Législatives 2019

Paul Bérenger : «Ce n’est pas le poste de PM qui m’intéresse, mais l’intérêt du pays»

Le leader du MMM était l’invité de Nawaz Noorbux dans l’émission Au cœur de la campagne, jeudi sur RadioPlus. Paul Bérenger a affirmé qu’il ne compte pas être au gouvernement si son programme n’est pas appliqué. Il plaide pour un vrai changement et prévoit de remporter les élections générales le 7 novembre prochain.  

Nawaz Noorbux :  Le MMM a connu des difficultés dans le sillage des démissions des militants influents. Aujourd’hu, vos adversaires concèdent que vous pouvez être le « kingmaker ».
Paul Bérenger : Nous ne sommes pas intéressés avec le rôle de kingmaker mais le rôle de « king ». C’est vrai qu’en 1976, les premières élections générales après l’Indépendence, il y avait une lutte à trois et le MMM avait remporté plus de sièges. Mais les Mauriciens ne doivent pas oublier qu’en 2010, le MMM était engagé dans une lutte à trois, jusqu’à ce que le MSM, pour des raisons communales, s’est rallié au PTr et a maintenu Navin Ramgoolam au pouvoir. Aujourd’hui, nous allons dans une lutte à trois.

Nous ne sommes pas prétentieux, mais une chose est sûre : une vague mauve déferle sur le pays. Notre but c’est de gagner une majorité et former le prochain gouvernement. Mais il y a d’autre possibilités : que le MSM remporte les élections, ce que je ne vois pas. Le MSM de Pravind Jugnauth a dû appeler sir Anerood à sa rescousse en cette fin de campagne. Quant au Parti travailliste, je ne vois pas ce parti remporter les élections avec ou sans Navin Ramgoolam. Je pense que le MMM va gagner. Maintenant si le MMM, le PTr et le MSM ne remportent pas les élections et qu’il y a un ‘hung Parliament’ comme en 1976, comme c’est le cas dans plusieurs pays, ce sera le statu quo pendant dix jours comme le prévoit notre Constitution. Les différents partis politiques devront discuter et, pendant ces dix jours le président de la République n’aura aucun rôle à jouer…

NN : Je vous ai entendu lancer une mise en garde au président de la République par intérim…
PB : J’ai beaucoup de respect pour les institutions mais ce président de la République par intérim a failli dans sa tâche. Il n’a pas été à la hauteur de ses responsabilités mais si jamais une telle situation se présente à l’issue des élections du 7 novembre, il devra se montrer à la hauteur de ses fonctions. Si après dix jours de discussions, un leader d’un parti politique peut prouver au président qu’il peut contrôler une majorité, le président doit le nommer au poste de Premier ministre. Mais il faut savoir si, après dix jours, aucun parti n’arrive à former un gouvernement,  le président de la République aura un rôle important à jouer. Tout ceci n’est que fiction pour moi.  Le MMM va remporter une majorité de sièges.  

NN : Que ce passe-t-il s’il n’y a aucun consensus après dix jours de discussions ? 
PB : Dans ce cas, il faudra repasser par les élections générales. Mais pour moi ce n’est que de la théorie et de la fiction. Aujourd’hui, les gens en ont marre de la fraude et de la corruption, avec la guerre entre le MSM et le PTr. Il y aura des surprises lors des prochaines élections.

NN : La guerre entre le MSM et le PTr  profite-t-elle au MMM ?
PB : Elle profite au pays avant tout et ensuite au MMM. Cette guerre entre le MSM et le PTr est horrible. Ils concèdent qu’ils sont malpropres et corrompus. La population est dégoutée. Je suis satisfait de la manière dont se déroule la campagne électorale pour deux raisons : les jeunes savent que tous les politiciens ne sont pas pareils et ne sont pas pourris. C’était ça le danger pour la démocratie. Aujourd’hui, face au MSM et au PTr, le MMM, avec la tête haute, la main propre, prouve que tous les politiciens ne sont pas pourris. Et deuxièment, le communalisme ne joue aucun rôle dans ces élections, même si certaines personnes essaient de le raviver. Et je dis bravo aux jeunes.

NN : Quelle est la force du MMM aujourd’hui dans les régions rurales ? Nous savons ce qui s’est passé en 1983. ..
PB : En 1982, le pays a connu le premier 60-0, la population a explosé d’espoir. Une des rares fois où j’ai pleuré en politique, mais en 1983, sir Anerood Jugnauth et certains ont vendu cet espoir. Il est allé faire une coalition avec « bolom » Ramgoolam et Gaëtan Duval pour des raisons communales. Mais aujourd’hui la situation n’est pas la même. Les résultats dépendront de la division de votes entre le PTr et le MSM. Là, il y a une remontée du MMM qui continue… y compris en régions rurales. 

Une chose est sûre : une vague mauve déferle sur le pays»

NN : Vos adversaires vous voient comme une menace. Le MSM demande aux électeurs de pas « couper transer», alors que Navin Ramgoolam dit un vote pour le MMM c’est un vote pour le MSM.
PB :  Il est évident qu’ils paniquent. Je tiens à dire clairement que l’objectif du MMM est d’avoir une majorité et former le prochain gouvernement. Il n’y a aucun contact ni avec le MSM ni avec le PTr. Nous lançons aussi un appel de ne pas « couper transer » même si c’est un droit constitutionnel. Mais c’est l’électorat suprême qui devra décider. Il faut savoir que l’électorat sera beaucoup plus critique que dans le passé. Il va considérer les valeurs des candidats.  Nous sommes à l’aise avec cela, car nous avons de bons candidats sur notre liste. 

NN : Dans une éventualité où il y aura un ‘hung Parliament’, que fera le MMM ? Votre parti a-t-il plus d’affinités avec le MSM ou avec le PTr ?
PB : Aucune affinité avec les deux. Mais s’il y a un choix à faire, il faudra d’abord qu’ils se fassent élire. Navin Ramgoolam s’est sauvé de la circonscription no. 5 pour la circonscription no. 10. Je ne crois pas qu’il va se faire élire. Il se prenait pour un « lion », et avait déclaré qu’il allait seul aux prochaines élections tout comme le MMM.  Je ne crois pas que le PTr va remporter ces élections. Quant au MSM, je pense qu’il va disparaître s’il perd ces élections. Je ne suis pas intéressé ni avec Pravind Jugnauth ni avec Navin Ramgoolam. 

NN : Mais s’il y a un choix à faire ?
PB : On verra qui sera élu ou pas. J’ai 50 ans de carrière, je suis passionné de l’histoire. L’île Maurice est le seul pays au monde où un gouvernement sortant a refusé un ticket à une majorité de ses députés sortants. Quel blâme ! Au MMM, nous sommes fiers que nos députés ont eu une investiture. Ils ont bien travaillé sur le terrain et au Parlement. Nous allons pour gagner mais si ce n’est pas le cas, on va discuter par la suite. 

NN : Allez-vous rejoindre le parti qui est disposé à partager le fauteuil de Premier ministre avec le MMM ?
PB : Ce n’est pas ça le point. Vous ne me connaissez pas. Ce qui m’intéresse c’est le pays avant tout et ensuite le parti. Je ne suis pas intéressée à m’occuper de ma petite personne. « Zot pas conne Paul Bérenger ». 

NN : Mais l’ambition est là, n’êtes-vous pas intéressé par le poste de Premier ministre ?
PB : L’ambition est là, mais il faut savoir qu’en ‘82, c’est moi qui ai présenté le Budget, SAJ ne comprenait rien en économie. Entre 2000 et 2005 c’est le MMM qui a fait tout le travail.

NN : Le MSM n’y a pas contribué ?
PB : Je n’ai pas dis cela, la contribution du MMM a été écrasante, celle du MSM minimum. 

NN : Qui a été le plus pire ? Le MSM ou le PTr ? 
PB : Il faudrait être un expert en « pire », l’un comme l’autre a failli. Cette campagne illustre ce fait.  

NN : Navin Ramgoolam a dit à Écroignard que s’il n’y a pas de majorité, vous allez exiger un partage de pouvoirs ?
PB : Quelle crédibilité accorder à Navin Ramgoolam? Si personne n’a une majorité, ce n’est pas une question de qui sera Premier ministre. La question ne se posera pas. Notre priorité c’est un vrai changement dans le pays : nettoyer le pays et relancer l’économie. 

NN :  Nous savons qu’il y a une rivalité historique entre vous et les Duval. Seriez-vous disposé à travailler dans un gouvernement avec Xavier-Luc Duval ?
PB : Je n’ai jamais fait de politique personnelle. Je n’ai aucune rivalité avec les Duval. Il y a l’histoire. Beaucoup de jeunes ne savent pas le mal que le PMSD a fait au pays. Ils ont essayé de me tuer, Azor Adelaïde est mort à ma place. « PMSD ene danger publik aujourd’hui pas moins ki hier » il n’y a rien de personnel. Quand je pense que Navin Ramgoolam a parmi ses candidats, Richard Duval, j’ai honte pour lui. Il n’y a rien de personnel mais le PMSD est le contraire du MMM. 

NN : Donc,  le MMM ne pourra jamais se retrouver avec le PMSD au sein d’un gouvernement ? 
PB : Le MMM est tout le contraire du PMSD. Ce n’est pas une affaire personnelle, c’est l’histoire et ce qu’est le PMSD aujourd’hui.  Mais s’il faut demain discuter pour former le prochain gouvernement... Nous ne sommes pas intéressés avec le PMSD mais on n’a de haine pour personne. 

NN : Depuis quelque temps, vous attirez l’attention sur le ‘money politics’. Á quel point l’argent influence-t-il la campagne électorale ? 
PB : Dangereusement. ‘Money politics’ est un des points forts de notre programme. Nous comptons venir avec une loi pour contrôler le financement des partis politiques. L’argent sale est un danger, l’argent de la corruption, la commission et des trafiquants de drogues, des bookmakers. Le ‘money politics’ est très dangereux. Le MMM en a beaucoup souffert et aussi dans cette présente campagne. 

NN : Mais en 2010, navez-vous pas reçu un chèque de 10 millions de roupies?
PB : C’est quelqu’un qui a voulu contribuer au financement du MMM. Ce n’était pas un chèque de la BAI, ni d’une compagnie de la BAI. C’était quelqu’un proche de la BAI. Rien à voir avec la corruption. D’une part, il y a le ‘money politics’ mais de l’autre il y a la MBC, qui viole la démocratie, surtout ces derniers temps. L’Electoral Supervisory Commission l’a même condamnée. La MBC est aussi une machine de propagande. Mais cela va changer.

Mais s’il faut demain discuter pour former le prochain gouvernement...»

NN : Mais là pour la campagne de 2019, le MMM n’a reçu aucun financement ? 
PB : Bien sûr.

NN : Est-ce qu’un gouvernement MMM va augmenter la taxe ? Quand vous étiez ministre des Finances vous avez augmenté la Tva a deux reprises ?
PB : On a introduit la Tva, il faut dire merci. On a pris des mesures qu’il fallait prendre. La Tva ne sera pas augmentée ni l’Income Taxe, on trouvera d’autres moyens.

NN : Le niveau de la dette publique au 30 juin 2019 était à Rs 320 milliards. Quel est votre constat ?
PB : C’est très mauvais, le gouvernement a inventé toutes sortes de trucs comme les Special Purpose Vehicles pour cacher les chiffres. La dette est dans le rouge et a dépassé les 70%. Il faut remercier l’Inde pour son aide, qui nous a donné plus de Rs 10 milliards de grant mais cet argent ne sera pas éternel.

NN : Il y a plusieurs secteurs qui sont en danger. Que propose un gouvernement MMM pour sauver l’industrie sucrière ? 
PB : Il faut discuter. Cette industrie joue un rôle important dans la protection de l’environnement. Le gouvernement sortant a mishandled le dossier du LNG. Il faut revaloriser la bagasse et que les petits planteurs obtiennent des bénéfices des dérivés de la canne. Je suis effrayé par le manque de vision, d’analyse par le gouvernement sortant et les ministres sortants Mahen Seruttun et Ivan Collendavalloo pour l’industrie sucrière et la production de l’électricité. Je préconise un super ministère : agriculture et énergie.

NN : En 2000, le MMM avec le MSM avaient lancé la cybercité avec le deal Illovo. Aujourd’hui il y a une stagnation. Que faut-il faire pour créer de nouveaux secteurs et relancer l’emploi ? 
PB : Il y a un essoufflement mais on va trouver des solutions. L’économie bleue a un potentiel énorme, mais ce ne sera pas facile. La stratégie africaine a été un gaspillage ; le potentiel est immense mais le gouvernement sortant a été un « zero ».

NN : Reza Uteem sera-t-il le prochain ministre des Finances ?
PB : Oui. Reza Uteem est le numéro trois dans le front bench. Il sera le ministre des Finances et des Services financiers. J’ai beaucoup de confiance en Reza. L’économie ce sera lui mais il travaillera avec d’autres personnes. Rajesh Bagwan aura un super ministère de l’Environnement.  

NN : Quel est le constat de la drogue dans le pays? Et que va faire le MMM pour barrer la route aux trafiquants de drogue ?
PB : Je n’ai peur de rien. Je ne bluffe pas. Le gouvernement sortant a commis un crime envers la jeunesse de ce pays. On a retrouvé plus de téléphones mobiles à la prison de Melrose que dans les magasins. « Nou mean business » On appliquera les recommandations de la commission Lam Shan Leen sur la drogue. Je n’ai pas peur pour combattre la drogue et la corruption.  Faites-moi confiance. Paul Bérenger en tant que Premier ministre sera sans pitié. Nous avons les compétences. 

NN : Sur la corruption, il y a un problème avec l’indépendance de l’Icac. Est-ce que le MMM va revoir la loi sur le recrutement du directeur de l’icac ?
PB : Oui, on va revoir la loi. L’Icac a été une cover-up machine. Le MMM proposera une nouvelle institution. On ne pas revenir avec l’Appointment Committee mais la nomination et la révocation du directeur devra garantir l’indépendance de l’icac. Peut-être un comité large.

NN : Concernant l’Assemblée nationale, les Standing Orders sont-ils dépassés ? Faudrait-il des amendements ?
PB : Ils sont complètement dépassés, il faudra de nouveaux Standing Orders et un Speaker digne de ce nom. On a proposé le nom d’Arianne Navarre-Marie. 

NN : Paul Bérenger jouera-t-il le match de sa vie le 7 novembre ?
PB : Non. « Dimoune pas conne Paul Bérenger et croire ce ki motive moi c’est poste Premier minis ». Cette élection est très importante. 

NN : Est-ce votre dernière participation ?
PB : C’est le MMM qui décidera. Je suis très optimiste avec nos nouveaux candidats. Le MMM connaît aujourd’hui une deuxième jeunesse.

NN : Après 15 ans dans l’opposition, l’heure du MMM a-t-elle sonné ?
PB : On n’est pas dans l’opposition par plaisir. Le MMM ne compte pas être au gouvernement si son programme n’est pas appliqué. Notre programme est pour une nouvelle île Maurice propre, démocratique et juste. Un vrai changement. On n’a pas peur de rester dans l’opposition. On ne rentre pas au gouvernement comme le MSM et le PTr pour remplir nos poches et nous enrichir.  

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