Parlement - leader de l’opposition : statu quo en vue, le Président comme seul arbitre
Par
Patrick Hilbert
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Patrick Hilbert
Dans un contexte marqué par des recompositions au sein de l’opposition parlementaire, la question du leadership reste, pour l’heure, en suspens. Dans l’entourage de Paul Bérenger, on évoque une situation encore floue, sans pour autant formuler de demande explicite de changement à la tête de l’opposition. « Il y a de la confusion », confie une source proche, en référence à la configuration actuelle autour de Joe Lesjongard, reconnu comme leader de l’opposition, entouré d’Adrien Duval, tandis que la position de Franco Quirin demeure incertaine.
Selon cette même source, l’équilibre des forces pourrait évoluer en fonction des alignements. « S’il est avec eux, ils sont à trois, et nous à trois », indique-t-on, tout en soulignant que la Constitution confère au Président de la République une marge d’appréciation déterminante dans ce type de situation. « La Constitution est claire […] c’est dans un des rares cas où il jouit d’une discrétion totale », affirme-t-on, précisant que des échanges ont eu lieu avec le chef de l’État il y a deux semaines.
Pour autant, aucune pression n’est exercée sur les institutions. « On n’a pas demandé que Joe Lesjongard parte […] le Président agira à sa discrétion », insiste cette source. Une posture attentiste semble ainsi privilégiée : « Probablement, les choses resteront comme elles sont pour un bout de temps encore. »
Dans le camp de Joe Lesjongard, le discours est sans ambiguïté. Son entourage affirme qu’il n’a pas l’intention de remettre en jeu son poste de leader de l’opposition, ce qui, de facto, maintient le statu quo à court terme.
Paul Bérenger lui-même ne souhaite pas briguer le poste de leader de l’opposition. Selon son entourage, cette position vise à « éviter des interprétations par rapport à son départ du gouvernement ». Joanna Bérenger adopte la même ligne. En revanche, Chetan Baboolall serait appelé à assumer cette responsabilité si le poste de leader de l’opposition était remis en jeu.
Parallèlement à ces enjeux institutionnels, le groupe autour de Paul Bérenger s’organise. Deux structures ont été mises en place : un comité restreint d’une dizaine de membres, nommé à titre provisoire, et un comité élargi d’une quarantaine de personnes représentant les 20 circonscriptions. Le premier se réunit très régulièrement — « presque tous les jours », la dernière rencontre ayant eu lieu jeudi — tandis que le second se réunit à un rythme hebdomadaire, la dernière séance remontant à mercredi.
Ces réunions visent à structurer un « mouvement en gestation », selon les termes employés. « On appelle ça un mouvement et pas un parti », précise-t-on, en insistant sur l’absence de précipitation. « Nous ne sommes pas pressés », répète la source, évoquant une démarche progressive. Une série de décisions devrait être prise lundi concernant l’orientation de ce mouvement.
Plusieurs chantiers sont en cours, notamment le choix du nom, du symbole et des couleurs. Un texte fondateur est également en préparation, articulé autour des « points clés du combat depuis 1969 », dans l’objectif de rallier ceux qui s’y reconnaissent. Il en sera question lors d’une réunion ce lundi.
La Constitution prévoit que « il y aura un Leader de l’Opposition qui sera nommé par le Président ». Elle précise que lorsque le Président doit procéder à cette nomination, il agit « selon son propre jugement délibéré » et désigne, en priorité, « le membre de l’Assemblée qui est le chef, à l’Assemblée, du parti d’opposition dont la force numérique est supérieure à celle de tout autre parti d’opposition ».
Dans le cas où aucun parti ne domine numériquement, le Président choisit « le membre de l’Assemblée dont la nomination serait, selon son jugement, la plus acceptable pour les chefs des partis d’opposition à l’Assemblée ».
Le texte constitutionnel prévoit également un pouvoir de révocation. Ainsi, « lorsque le Président […] considère qu’un membre de l’Assemblée, autre que le Leader de l’Opposition, est devenu le chef […] du parti d’opposition ayant la plus grande force numérique », ou que le titulaire « n’est plus acceptable en tant que tel pour les chefs des partis d’opposition », il « peut révoquer la nomination du Leader de l’Opposition ».
Enfin, la Constitution définit un parti d’opposition comme « un groupe de membres de l’Assemblée dont le nombre inclut un chef qui commande leur soutien en opposition au gouvernement », consacrant ainsi la notion de soutien organisé comme critère central.