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Parcours d’une battante : la fille ordinaire qui a réussi sa vie

arishma Ansaram

Elle avait quatre ans et était dans un camion de déménagement en route vers une maison à louer dans le village de Rivière-du-Poste. Pour cause, sa famille a dû quitter la maison de ses grand-parents, à Port-Louis, après des conflits familiaux engendrés par son père alcoolique. 21 ans plus tard, Karishma Ansaram est Lecturer en Finance à l’Université de Maurice. Le temps d’une rencontre, la jeune femme livre son histoire à Le Dimanche/L’Hebdo.

Ma mère n’avait pas les moyens pour me payer plusieurs leçons particulières. J’en prenais que deux. Mais grâce aux soutiens de mes deux enseignantes, j’ai foncé dans mes études »

Assise à son bureau sis au 4e étage du bâtiment The Core, à Ebène, Karishma Ansaram indique que cela fait quelques mois qu’elle est Lecturer en Finance à l’Université de Maurice. Elle ajoute que c’est sa détermination à réussir sa vie à tout prix, malgré les aléas de la vie, qui l’a conduite à ce poste.

Pour comprendre son histoire, la jeune femme nous emmène faire un tour dans le passé. « Après avoir déménagé de chez mes grand-parents, nous habitions une maison à Rivière-du-Poste. Mon père travaillait dans une compagnie comme soudeur. À un moment, il a perdu son travail à cause de son alcoolisme. Ma mère était, elle, femme au foyer. Elle a dû prendre un emploi dans une usine pour subvenir aux besoins de notre famille et pour payer le loyer », raconte Karishma Ansaram. Cette dernière peine à poursuivre son histoire, car elle a une soudaine montée de larmes aux yeux. Puis, elle reprend tout en indiquant qu’elle devait avoir dix ans lorsque ses parents se sont séparés.

« Sous l’influence de l’alcool, mon père tabassait souvent ma mère. Il vendait tout ce qu’il pouvait dans la maison afin d’avoir de l’argent pour acheter son alcool. Ma mère n’en pouvait plus et elle a décidé de se séparer de lui. Depuis qu’il est parti, je ne l’ai plus revu », soutient-elle.

Adolescente, elle affirme qu’elle n’était pas d’accord avec le fait que sa mère refasse sa vie. « En travaillant à l’usine, elle a fait la rencontre d’un machiniste. Ce dernier est devenu notre beau-père. Les deux sont ensuite devenus des entrepreneurs lorsqu’ils ont ouvert un atelier de textile. Financièrement, ma mère était plus stable. Moi, je ne voulais pas être dépendante de mon beau-père. Je savais que réussir à l’école était mon passeport pour un meilleur avenir. Au fond de moi, je gardais, toutefois, l’espoir que mon père allait revenir un jour », énonce la jeune femme.

Enfin dans la maison que sa mère voulait construire, Karishma Ansaram dit qu’elle avait environ 13 ans lorsqu’elle a appris que son père est décédé. « Mes parents avaient contracté un prêt pour construire une maison à Rivière-du-Poste. Comme mon père ne travaillait pas, c’était ma mère qui devait rembourser l’emprunt. Un beau jour, en faisant une démarche quelconque, on lui a appris que mon père est mort », affirme la jeune femme. Elle relate que, selon ses renseignements, son père avait été retrouvé dans la rue et que des gens l’ont enterré dans un cimetière. « Son acte de décès indique qu’il était musulman alors qu’il était hindou. Je ne connais rien de lui, ni personne de sa famille », renchérit-elle.

Son parcours académique

Après un sans-faute aux examens de la Primary School Certificate, Karishma Ansaram est admise au Forest Side State Secondary School, à Curepipe. « J’avais du mal à m’adapter à l’école, car les élèves de ma classe étaient tous issus de familles aisées. Je me sentais inférieure à eux », relate-t-elle.

Victime d’anxiété sociale et psychologiquement affectée par le fait que sa mère refasse sa vie, Karishma Ansaram indique que son apprentissage à l’école était vraiment difficile. « Après la forme III, j’ai opté pour les matières telles que la comptabilité, l’économie et les mathématiques. Ma mère n’avait pas les moyens de me payer plusieurs leçons particulières. Je n’en prenais que deux. Mais grâce aux soutien de mes deux enseignantes, j’ai foncé dans mes études. C’est ce qui m’a permis d’avoir 10 unités pour le School Certificate. » Elle dit qu’elle a ensuite donné le meilleur d’elle-même pour les examens du Higher School Certificate lors desquels, elle a eu trois A+.

Si son souhait est de poursuivre ses études tertiaires, son beau-père, lui, l’en dissuade. « Une de mes amies avait décroché un emploi dans une firme de renom avec ses résultats de la HSC. Il voulait que je fasse la même chose. Mais moi, j’ai fait ma demande de bourse d’études que j’ai eu par la suite. Notamment, le Standard Bank Scholarship Scheme 2013. »

D’ailleurs, c’est cette bourse qui permet à la jeune habitante de Rivière-du-Poste d’effectuer des études en Banking & Finance à l’Université de Maurice. Lieu où elle en ressort diplômée avec une mention honorifique, en 2016. « Je percevais une allocation de Rs 5 000 pour étudier à l’UOM. J’ai économisé cet argent et c’est ce qui m’a permis de faire des cours en ACCA, au niveau professionnel. Je me suis ensuite tournée vers mon lecturer qui m’accompagnait à l’Université de Maurice et celui-ci m’a aidé à trouver des bourses pour que je puisse faire ma maîtrise. »

Karishma Ansaram indique qu’elle travaillait, entre-temps, pour une firme d’audit où elle avait vraiment du mal à s’adapter, car ce n’était pas le domaine dans lequel elle aspirait à faire carrière. « J’y ai travaillé durant trois mois. Ensuite, j’ai eu la State of Mauritius Post-Graduate Scholarship 2016 pour faire ma maîtrise en Carbon Finance à l’Université d’Edinbourg. »

Cap sur Edinbourg

Il va sans dire que cette nouvelle la ravit, mais elle se retrouve très vite confrontée à un dilemme. « J’ai reçu la lettre d’acceptation le 9 septembre 2017 et les cours universitaires débutaient le 12 septembre. En deux jours, j’ai dû faire mon visa. Puis, mes valises. J’ai pris les vêtements que j’avais, mes Rs 40 000 d’économies et j’ai mis le cap sur l’Angleterre pour un an. » La jeune femme dit que même si ses cours étaient 100 % financés, elle a dû, toutefois, gérer intelligemment son budget pour pouvoir vivre et faire sa maîtrise.

En classe, Karishma Ansaram s’applique pour maîtriser le Carbon Finance. « J’avais compris que si je voulais réussir dans cette filière, je devais faire mes preuves et aussi trouver des opportunités académiques. En ce faisant, j’ai eu un stage à Paris et un autre au Portugal grâce à des parrainages. Cela, en parallèle de ma dissertation. Après avoir complété ma maîtrise avec mérite, je suis retournée à Maurice le 24 septembre 2017, car financièrement, c’était difficile pour moi de continuer à vivre en Europe », soutient-elle.

Après deux mois à la maison

La mère de Karishma Ansaram lui met la pression pour qu’elle se trouve un emploi. La jeune femme postule dans les institutions qui lui permettraient de continuer sa carrière dans la filière du Carbon Finance, mais en vain. C’est dans une start-up, à Ebène, qu’elle atterrit pour travailler en tant que Research Associate durant deux ans. Toutefois, pendant sa dernière année, elle était aussi Lecturer en Corporate Finance, à l’Université de Maurice. Cela, tout en continuant à faire des démarches pour un emploi plus stable.

En juin 2019, elle reçoit une lettre l’annonçant que sa candidature a été retenue pour le poste de Lecturer à l’Université de Maurice. Elle jubile de joie, mais se retrouve très vite face à un casse-tête. « J’avais fait deux autres applications et mes candidatures avaient été également acceptées. Mais après réflexion, j’ai opté pour le poste de Lecturer en Finance à l’Université de Maurice. Voilà, où j’en suis depuis cinq mois », dit-elle, tout en arborant un magnifique sourire.

À l’avenir

What’s next ? À cette question, Karishma Ansaram répond qu’elle aspire à faire son PHD. « J’ai eu de belles opportunités qui m’ont permis d’avoir confiance en moi et de faire mes preuves sur les plans académiques et professionnels. J’ai aussi été présidente pour la JCI de Curepipe. Pendant un an, j’ai beaucoup appris de cette plateforme pour les jeunes et je suis aussi devenue une femme indépendante.  J’essaie de mon mieux d’encadrer ma petite sœur afin qu’elle puisse trouver sa vocation professionnelle. Mais je souhaite aussi faire autant pour les jeunes en les aidant à réussir leur vie. Dans mon cas, j’étais seule à le faire. Si ma détermination m’a ouvert les portes du succès, je sais qu’elle me mènera là où je veux à l’avenir », conclut-elle.

 

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