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Papa solo de quatre enfants - Manoj : «Je n’avais pas le droit de tomber»

Par Ajagen Koomalen Rungen 
Publié le: 7 June 2026 à 19:30
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Manoj Satish Gulap se dit fier de ses quatre enfants, dont il salue notamment la maturité.

Quand sa femme est partie, Manoj Satish Gulap s’est retrouvé seul avec quatre enfants : une fille de sept ans et des triplés de trois ans. Pendant dix-sept ans, il a tout assumé. Les triplés fêteront leurs vingt ans cette année.

Le jour où sa femme est partie, Manoj Satish Gulap avait la trentaine, un travail d’agent de sécurité et quatre enfants. Veshna avait sept ans. Les triplés – Rayyan, Riyan et Roan – en avaient trois. Il se souvient de ce moment avec une précision qui ne s’efface pas : « J’ai regardé mes enfants et je me suis dit que je n’avais pas le droit de tomber. Peu importe mes peurs, mes blessures ou mes inquiétudes, je devais avancer pour eux. »

Il a avancé. Pendant dix-sept ans, sans relâche. Chaque matin à 7 heures, il partait travailler. À 16 heures, il rentrait chez lui à St-Pierre, et une deuxième journée commençait. Les devoirs, le bain, le dîner, les pleurs du soir, les maladies de nuit. Les journées étaient longues. Les nuits souvent encore plus éprouvantes. 

Mais Manoj avait décidé quelque chose de simple et de radical : « Quand on devient parent, on comprend que la fatigue n’est plus une excuse. Peu importe à quel point j’étais épuisé, il fallait continuer parce que quatre petites vies dépendaient de moi. »

Élever des triplés en bas âge, même à deux, ça tient de l’exploit. Seul, c’est autre chose. Il y avait ces nuits où les trois se réveillaient en même temps, réclamant leur biberon dans le noir. Manoj en prenait deux dans les bras. Sa mère, Lerlaoutee, prenait le troisième. Ils tenaient comme ça, jusqu’à ce que le calme revienne. « Les biberons, les pleurs, les couches, les maladies infantiles… il fallait tout gérer », dit-il.

L’équipe de l’ombre

Aujourd’hui, quand il regarde ses fils devenus grands, il sourit. Mais il n’oublie pas : « À l’époque, il y avait des moments où je ne savais plus où donner de la tête. Pourtant, jamais je n’ai regretté une seule seconde. »

Lerlaoutee est le personnage discret de cette histoire. Aujourd’hui âgée de 75 ans, elle s’est installée dans ce quotidien dès le début, comme une évidence. Pendant que son fils était au travail, c’est elle qui tenait la maison : les petits-déjeuners préparés de bonne heure, les cartables bouclés, les enfants livrés à l’heure, les après-midis de devoirs. Et les nuits de maladie, parce qu’il y en a eu, ces nuits où les trois tombaient malades ensemble et où il fallait tenir bon pour chacun.

Manoj parle d’elle avec une gratitude qui ne cherche pas ses mots : « Ma mère a été mon pilier. Elle était là dans les moments de fatigue, dans les moments de doute. Elle a donné énormément d’amour à ses petits-enfants. Je lui serai reconnaissant toute ma vie. »

Il y a aussi Veshna. Sept ans quand tout a changé, un âge où elle aurait dû n’avoir que des soucis d’enfant. Mais Veshna a compris, à sa façon. Elle s’est mise à surveiller ses petits frères, à jouer avec eux, à être là sans qu’on le lui demande vraiment. Son père la décrit avec une économie de mots qui dit l’essentiel : « Malgré son jeune âge, elle comprenait déjà beaucoup de choses. Elle a été une grande sœur formidable. »

Aujourd’hui âgée de 25 ans et mariée, elle reste l’une de ses plus grandes fiertés. Quand il parle de la femme qu’elle est devenue, sa voix change légèrement. « Elle a toujours été là pour ses frères », dit-il simplement.

L’arithmétique du sacrifice

Avec un salaire d’agent de sécurité et quatre enfants à charge, chaque rentrée scolaire était un exercice d’équilibre. Quatre uniformes, quatre paires de chaussures, quatre sacs, quatre listes de fournitures, quatre cotisations au PTA. Les fêtes aussi revenaient multipliées par quatre : Noël, Divali, les anniversaires, les sorties scolaires. Manoj faisait tout pour que ses enfants ne sentent pas le poids des fins de mois. Il se privait, il trouvait des solutions, il maintenait la magie des fêtes coûte que coûte. « Je pouvais me priver de beaucoup de choses, mais je ne voulais pas que mes enfants soient privés de ce dont ils avaient besoin. » Il y a eu des jours sans argent pour lui. Ses enfants, eux, avaient toujours ce qu’il fallait pour l’école, pour manger, pour participer aux activités qui comptaient.

En grandissant, les enfants ont fini par comprendre. Ils ont réalisé que leur père travaillait seul pour subvenir aux besoins de toute la famille. Cette prise de conscience, dit Manoj, les a rendus plus matures, plus reconnaissants, et lui a donné la confirmation qu’il avait fait les bons choix.

Un jour, l’un des enfants a posé la question que Manoj redoutait depuis longtemps. Où est leur mère ? Il l’attendait. Il avait eu le temps d’y réfléchir. Il a répondu simplement, sans colère, sans tristesse visible : « Je leur ai expliqué que nous étions séparés. Je ne voulais pas leur transmettre de colère ou de tristesse. Je voulais qu’ils grandissent avec la paix dans leur cœur. » Les enfants ont accepté avec une maturité qui l’a surpris. Ils n’ont plus posé la question. La famille a continué d’avancer, soudée.

Dans les moments où tout semblait trop lourd, Manoj se tournait vers la prière. C’est le fil qui a tenu l’ensemble tout au long de ces dix-sept ans. Autour de lui, les gens le regardaient avec ce mélange de respect et d’inquiétude que l’on réserve à ceux qui portent trop. Ils lui disaient : « Que Dieu te donne beaucoup de courage. » Ces mots le réconfortaient. Ils ne changeaient pas la réalité, concède-t-il, mais ils comptaient quand même.

Les triplés soufflent leurs vingt bougies le 17 décembre prochain. Rayyan entre à l’Université de Maurice. Riyan poursuit des études en informatique. Roan travaille déjà comme superviseur. Et Veshna, 25 ans, a fondé sa propre famille. Manoj les regarde et il voit autre chose que des diplômes ou des postes. « Je ne regarde pas seulement leurs études ou leur travail. Je regarde les personnes qu’ils sont devenus. Ils sont respectueux, responsables et travailleurs. C’est cela ma plus grande victoire. »

Deux souvenirs, dit-il, resteront à jamais gravés dans son cœur : le jour de la naissance des triplés, et le jour de leurs dix-huit ans, quand ils sont devenus officiellement des adultes. Entre ces deux dates, une vie entière de sacrifices consentis sans regret. « Si c’était à refaire, je referais tout exactement de la même manière. Parce que mes enfants sont ma plus grande richesse. »

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