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Passe d’armes au Parlement - La Speaker Shirin Aumeeruddy-Cziffra : «On n’est pas à la foire !»

Par Jean-Marie St Cyr
Publié le: 24 June 2026 à 12:30
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La Speaker Shirin Aumeeruddy-Cziffra a eu fort à faire pour ramener l’ordre à l’Assemblée nationale lors d’une séance houleuse.

Le Supplementary Appropriation Bill a viré au chahut mardi à l’Assemblée nationale. Entre liste des orateurs contestée et apartés audibles, la Speaker Shirin Aumeeruddy-Cziffra a dû hausser le ton à plusieurs reprises pour ramener le calme dans l’hémicycle.

L’hémicycle a eu des allures de cour de récréation le mardi 23 juin. C’est la Speaker Shirin Aumeeruddy-Cziffra elle-même qui le dira, lasse des éclats de voix qui s’élevaient des deux côtés de la Chambre. La séance, consacrée en première partie au Supplementary Appropriation Bill présenté par le Premier ministre, devait être technique. Elle a vite viré à l’épreuve de nerfs.

Le détonateur porte un nom : Adrien Duval. Le Whip de l’opposition annonce qu’il ne s’arrêtera que sur un seul des sept items soumis par le Premier ministre – celui de l’Enseignement supérieure, le plus lourd en dotation. L’année dernière, rappelle-t-il, le Parlement a voté Rs 2,3 milliards pour ce ministère. Mardi, on lui demande Rs 1,2 milliard supplémentaire pour les institutions d’enseignement supérieur chapeautées par la Higher Education Commission. 

Le député Adrien Duval pointe alors un détail qui ne passe pas inaperçu : le KPI (Key Performance Indicator) - qui prévoyait que 20 % des diplômés trouvent un emploi dans les six mois suivant leur graduation - a disparu du nouveau Budget. « Il est regrettable que nous ne puissions juger la performance du ministère sur ce KPI », lance-t-il, avant d’enfoncer le clou : « On change le KPI en cours de route et on nous demande de voter sur des KPI qui ne sont plus les KPI du ministère et on vote avec effet rétroactif. C’est un problème pour moi. »

Du côté du gouvernement, l’agitation monte. Le ministre de l’Énergie Patrick Assirvaden multiplie les signes en direction de son collègue Kaviraj Sukon, ministre de l’Enseignement supérieur, pour qu’il réplique. La Speaker tempère : le député Adrien Duval traite de points spécifiques, le ministre Kaviraj Sukon ne pourra pas répondre dans l’immédiat. Le murmure s’intensifie. « Il y a un murmure, est-ce qu’il y a un problème ? » demande alors la Speaker.

C’est le ministre du Logement Shakeel Mohamed qui éclaircit le mystère : il hésitait à soulever un « Point of Order », jugeant qu’il ne fallait pas mélanger les exercices budgétaires 2024-2025 et 2026-2027. La Speaker maintient sa décision : le Whip Adrien Duval a des arguments, il continuera. 

Le ministre Shakeel Mohamed s’incline, mais Adrien Duval n’en a pas fini. « ‘Ase, to pe interomp mwa.’ Soyons un peu démocrates », glisse-t-il à l’attention du ministre du Logement, avant d’attribuer la régression de l’enseignement supérieur à l’absence de conseil d’administration, contraignant des diplômés à des emplois sous-qualifiés, selon lui.

La tension grimpe encore d’un cran. « Ekout diskour-la », tente le leader de l’opposition Joe Lesjongard. « To minister sa, to pa reazir », riposte Patrick Assirvaden en direction du ministre Kaviraj Sukon. Ce dernier, lui, semble impassible – jusqu’à ce que la Chief Whip Stéphanie Anquetil et le ministre Patrick Assirvaden l’invitent à sortir de l’hémicycle pour un bref aparté. Il revient ensuite et demande la parole.

Le leader de l’opposition Joe Lesjongard s’insurge : le nom de Kaviraj Sukon ne figurait pas sur la liste initiale des orateurs. Patrick Assirvaden rétorque que ce n’est pas la première fois qu’elle est amendée à la dernière minute. Adrien Duval élève la voix pour couvrir les murmures persistants de la majorité, avant que la Speaker ne mette fin à son intervention.

Visage rouge, le ministre Kaviraj Sukon s’apprête à rétablir les faits. Mais Joe Lesjongard ne désarme pas : « J’ai comme l’impression qu’on déroge aux principes établis à l’intérieur de cette auguste assemblée », déplore-t-il, en regrettant l’absence de circulation de la liste des orateurs. La Speaker tranche : elle usera de sa discrétion pour laisser parler le ministre de l’Enseignement supérieur.

Adrien Duval se lève à nouveau, Patrick Assirvaden proteste. « Je ne peux pas avoir trois membres debout en même temps », s’agace la Speaker, débordée par les protestations croisées du Whip et du leader de l’opposition ainsi que des membres de la majorité gouvernementale. Elle hausse le ton : « Je fais un appel à tout le monde, c’est une question de démocratie. » Puis, plus sèchement : « Si vous ne me laissez pas parler, je m’en vais. »

La Chief Whip Stéphanie Anquetil enfonce le clou en accusant Adrien Duval de mauvaise foi sur la liste des orateurs, ce que l’intéressé rejette avec colère. Quand la Speaker tente une nouvelle fois de céder la parole au ministre Kaviraj Sukon, l’opposition gronde encore. Exaspérée, elle lâche : « Ça suffit maintenant, c’est pire qu’une classe, pire que l’école. »

Le ministre de l’Enseignement supérieur finit par dérouler sa réplique sous un concert de « tap latab » et de piques fusant des bancs gouvernementaux. « To’nn rode, alala », lance le ministre de l’Environnement Rajesh Bhagwan en direction d’Adrien Duval. « Donn li so koko », renchérit une voix. « Larou plat », ajoute un autre député de la majorité. 

La Speaker, dépassée par les sarcasmes, lance : « On n’est pas à la foire ! » Le ministre Kaviraj Sukon, lui, terminera son intervention sous les applaudissements de son camp.

Le ministre Sukon recadre Adrien Duval

Kaviraj Sukon a répondu avec fermeté aux critiques du Whip de l’opposition Adrien Duval lors des débats parlementaires, défendant la gestion de l’enseignement supérieur et la restructuration du secteur. Le ministre a d’abord replacé le débat dans son contexte budgétaire, rappelant que le Budget 2024-25 avait été adopté avant les élections générales de novembre 2024, à une période où le ministère de l’Enseignement supérieur n’existait pas encore. Les ressources ont ensuite été réallouées à partir du budget initial du ministère de l’Éducation.

Concernant le Supplementary Appropriation Bill, Kaviraj Sukon a insisté sur le fait qu’il ne s’agit pas de nouvelles dépenses, mais d’une réorganisation de fonds hérités de l’ancien système.

Il a également défendu le bilan du gouvernement, rappelant que le système de KPI avait été introduit par l’administration précédente. Selon lui, les réformes engagées depuis décembre 2024 ont permis d’améliorer la gouvernance du secteur, notamment à travers la révision du Higher Education Act et le passage à une « institutional accreditation ». Des accords ont été signés avec des organismes britanniques, français et indiens afin de renforcer l’ambition de faire de Maurice un « knowledge hub ».

Réagissant aux critiques d’Adrien Duval, le ministre a haussé le ton : « Il ne connaît pas le secteur », a-t-il lancé, affirmant que les institutions privées soutiennent les réformes engagées. Il a ajouté que les fonds alloués ont permis d’assurer le fonctionnement des universités et de financer la recherche.

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