Padma et Ajegen : vivre l’endométriose à deux
Par
Ajagen Koomalen Rungen
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Ajagen Koomalen Rungen
Face à l’endométriose et l’adénomyose de stade 4, Padma et son mari Ajegen livrent un combat quotidien, portés par leur amour. Un témoignage poignant sur la résilience d’un couple uni contre la maladie.
Padma Chedumdrum a 39 ans et il y a des jours où elle ne peut pas se lever. La douleur pelvienne est trop intense. Elle traverse son corps sans prévenir, s’installe, ne part plus. Parfois elle pleure en silence, parce qu’il n’y a rien d’autre à faire.
Elle vit avec une endométriose de quatrième stade et une adénomyose de quatrième stade. Deux maladies gynécologiques dont on parle peu, mais qui imposent leur rythme : douleurs chroniques, hémorragies qui surviennent deux à trois fois par an, fatigue qui ne lâche jamais. Son quotidien s’organise autour de ce que son corps peut supporter ce jour-là.
Certains jours, sortir de chez elle devient impossible. D’autres, elle serre les dents et continue malgré tout, parce qu’elle refuse de laisser la maladie définir qui elle est. Mais la réalité, c’est que la maladie occupe une place énorme.
Les opérations se sont enchaînées entre 2018 et 2021. Huit passages au bloc opératoire. Huit fois où elle a rassemblé son courage en espérant que ce serait la dernière. Huit fois où la maladie est revenue. « Chaque opération me faisait croire que ça irait mieux. Mais la maladie est revenue, encore et encore », dit-elle. L’endométriose et l’adénomyose ne se contentent pas d’attaquer le corps. Elles redéfinissent tout le reste : la vie professionnelle, les sorties, les projets, la façon dont on pense l’avenir.
Dans ce quotidien fracturé, Ajegen, son mari, a dû tout réapprendre. Il est comptable de métier, mais depuis que la maladie a pris cette ampleur, il a appris autre chose : comment tenir une maison quand sa femme ne peut plus bouger, comment anticiper les moments où Padma aura besoin de se reposer. Il cuisine, fait les tâches ménagères, veille à ce qu’elle n’ait à penser à rien quand la douleur devient insupportable. « Son bien-être passe avant tout », explique-t-il simplement.
C’est quotidien, concret, répété. C’est aussi ce que font des milliers de conjoints face à la maladie, sans que personne en parle. « Il ne m’a jamais laissée seule, pas une seule journée », dit Padma. Dans sa voix, il y a de l’émotion, mais aussi quelque chose d’autre : la conscience que cette présence n’est pas anodine dans un monde où beaucoup de femmes atteintes d’endométriose racontent l’inverse – des ruptures, des incompréhensions, des solitudes.
Leur histoire a commencé bien avant la maladie, dans les rues de Rose-Hill en décembre 2003. Padma travaillait dans le commerce de sa tante. Ajegen aidait sa mère à vendre des fruits dans le quartier. Les étals, les passants, la vie simple du quotidien. Il l’a remarquée, lui a demandé son numéro. Elle a hésité, par pudeur, par timidité. C’est finalement par l’intermédiaire de sa cousine qu’elle a accepté de le lui transmettre. « On a commencé à parler comme des amis. Rien n’était forcé », se souvient-elle. Les échanges sont devenus réguliers, l’amitié a glissé doucement vers autre chose.
En février 2004, Ajegen s’est rendu chez la famille de Padma pour demander sa main. Un geste respectueux, traditionnel. Les fiançailles ont eu lieu en septembre, le mariage le 22 mai 2005. De leur union est né Adissen, aujourd’hui âgé de 18 ans. « Quand je pense à mon fils, je me dis que je dois continuer. Pour lui », dit Padma. Ce fils est devenu une raison supplémentaire de tenir, de ne pas se laisser engloutir par la maladie.
Avec Ajegen, ils ont ouvert un commerce ensemble. Même quand Padma n’a plus d’énergie, il prend le relais et gère leur commerce seul certains jours. « Il m’aide dans le commerce, il fait attention à tout », explique-t-elle. Ce partenariat dépasse le cadre professionnel. C’est une extension de leur relation, une manière de continuer à avancer ensemble malgré tout.
Padma a décidé de ne pas se cacher. Sur TikTok et Facebook, le couple partage des moments de leur vie – des instants joyeux, d’autres plus difficiles. Ces vidéos sont devenues une forme de thérapie, mais aussi un moyen de rendre visible ce qui reste souvent invisible : les maladies gynécologiques, les douleurs chroniques, la réalité des femmes qui vivent avec l’endométriose.
« Je veux montrer que même malade, on peut aimer, rire, vivre », affirme-t-elle. C’est aussi une façon de dire aux autres femmes qui souffrent en silence qu’elles ne sont pas seules, que leur douleur est réelle, qu’elles méritent d’être comprises.
La maladie est toujours là. Les douleurs aussi. Les incertitudes sur l’avenir également. Mais Padma avance, portée par l’amour de son fils, le soutien de son mari, et sa propre volonté de ne pas disparaître derrière la maladie. « Je crois profondément au grand amour. Je crois aux âmes sœurs », dit-elle. Ajegen, pour elle, c’est cet amour-là. Celui qui ne fuit pas, qui reste, qui transforme la douleur en quelque chose qu’on peut affronter à deux.
« Tant que je suis entourée d’amour, je peux continuer à me battre », affirme-t-elle. Son histoire est celle de milliers de femmes atteintes d’endométriose, mais c’est aussi l’histoire d’un couple qui avance, malgré la maladie, malgré les opérations, malgré l’incertitude.