compétences, plaçant l’adaptabilité et l’apprentissage continu au cœur des carrières. »
Adilla Diouman-Mosafeer, directrice et fondatrice de Talent Lab et de HR Café : « Le marché du travail à Maurice va vivre un grand changement de direction. Nous ne pouvons plus nous demander si la technologie va transformer les choses : elle est déjà là et devient la base de tout ce que nous faisons. L’intelligence artificielle ne sera plus un simple gadget, mais l’outil principal dans chaque bureau. Une tendance forte est l’émergence du travail ‘à la carte’. Les employés ne souhaiteront plus forcément être liés à un seul employeur. Ils préféreront offrir leurs services à deux ou trois entreprises simultanément. C’est ce que l’on appelle le travail 'fractionné'. Enfin, nous assisterons à une séparation de plus en plus marquée entre deux mondes : d’un côté, des Mauriciens qualifiés, et de l’autre, des travaux manuels de base réalisés presque exclusivement par des travailleurs étrangers. Par ailleurs, proposer un bon salaire ne suffira plus à retenir les talents. La tendance ira vers le bien-être. Après des années marquées par le stress lié aux crises successives, les employés rechercheront des entreprises qui respectent leur santé mentale. Les employeurs qui réussiront seront ceux qui mettront en place de véritables mesures de déconnexion, des programmes de gestion du stress et un environnement de travail sain. Le lieu de travail ne sera plus seulement un espace de production, mais un lieu de vie où l’on se sent bien. »
Thierry Goder, Chief Executive Officer chez Alentaris : « Le marché du travail devrait poursuivre sa transformation sous l’effet de plusieurs grandes tendances observées ces dernières années. La digitalisation croissante des secteurs économiques va continuer à remodeler l’emploi, avec une demande accrue pour les compétences dans le numérique, l’intelligence artificielle et la cybersécurité. Les entreprises mauriciennes, notamment dans les services financiers, les TIC et le tourisme, investissent de plus en plus dans l’automatisation et l’innovation, ce qui crée de nouveaux postes tout en nécessitant l’adaptation des métiers existants. On peut s’attendre aussi à une montée des offres liées aux données, cybersécurité, intelligence artificielle/machine learning, fintech et services cloud ; cela crée des emplois qualifiés mais remplace ou transforme certains postes peu qualifiés. Enfin, la flexibilité du travail, le développement du télétravail et l’internationalisation des activités économiques continueront de s’imposer, poussant les entreprises et les travailleurs à renforcer leur agilité et à acquérir de nouvelles compétences. Pour résumer, les grandes tendances du marché du travail mauricien en 2026 seront marquées par la digitalisation, l’innovation, la durabilité et la recherche de flexibilité. »
« Les employeurs feront face à une pénurie de compétences spécialisées. Il y a une forte concurrence pour des talents en IT, cybersécurité, data scientists, ingénieurs fintech, sans compter la difficulté à sourcer localement et le coût de recrutement élevé. Le principal enjeu sera d’attirer et de fidéliser des talents disposant de compétences pointues dans le numérique, l’intelligence artificielle, la cybersécurité et la gestion durable. » Face à la digitalisation croissante et à l’automatisation, poursuit Thierry Goder, les entreprises devront investir dans la formation continue de leurs équipes, adapter leurs méthodes de management et favoriser des environnements de travail flexibles (télétravail, horaires aménagés).
« Par ailleurs, la transition écologique imposera de revoir les pratiques internes pour intégrer des objectifs de durabilité et d’innovation », ajoute-t-il.
Le plus gros défi des employeurs sera de changer leur façon de diriger, avance, pour sa part, Adilla Diouman-Mosafeer. « Avec l’augmentation des salaires et du coût de la vie, ils ne pourront plus se contenter de donner des ordres. Ils devront apprendre à faire plus confiance et à offrir de la flexibilité (comme le télétravail là où c’est possible). S’ils ne créent pas une ambiance de travail agréable et stimulante, ou le work life balance reste au centre, ils perdront leurs meilleurs éléments qui partiront travailler à l’étranger ou pour des entreprises internationales en ligne », estime-t-elle.
Christophe Aucher partage également son analyse : « Les principaux défis restent la pénurie de main-d’œuvre, mais aussi la capacité à ouvrir certains postes à des travailleurs étrangers pour certains métiers et secteurs d’activité. » Il souligne, par ailleurs, la nécessité de renforcer les compétences, soit en misant sur l’immigration qualifiée, soit en intensifiant la formation du personnel en entreprise, notamment pour faire face aux mutations liées aux nouvelles technologies. « Il sera essentiel de fidéliser les employés actuels tout en attirant de nouveaux profils, dans un contexte où les offres d’emploi à l’étranger - notamment dans les croisières ou à l’étranger - présentent souvent des conditions salariales plus attractives », explique Christophe Aucher.
Dans un environnement marqué par l’inflation, les hausses salariales pèsent sur les coûts d’exploitation. « Les entreprises doivent donc innover pour préserver leur compétitivité : gains de productivité, optimisation des coûts, adaptation des processus... afin de limiter l’impact sur les prix à la clientèle », fait ressortir Christophe Aucher. Autre enjeu de fond : le vieillissement de la population, un phénomène mondial qui touche déjà des pays comme le Japon et dont les effets commencent à se faire sentir à Maurice. « Les compagnies à Maurice sont et seront de plus en plus impactées par cet enjeu majeur. Par ailleurs, le chômage des jeunes reste trop important et c’est effectivement un challenge à relever : insérer des jeunes dans le monde du travail par des passerelles adaptées : formations classiques, formations internes, apprentissages, stages de réinsertion… » fait-il comprendre.
De son côté, Astrid Vuddamallay Sylvie identifie quatre principaux défis : pénurie de compétences - difficulté à recruter des profils qualifiés, notamment en finance, IT, ingénierie et services spécialisés ; montée en compétences - nécessité d’investir dans l’upskilling et le reskilling pour suivre l’évolution technologique ; attractivité et rétention - attentes accrues en matière de flexibilité, de conditions de travail et de perspectives d’évolution ; et productivité et coûts - équilibre à trouver entre performance, automatisation et maîtrise des charges salariales.
Le défi majeur pour les demandeurs d’emploi sera de s’adapter à l’évolution rapide des besoins du marché, estime Thierry Goder. Selon lui, il leur faudra acquérir de nouvelles compétences, notamment dans les domaines du numérique, des énergies renouvelables et de la gestion environnementale.
« La capacité à apprendre en continu, à faire preuve d’agilité et à s’adapter à des modes de travail flexibles (parfois internationaux ou hybrides) sera essentielle. Il sera aussi crucial de savoir valoriser ses compétences transversales et de se distinguer dans un environnement professionnel en mutation rapide », recommande Thierry Goder.
Christophe Aucher souligne, pour sa part, que les chercheurs d’emploi doivent faire preuve d’ouverture en matière de réorientation professionnelle. « Il est important d’explorer de nouveaux secteurs d’activité et de ne pas rester figé sur un poste ou une fonction spécifique, comme le télétravail ou les ressources humaines, par exemple, afin de maximiser ses chances de trouver un emploi », affirme-t-il. Surtout, ajoute Christophe Aucher, dans un contexte de mutations accélérées, où l’on « observe une inadéquation croissante entre les compétences des demandeurs d’emploi et les besoins réels du marché ». Christophe Aucher souligne un besoin urgent d’adapter le « savoir » et, par conséquent, de revoir en profondeur la majorité des formations afin qu’elles soient mieux alignées sur les compétences recherchées par les entreprises. « Les métiers évoluent rapidement et exigent désormais non seulement des compétences techniques pointues, mais aussi une forte capacité d’adaptation », précise-t-il. Des secteurs comme l’écologie, les nouvelles technologies ou encore la santé illustrent parfaitement cette dynamique, avec une demande croissante pour des profils qualifiés et flexibles.
Quant à Adilla Diouman-Mosafeer, elle est d’avis que le défi des chercheurs d’emploi sera de ne jamais arrêter d’apprendre. « Aujourd’hui, un diplôme ne suffit plus pour toute une carrière. Il va falloir être capable de se réinventer très vite et d’apprendre à travailler main dans la main avec l’IA. Le plus grand risque pour un candidat à Maurice en 2026, c’est de rester sur ses acquis et de devenir "dépassé" par les nouvelles méthodes de travail en seulement quelques mois », souligne Adilla Diouman-Mosafeer.
De son côté, Astrid Vuddamallay Sylvie estime qu’il y a la nécessité d’assurer une employabilité durable, notamment en actualisant régulièrement ses compétences, avec un accent particulier sur le numérique et les compétences transversales. Elle évoque également une concurrence accrue, rendant le marché plus sélectif. Les candidats doivent désormais savoir valoriser non seulement leurs expériences professionnelles, mais aussi leur savoir-être. Autre impératif : l’adaptabilité. « Les parcours professionnels ne sont plus linéaires. Il faut faire preuve d’ouverture, accepter la polyvalence et s’adapter à de nouveaux modes de travail », soutient-elle. Et Astrid Vuddamallay Sylvie de conclure : « Un réajustement entre attentes et réalité du marché est donc crucial. Les chercheurs d’emploi doivent revoir leurs ambitions salariales et leurs projets de carrière en fonction des besoins réels des entreprises. »