Patrick Assirvaden, ministre de l’Énergie : «Nous avons choisi de protéger les plus vulnérables»
Par
Jean-Marie St Cyr
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Jean-Marie St Cyr
Vous affirmez que 128 000 familles seront protégées grâce au « bouclier social ». Mais cela signifie aussi que près de 75 % des abonnés du CEB ne bénéficient d’aucune protection particulière. Comment le gouvernement compte-t-il venir en aide à ces familles qui ne figurent pas sur le Social Register of Mauritius, mais qui éprouvent malgré tout de grandes difficultés à payer leurs factures d’électricité ?
D’abord, il faut comprendre que le CEB doit payer environ Rs 500 millions pour chaque cargaison de fioul lourd importée. Nous faisons venir une cargaison par mois et le CEB doit donc trouver Rs 500 millions supplémentaires chaque mois pour régler cette facture. Sans ces cargaisons, il n’y a pas d’électricité. Sans liquidités, le CEB ne peut pas acheter de HFO et, sans HFO, il ne peut pas produire de courant.
Une absence d’électricité n’est pas une option ; ce serait catastrophique pour l’économie mauricienne. Le CEB est un facilitateur essentiel de l’économie du pays.
Nous avons d’abord choisi de protéger les plus vulnérables. Nous ne pouvions pas protéger tout le monde, mais, en tant que gouvernement à vocation sociale, nous avons décidé de protéger 25 % des consommateurs du CEB, soit environ 128 000 familles.
Concernant les 75 % restants, il faut aussi comprendre qu’il est nécessaire d’assurer le paiement des factures du CEB. Et si nous avions appliqué l’augmentation réellement nécessaire, elle n’aurait pas été de 15 %, mais plutôt de 25 %, afin de financer ces Rs 500 millions mensuels supplémentaires.
Notre politique consiste donc à protéger les plus faibles à travers un ciblage social. Mais, pour les autres catégories, nous avons mis en place toute une série de projets solaires permettant aux familles de réduire considérablement leur facture d’électricité.
C’est pour cette raison que nous insistons sur la nécessité de se tourner vers l’énergie solaire et de profiter du Solar Household Scheme. Nous faisons face à un grand défi, mais nous devons aussi voir cette crise comme une opportunité : chaque famille devrait pouvoir disposer de panneaux solaires sur son toit.
Une famille dont la facture est d’environ Rs 2 500 peut la réduire à près de Rs 400 grâce au solaire»
Plus de 21 000 foyers ont été déconnectés l’an dernier pour non-paiement. Derrière ces chiffres, il y a souvent des familles en situation de précarité. Le CEB dispose-t-il aujourd’hui de mécanismes d’accompagnement, d’échelonnement ou de médiation avant de procéder à une coupure d’électricité ?
Oui. Le CEB accorde un délai de 45 jours pour le paiement des factures. Deuxièmement, le CEB ne procède pas à une coupure sans discussion préalable ni sans proposer des facilités aux personnes en difficulté. Le CEB ne coupe pas l’électricité de manière brutale ni de gaieté de cœur. Il s’agit toujours d’un dernier recours.
Depuis notre arrivée, j’ai également demandé qu’aucune coupure ne soit effectuée un vendredi, car les bureaux sont fermés les samedis et dimanches, ce qui ne laisse aucune possibilité de discussion ou de négociation.
Malgré une situation financière difficile et des comptes dans le rouge, le CEB continue de faire preuve d’une certaine flexibilité.
Plusieurs familles modestes vivant à plusieurs ménages sous un même toit se retrouvent avec un seul compteur électrique et dépassent rapidement les paliers sociaux. Envisagez-vous une révision du système tarifaire afin de mieux prendre en compte cette réalité sociale et éviter que des foyers précaires soient considérés comme de « gros consommateurs » ?
Pour l’instant, nous ne prévoyons pas de revoir le système tarifaire. Si trois ou quatre familles vivent sous le même toit, elles peuvent disposer de plusieurs compteurs, à condition qu’elles aient des cuisines séparées et qu’elles puissent démontrer au CEB que chaque ménage fonctionne de manière indépendante. Il suffit alors d’en faire la demande auprès du CEB.
Si les personnes concernées peuvent prouver qu’il s’agit bien de foyers distincts opérant séparément sous un même toit, elles peuvent obtenir des compteurs additionnels. Nous comprenons cette réalité sociale et il ne faut pas croire que nous manquons de sensibilité à ce sujet. Mais il faut également éviter que certaines situations irrégulières puissent contourner les règles établies.
Vous avez expliqué que le gouvernement n’a pas répercuté l’intégralité de la hausse du coût du fioul lourd afin de protéger les plus vulnérables. Mais, pour les familles déjà endettées ou menacées de coupure, quelles nouvelles mesures concrètes pourraient être mises en place pour éviter qu’elles ne sombrent davantage dans la précarité énergétique ?
D’abord, il faut rappeler que le CEB fait face à un déficit accumulé de Rs 9,3 milliards. Deuxièmement, cette augmentation tarifaire de 15 % ne suffira même pas à couvrir entièrement la facture du HFO, car cette hausse rapportera environ Rs 3 milliards par an, alors que le surcoût annuel à absorber est de l’ordre de Rs 4,8 milliards.
Le CEB doit également continuer à recourir à des facilités de découvert bancaire d’environ Rs 1,8 milliard. Cet argent est nécessaire pour assurer la maintenance, payer le HFO, rémunérer les employés, acquérir de nouveaux équipements et garantir un service de qualité. Malgré cette hausse tarifaire, le CEB reste donc confronté à un déficit important.
Encore une fois, la solution passe par les panneaux solaires. Il faut investir aujourd’hui, avec les facilités offertes notamment par la DBM, afin de devenir plus autonome et se protéger contre cette augmentation, ainsi que contre les futures hausses.
Une famille dont la facture d’électricité est actuellement d’environ Rs 2 500 par mois peut voir celle-ci passer à près de Rs 400 par mois grâce à une installation solaire de 4 kilowatts équipée de batteries.
Un tel système représente un investissement d’environ Rs 225 000, avec la possibilité de bénéficier d’un Green Loan auprès de la DBM.
Ce modèle a déjà fait ses preuves en Australie, en Inde, notamment dans l’État du Gujarat, ainsi qu’à La Réunion, où les panneaux solaires se sont largement démocratisés. C’est d’ailleurs pour cette raison que j’ai demandé au gouvernement indien d’offrir 100 000 panneaux solaires à Maurice, car il est indispensable que le pays s’engage pleinement dans cette direction.