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Pas de Rassemblements Post-Covid-19 : L’événementiel amené à se réinventer

Le monde de l’évènementiel ne sera plus jamais le même. Du moins, pas de sitôt.

Avec l’interdiction des grands rassemblements, les organisateurs de festivals, de concerts, d’événements culturels sont directement touchés. Comment voient-ils l’après-Covid-19 ? Y a-t-il moyen de se réinventer ? 

Nous assistons à une phase difficile pour l’univers de l’événementiel, avec l’interdiction des rassemblements. Aucune entreprise n’est épargnée par la pandémie du Covid-19. « Le récent rapport du Conseil mondial de l’industrie des événements (Events Industry Council), à Washington, évoque une représentation de 26 millions de professionnels à travers le monde. L’événementiel est donc une industrie qui soutient la création », explique Nuvin Mungroo, Production Manager chez Impact Production Group. 


Stellio Grenouille - Directeur de Coreame : «Le plus important sera de survivre pendant les six mois à un an»

Stellio Grenouille, directeur de Coreame, explique qu’au-delà de son académie de danse, l’apport de sa compagnie dans le secteur de l’événementiel en prendra directement un coup. « Les soirées latino, les danses dans les concerts internationaux à Maurice et les fêtes de fin d’année sont incertaines. Au niveau de l’école de danse, tant que les écoles ne reprennent pas, nous ne pourrons redémarrer, comme toutes les écoles de danse et tous ceux qui sont des secteurs d’activités extrascolaires, tels que le théâtre, le chant, etc. Les cours en ligne peuvent nous aider, mais pas à 100 % » soutient Stellio. 

Il explique qu’il voulait, cette année, célébrer ses 30 ans de carrière et inviter des artistes internationaux pour l’occasion. « Je ne vais pas le faire, car nous avons d’autres priorités. J’ai moi-même cinq professeurs de danse qui travaillent avec moi et nous avons entre 150 et 200 élèves. Nous ne sommes pas sûrs que nous aurons encore autant d’élèves après le confinement, car les parents, s’ils doivent faire un choix, privilégieront les leçons particulières aux activités extrascolaires. » dit-il. 

Pour Coreame, le plus important sera de survivre pendant les six mois à un an post-Covid-19. La compagnie baissera ses tarifs et acceptera de plus petits contrats. 

Au niveau de l’école de danse, tant que les écoles ne reprennent pas, nous ne pourrons redémarrer, comme toutes les écoles de danse... "


Nuvin
Nuvin Mungroo, Production Manager chez Impact Production Group.

Nuvin Mungroo - Production Manager chez Impact Production Group : «La perte commerciale dépasse déjà plusieurs dizaines de millions de roupies entre mars et juin»

Impact Production Group indique que sa force et sa créativité viennent des réunions et “brainstorming” en groupe et des échanges avec les équipes techniques. « La situation actuelle engendre une grande frustration dans les industries créatives, dont l’évènementiel est un pilier incontournable, que ce soit pour un lancement de produit, un concert, un mariage ou tout autre événement. Au niveau financier, nous avons récemment effectué une analyse de la situation et les chiffres sont inquiétants, puisque la perte commerciale dépasse déjà plusieurs dizaines de millions de roupies entre mars et juin », indique Nuvin Mungroo.

La situation a exigé un contrôle strict des frais fixes et opérationnels, puisque la totalité des projets a été gelée dès l’annonce de la crise mondiale. Le Production Manager d’Impact Production Group fait d’ailleurs ressortir que l’industrie événementielle dépend également du secteur du tourisme, qui représente une contribution majeure en termes de revenus. 

L’entreprise voit déjà les difficultés qui l’attendent après le Covid-19. « Malheureusement, les prestataires de l’évènementiel travaillent dans l’ombre et le public ne se doute pas de l’importance que revêt ce travail d’organisation, qui doit être réglé comme une horloge. »

Si eux soutiennent les artistes, ils sont à leur tour soutenu par l’industrie du tourisme et les agences de communication et de publicité. « Nous formons une grande famille atteinte en plein cœur et figée dans une posture où nous n’avons aucune visibilité, tandis que nos équipes comptent sur nous pour trouver des solutions et ainsi continuer à nourrir leurs familles. » fait-il ressortir. 

En attendant, une équipe a été formée pour travailler sur le processus qui permettrait de continuer à offrir un spectacle de qualité aux Mauriciens. « Nous travaillons sur plusieurs projets et nous sommes impatients de les proposer au secteur une fois que nous aurons terminé la conception de nos produits. Nous apprenons et nous nous adaptons. Nous espérons que cela va ouvrir de nouvelles portes. »  fait-il remarquer. 


Raviraj Beechook demande un plan d’aide pour ceux qui travaillent en freelance.
Raviraj Beechook demande un plan d’aide pour ceux qui travaillent en freelance.

Raviraj Beechook - Directeur d’Inbox Communications : «L’événementiel sera un des derniers secteurs à se relever» 

« L’art vivant a besoin du public, car un artiste ne pourra se contenter d’un like pour valoriser son travail », fait ressortir Raviraj Beechook, directeur d’Inbox Commnications et organisateur d’événements culturels tels que spectacles et concerts. Il est d’avis que l’évènementiel sera un des derniers secteurs à se relever. 

« Les artistes internationaux ne sont plus sur le marché et nul ne sait quand il sera possible d’organiser un spectacle. Le risque zéro n’existe pas, tant qu’un vaccin n’a pas été trouvé. Donc, il est déconseillé de faire de grands rassemblements pour des raisons sanitaires. Les Mauriciens ne voudront pas se retrouver dans une salle avec 2 000 à 3 000 personnes », dit-il.

Il décrit cette situation comme un gros coup de massue pour un secteur déjà très affaibli. « Ceux qui sont les plus touchés sont les freelances. Beaucoup sont obligés de vendre leur matériel pour nourrir leur famille. Les techniciens, videurs, ingénieurs qui ont essuyé un refus de la Mauritius Revenue Authority », confie Raviraj Beechook. 

Il s’est retrouvé dans l’obligation d’annuler le spectacle de Kev Adams à la Réunion, le 25 avril. « Les assureurs refusent de nous couvrir à cause de la pandémie », affirme-t-il. 

Les alternatives verront le jour au fil du temps : cinéma sur le parking, des DJ organisant des soirées payantes en ligne... mais, selon lui « le gouvernement doit venir avec un plan d’aide pour les freelancers. »

Inbox Communications avait fait venir le comédien Jamel Debbouze en 2018.
Inbox Communications avait fait venir le comédien Jamel Debbouze en 2018.

Bruno Raya : «Seggea Zwe et Reggea Donn Sa renvoyés pour 2021»

Bruno Raya a renvoyé ses événements pour 2021.
Bruno Raya a renvoyé ses événements pour 2021.

Selon Bruno Raya et l’équipe de Live N Direk Entertainment, l’avenir est sombre pour les artistes. « Je n’ai fait que cela pendant 28 ans et je ne sais rien faire d’autre », avoue-t-il. Il est difficile pour eux de songer à se réinventer. D’ailleurs, il a renvoyé deux événements non pas pour cette année, mais pour 2021. « Nous avons dû renvoyer nos concerts et festivals, car chaque événement demande une grosse organisation qui se fait en amont. » soutient-il. 

Seggea Zwe, prévu le 6 juin, et Reggea Donn Sa, prévu le 1er août, ont donc été renvoyés. « C’est décourageant de voir que notre pays ne reconnaît pas les talents et le statut de l’artiste. . En attendant, nous allons tous souffrir. Les artistes devront peut-être changer de métier. »dit-il. 


Les événements annulés ou renvoyés

Le dernier Dreamers, avec Zulu, avait accueilli pratiquement 800 personnes.
Le dernier Dreamers, avec Zulu, avait accueilli pratiquement 800 personnes.

L’impact sur l’industrie culturelle mauricienne est colossal. « Toutes les sources de revenus sont actuellement coupées. Il faudra être solidaire, créatif... et espérer des subventions. Pour La Isla, le préjudice est palpable », explique Victor Genestar, fondateur de La Isla Social Club. 

D’ailleurs, leur événement annuel majeur, le festival LA ISLA, était prévu le samedi 30 mai. Il a été reporté au samedi 28 novembre. Une nouvelle date raisonnable qui, souhaite-t-il, permettra à ses trois têtes d’affiche étrangères de venir sur l’île sans passer par la quarantaine. 

« Ce report était un casse-tête pour l’organisation, car derrière le festival se cache plus d’une centaine d’intervenants - artistes, associations, prestataires, bénévoles. » 

Victor Genestar estime qu’il faudra être créatif pour s’en sortir.
Victor Genestar estime qu’il faudra être créatif pour s’en sortir.

Financièrement, la situation est délicate pour eux, mais c’est grâce au soutien de partenaires que l’événement tient bon. Le confinement a du bon pour La Isla Social Club, qui ne perd pas espoir, compte tenu du succès de son dernier événement, Dreamers, qui avait réuni 800 personnes.  

« La culture mauricienne peut sortir gagnante de cette crise. Cette période permet à des artistes mauriciens de percer, d’être vus. La Isla est là pour les aider à se faire connaître. Les plus créatifs s’en sortiront. » 
Victor Genestar précise que l’après-pandémie se fera en douceur pour eux et leur donne l’occasion d’être imaginatifs. « Sur La Isla TV, nous allons lancer un nouveau concept ambitieux de vidéos musicales avec un artiste en live dans un cadre extérieur. L’idée reste la même : valoriser l’artiste et la culture à Maurice. »

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