Mise à jour January 4, 2026, 4:00 pm

Perspectives - 2026 : année charnière pour le secteur éducatif

Par Annick Daniella Rivet
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Les écoliers du primaire seront préparés pour de nouvelles notations au niveau du PSAC.

2026 ne sera pas de tout repos pour le secteur éducatif. Annonces, propositions, discussions de réforme, tout y est pour des changements à différents niveaux.

L’éducation mauricienne s’apprête à franchir un tournant décisif. Le ministère de l’Éducation est en plein travail avec la préparation d’une réforme. Les propositions ont été faites et le Blueprint est attendu.

En effet, annoncé à la fin de 2025, les propositions qui y figurent n’ont pas retenu l’attention du Conseil des ministres. Du coup, d’autres propositions ont été faites en faisant une consultation nationale qui prend fin le 20 janvier. Deux propositions sont soumises à la population. Elles visent à moderniser l’école et à réduire la pression sur les élèves. Cette démarche invite tous les partenaires institutionnels, les enseignants et les citoyens à donner leur avis via un questionnaire en ligne.

Options

Option 1 : accès direct aux collèges nationaux en Grade 7. Les élèves seraient orientés vers un collège régional selon leurs résultats au PSAC. Ceux en difficulté suivraient le Foundation Programme in Literacy, Numeracy and Skills (FPLNS). Environ 2 400 élèves pourraient intégrer un collège national dès le Grade 7. Cette option prévoit l’abolition du National Certificate of Education (NCE) en Grade 9 et l’instauration d’une nouvelle grille de notation du PSAC (A à F).

Option 2 : maintien du système actuel avec sélection en Grade 10. Tous les élèves rejoindraient un collège régional en Grade 7. L’accès aux collèges nationaux se ferait en Grade 10, sur la base des résultats du NCE. Le système de notation du PSAC (grades 1 à 6) serait conservé. Là encore, environ 2 400 élèves seraient admis dans les collèges nationaux, tandis que les autres poursuivraient vers le FPLNS. Dans les deux scénarios, les collèges nationaux pourraient fonctionner en mode mixte ou non mixte, à l’exception du Mahatma Gandhi Institute.

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Quatre collèges seront déterminés par le Service diocésain de l’éducation catholique (SeDEC). Nouvelle grille de notation pour le Primary School Achievement Certificate (PSAC)

Primaire

Parmi les annonces, il y a un nouveau système de notation pour le Primary School Achievement Certificate (PSAC). Parmi les propositions, il y a la suppression de la promotion automatique au niveau du Lower primary. En effet, les écoliers qui éprouvent des difficultés auront droit à des classes à effectif réduit et à un encadrement personnalisé pour une remise à niveau. Le redoublement, longtemps perçu comme une sanction, sera désormais envisagé comme une opportunité pédagogique.

Au niveau du système d’évaluation du PSAC, des annonces sont attendues à cet effet. Il s’agit pour le ministre de l’Éducation de donner la chance à tous les enfants d’étudier à son rythme. Ainsi, parmi les propositions, nous notons que le système actuel de notation du PSAC connaîtra une transformation radicale. Cette réforme vise à offrir une lecture juste des résultats et à garantir une transparence dans l’allocation des collèges.

Une nouvelle échelle à neuf niveaux sera introduite afin de rendre l’accès au Grade 7 plus équitable. Les traditionnelles mentions telles que « A » (75 - 100 points) disparaîtront au profit d’une grille. Selon la nouvelle grille, le « A » va correspondre à soit Unit 1 (90 -100 points), soit Unit 2 (80 - 90). L’admission dans les collèges se fera sur la base des cinq meilleures matières, parmi lesquelles les mathématiques, l’anglais et le français seront obligatoires. Les correcteurs des examens du PSAC avaient déjà relevé certaines failles dans le système actuel : plusieurs candidats choisissent de ne pas tenter les épreuves de rédaction en anglais ou en français, préférant se concentrer sur les autres disciplines, et parviennent malgré tout à obtenir la mention « A ».

Les autorités souhaitent désormais inciter les élèves à développer leurs compétences rédactionnelles, essentielles pour leur parcours secondaire. C’est à la suite des conclusions des correcteurs.

Secondaire

Au niveau des académies, il est prévu que le nombre passe de 12 à 21, dont quatre établissements du Service diocésain de l’éducation catholique (SeDEC). D’ailleurs, cette institution souligne que les discussions se poursuivent avec le ministère autour de cette réforme. Ces collèges seront appelés National Colleges et accueilleront tous les ans environ 2 500 candidats. Connus pour être des établissements mixtes, ils ne le seront plus.

Cette décision fait suite à des cas de mauvais comportements parmi certains élèves. Une autre raison est que l’adaptation des élèves ne s’est pas faite comme il le faut pour plusieurs. Ceux qui avaient un bon niveau au niveau du NCE ont régressé par la suite.

Innovations

Au niveau du School Certificate (SC) et du Higher School Certificate (HSC), des changements sont aussi attendus. Le calendrier des épreuves pratiques, traditionnellement fixé au mois de septembre, sera désormais intégré à la période principale des examens, qui s’étend jusqu’à la mi-novembre. Il nous revient que les responsables veulent réduire les perturbations dans le programme académique.

Au niveau des matières scientifiques pour le O-level, l’épreuve dite « alternative to practical » sera remplacée par une véritable épreuve pratique.


Bullying

Les autorités ne veulent pas rester les bras croisés face au problème de bullying dans les établissements scolaires. 10 000 personnes : des enseignants, des éducateurs et des parents ont été formés en 2025 et ils auront pour tâche de mieux détecter, de prévenir et de gérer ces situations.


Attentes : Lire, écrire, compter et s’épanouir : les priorités du primaire

La Government Teachers’ Union (GTU), par la voix de son président Vishal Baujeet, met en avant les attentes prioritaires pour le cycle primaire. Il détaille les attentes qui sont de renforcer les compétences de base et de promouvoir l’épanouissement global des élèves.

Le premier axe du projet vise à renforcer la maîtrise des compétences fondamentales. L’objectif est que tous les élèves, à la fin du cycle primaire, sachent lire couramment, comprendre un texte simple, écrire correctement et résoudre des problèmes mathématiques de base.

Pour atteindre ce but, le plan prévoit un suivi individualisé dès les premières années, destiné aux enfants en difficulté. Ce dispositif inclura un soutien pédagogique renforcé, des classes de rattrapage et une implication accrue des parents.

Les enseignants, eux, bénéficieront d’un encadrement structuré grâce à des programmes harmonisés au niveau national et à des formations en pédagogie différenciée. Cette approche vise à adapter l’enseignement aux besoins spécifiques de chaque élève, afin de réduire les inégalités dès le plus jeune âge.

Épanouissement

Au-delà des apprentissages scolaires, le plan stratégique entend favoriser le développement global de l’enfant. L’accent sera mis sur l’épanouissement personnel, la promotion des valeurs humaines, la discipline, la créativité et les compétences sociales.

Le projet insiste également sur le bien-être émotionnel des élèves, en tenant compte de leurs différences individuelles. Pour Vishal Baujeet, il s’agit de former des citoyens équilibrés, capables de conjuguer savoirs académiques et compétences humaines.

L’UPSEE plaide pour une réforme éducative ambitieuse

Arvind Bhojun, président de l’Union of Private Secondary Education Employees (UPSEE), appelle à une refonte du système éducatif afin de garantir une formation plus holistique, inclusive et adaptée aux réalités contemporaines.

Arvind Bhojun estime qu’il est urgent de mettre en place « un programme plus approprié et global pour les élèves du primaire », dans lequel les compétences de chacun seraient reconnues et valorisées. Ce dispositif devrait offrir des parcours clairs et spécifiques, permettant à tous de poursuivre leur scolarité au secondaire inférieur sans la connotation d’avoir échoué. Selon lui, si le Foundation Programme in Literacy, Numeracy and Skills (FPLNS) est correctement formulé et doté des ressources nécessaires, il pourrait représenter une solution.

Pas en arrière

Il met en garde contre la réintroduction de la compétition au niveau du PSAC, qu’il considère comme « un pas en arrière ». Une telle mesure serait particulièrement nuisible aux familles confrontées à des contraintes financières. Et, dans une ère marquée par l’intelligence artificielle, elle risque d’entraîner la chute du développement holistique, la désintégration sociale et de freiner l’épanouissement de la personnalité des jeunes.

Le FPLNS est jugé intéressant, mais il devrait intégrer une dimension professionnelle et vocationnelle. L’UPSEE propose la création de centres spécialisés dans chaque zone, où les élèves pourraient être accueillis une à deux fois par semaine pour suivre des cours dispensés par des professionnels. Il insiste sur le fait que « les matières électives ne peuvent pas être enseignées par des éducateurs uniquement académiques ».

L’UPSEE rappelle également la nécessité de maintenir les neuf années d’éducation continue avant de soumettre les élèves à un examen à fort enjeu. Elle insiste sur la poursuite de la mixité à partir de la Grade 7 et au-delà.

Arvin Bhojun demande au ministère de l’Éducation de revoir les conditions actuelles dans lesquelles l’enseignement est dispensé, jugées obsolètes, afin de maintenir l’intérêt et la concentration des apprenants. Il dénonce aussi l’absence de toute discrimination entre les enseignants et le personnel non-enseignant des établissements secondaires publics et privés subventionnés.

Dans un souci de bonne gouvernance et de transparence, et conformément aux engagements pris auprès de l’Organisation internationale du travail (OIT), l’UPSEE demande que les représentants des employés soient présents dans les conseils placés sous l’égide du ministère de l’Éducation. Le syndicat estime qu’il est grand temps de mettre en place un Central Employer pour les salariés des écoles secondaires privées subventionnées.

De plus, afin d’attirer les meilleurs talents dans le secteur éducatif, il plaide pour davantage de motivation, d’innovation, de méritocratie et de professionnalisme.

Ratio enseignant-élèves

Au niveau de la Government Secondary School Teachers’ Union (GSSTU), le président Yugeshwur Kisto plaide pour un réalignement du ratio enseignant - élèves pour se diriger vers des classes plus petites. L’objectif est d’améliorer la qualité pédagogique, de permettre un retour d’information plus individualisé et de soutenir une éducation inclusive.

« Des preuves tirées de contextes comparables montrent une amélioration des compétences en lecture et en mathématiques, ainsi qu’un engagement accru des élèves lorsque la taille de la classe est réduite. »

Yugeshwur Kisto plaide aussi pour de meilleures conditions de service. Ce qui va attirer, retenir et responsabiliser les enseignants, élevant ainsi la qualité de l’enseignement et les résultats scolaires. « Elles doivent comprendre une rémunération compétitive, une progression de carrière claire, des charges de travail gérables et un soutien professionnel robuste. Des conditions de travail plus solides constituent la base d’un système éducatif résilient et prêt pour l’avenir, aligné sur les priorités de développement de Maurice. »

Il ajoute qu’il faut mettre en place une évolution salariale transparente et fondée sur le mérite, avec des allocations nécessaires ; plafonner les heures d’enseignement et protéger le temps dédié à la planification, à la correction et à la collaboration professionnelle ; établir une carrière structurée avec des formations. Investir dans des écoles sûres et bien équipées et dans des services de soutien aux élèves ; déployer une évaluation équitable et fondée sur les preuves, axée sur le développement professionnel.


Foundation Programme in Literacy, Numeracy and Skills

Dans le cadre du Foundation Programme in Literacy, Numeracy and Skills (FPLNS), des coordinateurs seront recrutés pour s’assurer que le programme réponde aux besoins des élèves. À partir de 2026, ce programme sera proposé dans seulement 28 établissements publics au lieu de 52, répartis dans les quatre zones éducatives du pays. Il restera toutefois accessible dans les 74 établissements privés, cinq Mahatma Gandhi State Secondary Schools et huit collèges à Rodrigues.

Les priorités pour 2026 incluent la révision du curriculum, la mise à disposition de ressources adaptées, ainsi que le recrutement d’enseignants spécialisés.

Pour répondre aux enjeux sociaux, un système de « médiateurs parentaux » pourrait être instauré. D’autre part, un dépistage psychologique et médical est prévu pour identifier les élèves à besoins éducatifs particuliers (SEN).

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