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Pauvres, mais heureuses- Chandranee : «Mes enfants, mes p’tites héroïnes»

Chandranee Aglard

Pas de doute, au quotidien c’est usant. Les tâches sont récurrentes et les angoisses aussi. Bien qu’elles vivent dans des conditions précaires, Neena, Veena, Teena et Sheena font de leur mieux pour soutenir leur mère Chandranee (36 ans) qui élève seule ses filles depuis le décès de son époux Daniel en 2017.

À Malakoff, Arsenal, il est 18 heures. Chandranee, Neena et Sheena nous guident à la lumière d’un téléphone pour arriver jusqu’à leur maison-longère. Dans cette cour, habitent aussi le petit frère, le cousin et les parents de Chandranee, tous dans des maisonnettes différentes.

Une fois qu’on franchit le seuil du domicile de Chandranee, nous avons droit à un accueil chaleureux des deux autres enfants, Teena et Veena. Dans sa bicoque en tôle avec des poutres rongées par les insectes, Chandranee, assise à une table, nous confie la réalité de sa vie.

À la tombée de la nuit, la demeure des Algard est alimentée en électricité grâce à un câble relié à la maison d’Ange Joseph Poussin (80 ans) et de sa deuxième épouse Chand (64 ans), qui sont les parents de Chandranee. Cette dernière avait 12 ans lorsqu’elle a perdu sa mère Prabartee, victime d’un grave accident de la route.

La première pièce de la maison sert à la fois de salon, de salle-à-manger, de cuisine et de chambre à coucher. La deuxième pièce a été convertie en chambre pour les enfants, explique Chandranee. Lors de grosses pluies, des morceaux de plastique sont étirés pour éviter le déluge dans la maison. Durant les cyclones, les membres de la petite famille se blottissent les uns contre les autres en priant que les vents n’emportent pas leur seul abri.

Lorsqu’il fait froid, Chandranee et ses enfants font tout pour bien se couvrir, car les fentes sont nombreuses dans cette maison, plus qu’abîmée. Toutefois, ce qui importune les habitantes de cette maison, c’est l’odeur nauséabonde qui émane du « pit latrine » qui sert de toilettes à la famille. La salle de bains est à ciel ouvert. « Parfois lapli tombe, nous baigne touzour,» dit Veena, en éclatant de rire.

Neena se lève pour nous montrer l’état de la porte arrière de la maison. Par cette porte, quasiment cassée et sans fond, rats, cancrelats, tandrek, crapauds et autres bestioles s’infiltrent avec facilité dans la maison.

Les larmes aux yeux, Chandranee affirme que l’état de sa maison est plus que pitoyable. Cependant, grâce à l’intervention d’un groupe de prières il y a deux mois, elle a reçu des lits, des ustensiles de cuisine et des vêtements.Dans le fourre-tout, se trouve aussi un ancien téléviseur qui ne fonctionne plus, car il a été aspergé d’eau lors des récentes pluies. Un peu plus loin, on aperçoit un réfrigérateur qui réserve bien des surprises. Veena nous invite à le découvrir : « Check sa mamzel ». Elle ouvre la porte et l’utilisation que la famille en a faite nous fait rire. En fait, le frigo abrite brosses à dents et autres babioles.

À 20 heures, les enfants se hâtent pour diner. Dans un « deksi » noirci par le temps, à l’aide d’une spatule, Neena répartit le riz équitablement dans des assiettes avant d’ajouter une cuillère de « rougay touni »  et de giraumon. Haute comme trois pommes, Sheena avance maladroitement avec son bras plâtré pour prendre son plat. Sheena rechigne parce qu’elle n’a pas le droit de manger du ‘piment cari’, car sa sœur estime qu’elle est trop petite. À table, les jeunes filles dévorent ce précieux menu offert par leur grand-mère Chand. Chandranee avoue que ses provisions sont à sec et elle n’a pas beaucoup de sous en poche.

Un mariage, des enfants et un décès

Ayant échoué le CPE, Chandranee quitte les bancs de l’école. Elle s’occupe du bétail appartenant à sa famille. À 18 ans, selon les souhaits de ses parents, elle répond positivement à une demande en mariage. C’est ainsi qu’elle épouse Daniel Aglard, un gardien qui travaillait à Pereybère. Chandranee prend de l’emploi dans une usine jusqu’à la naissance de ses enfants. Lorsque Daniel est décédé l’an dernier, elle a repris le chemin du boulot. Elle gagne un maigre salaire et bénéficie d’une aide sociale pour l’éducation de ses enfants. Ces derniers sont conscients de la difficulté de la situation. Parfois, elles se rendent dans les mariages pour danser lors de la cérémonie du « Geet Gawai » afin de gagner quelques sous qu’elles donnent à leur mère. De son côté, Chandranee ne baisse pas les bras, car ses enfants sont ses petits héros. « Je suis consciente que c’est difficile pour mes filles de vivre dans de telles conditions, mais elles sont ma joie de vivre. Elles m’aident beaucoup au quotidien et s’assurent que j’ai le sourire aux lèvres, même si on est pauvres.», confie cette mère qui peine à faire bouillir la marmite.

La vie au quotidien

Chandranee Aglard se réveille à 5 heures chaque matin. Dans la pénombre, elle avance à tâtons pour prendre sa douche et se préparer pour aller travailler à l’usine. Sa fille aînée Neena (17 ans) a cessé l’école après la Form IV , car elle est souvent malade. Elle est diabétique. En attendant de trouver un emploi, c’est elle qui s’occupe de ses petites sœurs.  « Maman travaille, il faut bien qu’on s’occupe de la maison, » dit Neena.

Veena (16 ans) est en Form V. Elle est la petite rebelle de la famille, mais elle a un magnifique sens de l’humour.  Elle a pour responsabilité de préparer à manger. Cuistot de service, elle se plie aux volontés de ses sœurs, mais a toujours le dernier mot. Teena (13 ans) est en Form III  dans un établissement scolaire à Morcellement St-André. Décrite comme étant très paresseuse par ses sœurs, elle dément leurs propos. À 9 ans, Sheena est en Std V à l’école primaire de la localité. Elle a pour tâche de remplir les seaux d’eau tous les jours. « C’est facile pour moi, je n’ai qu’à ouvrir le robinet et le fermer ensuite», dit-elle.  Chandranee avoue adorer ses enfants. « Elles me donnent du courage. Au-delà de notre relation parent-enfant, on est aussi amies », dit-elle.  Elle considère que leur éducation est importante, car c’est le seul moyen pour ses filles de sortir de cette précarité.

Appel à solidarité : les filles de Chandranee ont besoin de vêtements, de chaussures, de matériels scolaires, d’uniformes et de vivres. Bref, presque de tout.