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Pauvreté : la vie des Vert au pied de la montagne 

Pauvreté : la vie des vert au pied de la montagne 

Une vue imprenable sur le Corps-de-Garde… Qui n’aimerait pas se réveiller face à un tel paysage et au son des chants des oiseaux ? Dario Vert, âgé d’une cinquantaine d’années, vit au pied de cette montagne depuis sept ans, avec son épouse Shirley et leurs trois enfants Darius, Darwin et Daria. Cette dernière est partiellement trisomique. Incursion dans leur réalité. 

Un sentier tracé au fil du temps entre des herbes sauvages mène au pied de la montagne du Corps-de-Garde. Des poules caquettent et des chiens aboient à notre arrivée sous la véranda d’une bicoque en tôle. Dario Vert, le propriétaire des lieux, vient à notre rencontre. Un bonnet vissé sur la tête, il nous fait la causette. « Notre maison a été la proie des flammes en 2014. Nous avons tout perdu », lance-t-il, le regard perdu dans le vide.

Il confie qu’en attendant que sa maison soit reconstruite, sa famille et lui ont dû habiter deux semaines dans une « maraye », c’est-à-dire un abri recouvert d’un prélart et de palettes de bois. « Cette épreuve a été dure, d’autant que nous avons un enfant qui souffre d’un handicap et deux autres qui vont toujours à l’école. » 

C’est au pied de la montagne Corps-de-Garde, loin de toute civilisation, que la famille Vert a érigé une nouvelle maison. L’ancienne a été ravagée par un incendie.
C’est au pied de la montagne Corps-de-Garde, loin de toute civilisation, que la famille Vert a érigé une nouvelle maison. L’ancienne a été ravagée par un incendie.
Malgré les aléas de la vie,  le couple s’entraide.
Malgré les aléas de la vie, 
le couple s’entraide.

Subsister grâce à une botte de cresson 

Pour se nourrir, les Vert se rabattent régulièrement sur une cressonnière située à quelques pas de leur domicile. Consommée crue ou dans un maigre bouillon agrémenté de sel, la botte de cresson a souvent permis à la famille d’avoir quelque chose à se mettre sous la dent. Ce que confirme Shirley, qui a du mal à retenir ses larmes en se remémorant ce passé douloureux. 

C’est dans l’eau d’une source que la mère de famille puise pour faire la lessive et la vaisselle. Cette même eau est récupérée dans des fûts par Dario afin que la famille puisse se doucher. Chaque jour, il se procure aussi deux gallons d’eau potable chez des voisins. Chaque goutte du précieux liquide est judicieusement utilisée, pour boire et pour préparer les repas. 

Shirley se garde de faire étalage de sa précarité. « Nous faisons avec ce que nous avons », dit-elle. On a du mal à croire que certains vivent, coupés du brouhaha de la ville et de la pollution, alors que l’année 2019 vient de démarrer. 

Après l’incendie, ce sont des voisins et des amis de la famille qui ont aidé à reconstruire la maison. La paroisse de la localité est venue à son secours en lui donnant des matériaux. Avec quelques feuilles de tôle et des poutres en bois, Dario a érigé une structure comprenant une chambre pour les enfants et un salon qui fait office de chambre à coucher pour Dario et Shirley. Le couple y dort sur un matelas posé à même le sol. En journée, l’espace se transforme en cuisine. Salem, le chat de la famille, se love dans un vieux canapé noirci par le temps. La petite Daria pleure sans cesse. Dario peine à la calmer. Shirley tente sa chance, en lui mettant des fleurs dans les cheveux pour la rendre coquette à l’occasion du Nouvel An. 

Le propriétaire du terrain a demandé à Dario et sa famille d’évacuer les lieux.
Le propriétaire du terrain a demandé à Dario et sa famille d’évacuer les lieux.

bataille sans fin 

Elle ne peut pas travailler car elle doit s’occuper de Daria, qui a besoin d’une attention particulière. Mais la mère de famille se fait un point d’honneur à scolariser ses enfants. Elle a repéré une école spécialisée pour Daria, sauf qu’elle n’a pas les moyens financiers d’y inscrire sa fille. Le fait que les deux autres enfants aillent toujours à l’école complique davantage la situation. 

Le fils du couple attend ses résultats du School Certificate. Shirley compte sur lui pour qu’il aide la famille à sortir de l’impasse. Entre-temps, la quinquagénaire se bat pour arrondir ses fins de mois. « Dario travay gramatin pou manz tanto », confie Shirley. Il cumule des petits boulots bien que sa santé soit fragile. Il y a deux ans, il a appris qu’il est atteint d’hépatite. Il ne peut plus exercer son métier de maçon. Il ne baisse pas les bras pour autant. Il fait de son mieux pour grappiller quelques roupies afin de permettre aux siens de survivre. 

Malgré les aléas de la vie, le couple s’entraide. Dario a refait sa vie en 1998 avec Shirley. Elle raconte qu’ils se sont rencontrés au moment où la Coupe du Monde de football battait son plein. « J’ai eu le coup de foudre », se souvient Dario. Après avoir vécu chez leurs parents à tour de rôle et après avoir été confrontés à des relations familiales conflictuelles, le couple et leurs enfants ont déposé leurs valises au pied de la montagne du Corps-de-Garde, sur un terrain loué à bail à une gentille dame. 

C’est dans une source d’eau que la mère de famille puise pour faire la lessive et la vaisselle.
C’est dans une source d’eau que la mère de famille puise pour faire la lessive et la vaisselle.

La vie n’a pas été facile pour Dario. À l’âge de 18 ans, il a sombré dans l’enfer de la drogue. Il  a eu des démêlés avec la police. Il a fait de courts séjours en prison. Il a souvent rechuté. Puis sa vie a changé lorsqu’il a connu Shirley. Sur les bons conseils de sa femme, il a tout fait pour quitter cet enfer. Son calvaire a duré trois ans. Un jour, il a fini par prendre conscience de l’importance de sa famille. Cela fait neuf ans qu’il ne touche plus à la drogue, dit-il. À la question de savoir pourquoi elle est retournée vivre avec lui, Shirley répond qu’elle l’aime…

Appel à l’aide 

La propriétaire du terrain a demandé à Dario de vider les lieux. « Nous n’avons pas les moyens de payer un loyer, ni d’entamer des démarches pour un logement social », dit Shirley. Mais la famille garde espoir. Elle a besoin de vivres, de vêtements et de matériel scolaire. Mais ce qu’il lui faut surtout c’est un logement.

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