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Percy Yip Tong : «J’ai vu cette plage changer en cinquante ans»

Par Jenna Ramoo
Publié le: 17 May 2026 à 15:00
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Percy Yip Tong a entrepris des travaux pour rouvrir l’embouchure de la rivière.

Alors que les relevés scientifiques décryptent la fragilité de Tamarin, Percy Yip Tong partage sa lecture empirique du littoral. Un témoignage qui confronte la mémoire du lieu aux enjeux de gestion actuelle.

Percy Yip Tong est arrivé à Tamarin en 1969. Il avait dix ans. Il en a aujourd’hui soixante-six. Entre les deux, une vie entière passée à regarder la baie, ses humeurs, ses cycles, ses colères et ses rétablissements. Ce travailleur social et activiste écologique n’est pas scientifique. Mais ce qu’il a observé pendant plus d’un demi-siècle, depuis la plage, depuis l’eau, depuis les arbres qu’il grimpait enfant et qui bordent encore le rivage aujourd’hui, constitue une connaissance que les instruments de mesure peinent à capturer. Une mémoire longue. Une lecture du lieu que seul le temps donne.

Ce que Percy Yip Tong connaît de Tamarin, c’est d’abord ses rythmes. L’estuaire qui se bouche chaque hiver et s’ouvre à nouveau avec les pluies d’été. Le sable qui recule sous les houles de mai et revient avec la saison calme. Les habitants qui, depuis toujours, ouvraient l’embouchure à la main quand elle se fermait trop longtemps, une pratique transmise de génération en génération, bien avant que quiconque en fasse une question administrative. 

« L’estuaire de Tamarin a sa propre dynamique », dit-il. « La plage se répare naturellement. Je ne m’inquiète pas pour le sable. » Laissée dans de bonnes conditions, Tamarin sait se régénérer.

Mais début avril 2026, ce qu’il voit ne ressemble à rien de ce qu’il a connu. La combinaison des grandes marées de pleine lune, des vagues exceptionnelles et des forts débits fluviaux ronge la plage à une vitesse inhabituelle. Cent mètres de sable disparaissent en quelques jours. Et les racines des arbres centenaires qu’il grimpait enfant se retrouvent suspendues dans le vide, à un mètre cinquante du sol. « Voir ces magnifiques vieux arbres en danger de mort était traumatisant pour tous les habitants de Tamarin », dit-il.

Fin avril, Percy Yip Tong décide d’agir. Sans attendre les autorisations, il loue une pelleteuse et creuse un canal pour rouvrir l’embouchure de la rivière. Objectif : lui redonner son cours naturel, éloigner le courant des racines. Les autorités interrompent les travaux à plusieurs reprises. La légitimité de cette intervention et ses effets réels sur la plage restent à ce jour contestés entre lui et le ministère de l’Environnement.

Ce que personne ne conteste, en revanche, c’est le diagnostic qui l’a motivée. Les scientifiques du Mauritius Oceanography Institute et de l’Albion Fisheries Research Centre qui ont visité Tamarin fin avril l’ont confirmé : ce que Percy Yip Tong avait lu dans la mer, leurs instruments l’ont mesuré. « La science est nécessaire pour collecter des données avant d’entreprendre de gros travaux durables », reconnaît-il. Mais cinquante ans de présence lui ont appris à lire Tamarin autrement : ses habitudes, ses signaux, sa façon de se comporter selon les saisons. Une lecture que les modèles ne capturent pas encore. « Si je ne l’avais pas fait, j’aurais regretté toute ma vie. »

Ce qui s’est passé

Fin avril 2026, alors que les autorités tardent, selon lui, à intervenir, Percy Yip Tong creuse sans permis un canal à l’embouchure de la rivière pour en rouvrir le passage naturel et protéger les arbres centenaires menacés. La police interrompt les travaux à plusieurs reprises. Le ministère de l’Environnement finit par l’autoriser à poursuivre, avant de l’arrêter à nouveau le 3 mai. Percy Yip Tong a annoncé son intention de poursuivre le ministre Rajesh Bhagwan pour diffamation, à la suite de déclarations parues dans la presse mettant en cause la légitimité de son action.

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