Paul Mulcahy : «L’ouverture de l’hôtel SOCIO à Tribeca en 2028 réinventera le voyage d’affaires»
Par
Leena Gooraya-Poligadoo
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Leena Gooraya-Poligadoo
Avec l’ouverture prévue de l’hôtel SOCIO à Tribeca à l’horizon 2028, The Lux Collective amorce une nouvelle phase de son développement à Maurice. Dans cet entretien, Paul Mulcahy, Chief Commercial Officer du groupe, revient sur cette vision et aborde l’expansion internationale du groupe, les défis du secteur et les transformations en cours dans l’hôtellerie de luxe.
Combien d’hôtels compte aujourd’hui The Lux Collective à travers le monde et comment se structure votre présence internationale ?
Nous opérons actuellement dix-sept hôtels à travers le monde, avec une présence bien établie dans plusieurs destinations clés. Maurice demeure notre ancrage principal avec six établissements, chacun ayant une identité propre. Nous sommes également présents aux Maldives, où nous exploitons des resorts qui offrent une expérience immersive sur de vastes îles, avec une forte dimension de liberté et de mobilité pour les clients. À Zanzibar, nous avons Marijani, une propriété relativement récente, qui reflète notre volonté de nous ancrer dans les cultures locales. Nous avons aussi des opérations à La Réunion et une présence importante en Chine.
L’intelligence artificielle est un sujet qui suscite beaucoup d’intérêt, mais il est important de rester réaliste. Dans l’hôtellerie de luxe, l’humain reste au centre de l’expérience.
Votre groupe affiche une forte dynamique d’expansion. Quels sont les projets les plus marquants dans votre pipeline ?
Nous avons effectivement une pipeline très solide, avec seize nouveaux projets en développement. À court terme, nous allons prendre en gestion deux établissements au Rwanda, ce qui nous permettra d’être opérationnels rapidement sur ce marché. En 2027, nous lancerons Lux on the Bund à Shanghai, un projet urbain qui incarne une nouvelle approche pour nous. L’établissement disposera notamment d’une marina et de son propre bateau, permettant aux clients de découvrir la ville différemment. Nous développons également deux resorts au Moyen-Orient, dont l’un sera axé sur une expérience immersive en pleine nature, avec une forte composante culinaire, et l’autre davantage orienté vers le bien-être. À plus long terme, nous avons des projets en Afrique, autour de concepts de safari revisités au Zimbabwe et au Botswana. L’objectif est de revoir cette expérience en y intégrant notre vision du luxe et du service.
À Maurice, le projet SOCIO à Tribeca attire particulièrement l’attention. Pouvez-vous nous en dire plus ?
SOCIO est un projet stratégique pour nous, et il marque une évolution importante dans notre portefeuille. Son ouverture est prévue pour le deuxième trimestre 2028. Il s’agit d’un hôtel d’affaires, mais avec une approche complètement différente de ce qui existe actuellement sur le marché. Le concept repose sur l’idée de connexion sociale. Nous avons constaté que le voyage d’affaires peut souvent être perçu comme impersonnel, voire isolant. Avec SOCIO, nous voulons transformer cette expérience. Concrètement, elle se traduit par des espaces conçus pour favoriser les interactions, que ce soit entre professionnels, entrepreneurs ou voyageurs. L’idée est que vous puissiez non seulement travailler efficacement, mais aussi rencontrer d’autres personnes, échanger, et même créer des opportunités.
Dans un contexte international marqué par des tensions géopolitiques, comment votre groupe s’adapte-t-il ?
Les événements géopolitiques ont toujours un impact sur notre secteur, car ils influencent directement la perception des voyageurs. La question de la sécurité est centrale dans la décision de voyager. Maurice bénéficie d’une image très positive à l’international, celle d’une destination stable et sûre. Ce qui a clairement contribué à atténuer l’impact de ces tensions sur nos activités locales. Nous avons même observé des comportements intéressants, notamment avec des clients venant de régions plus instables, qui ont choisi Maurice comme destination de repli temporaire. Certains ont combiné travail à distance et séjour prolongé, ce qui a permis de maintenir un certain niveau d’activité. Ce qui montre aussi la capacité du secteur à s’adapter à des contextes changeants.
Avec seize nouvelles ouvertures, nous accélérons notre expansion mondiale
Quelles sont vos perspectives à court terme, en matière de réservations ?
Il est très difficile de faire des prévisions précises dans un environnement aussi volatil. Les tendances peuvent évoluer rapidement en fonction de l’actualité internationale. Ce que nous constatons, en revanche, c’est une certaine résilience de la demande. Les voyageurs continuent de se déplacer, même si parfois des ajustements ou des reports sont nécessaires. La connectivité aérienne joue également un rôle déterminant. Maurice bénéficie de liaisons directes avec plusieurs marchés clés, ce qui facilite l’accès à la destination. L’accès contribue à limiter l’impact des incertitudes. Globalement, même si le contexte reste incertain, nous restons prudemment optimistes.
Le secteur hôtelier est confronté à des défis en matière de ressources humaines. Quelle est votre stratégie à ce niveau ?
Les équipes sont au cœur de notre activité. Dans l’hôtellerie, l’expérience client repose en grande partie sur les interactions humaines. Il est donc essentiel de valoriser et de retenir les talents. Nous mettons un accent particulier sur le bien-être de nos collaborateurs, ainsi que sur leur développement professionnel. Nous veillons à ce qu’ils aient des perspectives d’évolution claires et à ce qu’ils se sentent accompagnés dans leur parcours. La formation est un élément clé de notre stratégie.
Quelle place accordez-vous aux talents locaux dans votre développement international ?
Elle est essentielle. Partout où nous opérons, nous cherchons à intégrer des talents locaux dans nos équipes. À Maurice, par exemple, tous nos directeurs généraux sont Mauriciens. Ce qui reflète notre volonté de développer les compétences locales et de créer des opportunités. Nous ne cherchons pas à standardiser nos hôtels. Chaque propriété doit refléter son environnement culturel. Ce que nous voulons transmettre, en revanche, c’est l’esprit de service qui caractérise notre groupe, et qui est fortement inspiré de l’hospitalité mauricienne.
Comment percevez-vous le rôle de l’intelligence artificielle dans l’hôtellerie ?
L’intelligence artificielle est un sujet qui suscite beaucoup d’intérêt, mais il est important de rester réaliste. Dans l’hôtellerie de luxe, l’humain reste au centre de l’expérience. Nos clients recherchent avant tout une interaction authentique, un service personnalisé. L’IA peut être un outil très utile pour améliorer certains aspects opérationnels. Elle peut permettre de simplifier des tâches, d’optimiser la gestion et de libérer du temps pour les équipes. L’objectif n’est pas de remplacer l’humain, mais de lui donner les moyens de se concentrer sur ce qui fait la différence : la relation avec le client.