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Opérée d’urgence en Inde : un «rounder» a failli lui coûter la vie

Par Jean-Marie St Cyr
Publié le: 24 May 2026 à 19:00
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Isabelle Héliotrope n’aurait jamais imaginé qu’un simple repas allait l’envoyer sur une table d’opération à des milliers de kilomètres de chez elle. La cicatrice, discrètement nichée dans le pli naturel du cou, seul témoignage visible d’une intervention c
  • Une tige métallique de 24 mm retirée de la trachée d’Isabelle Héliotrope

Un simple repas, un corps étranger logé dans la trachée, et une course contre la montre jusqu’en Inde. Isabelle et Teddy Héliotrope racontent comment une banalité du quotidien a failli tourner au drame, et l’épreuve qui les a soudés davantage.

«Lao la inn pran kontrol. » C’est en ces mots qu’Isabelle et Teddy Héliotrope résument la période la plus intense de leur vie : les jours qui ont suivi le moment où Isabelle a avalé, sans le savoir, un corps étranger en mangeant un repas acheté dans un commerce de Petite-Rivière. Le 24 avril, elle achète un « rounder » de poulet à Petite-Rivière. Dix jours plus tard, elle se réveille dans une clinique à Chennai, une tige métallique de 24 millimètres en moins dans la trachée. Entre ces deux moments, un voyage qu’elle n’avait pas prévu, une opération à laquelle elle n’était pas sûre de survivre, et un couple mis à l’épreuve comme il ne l’avait jamais été.

Tout a commencé par un geste anodin : l’achat d’un « rounder » de poulet dans un commerce. Au moment de la dégustation chez elle, ce 24 avril-là, Isabelle, enseignante du primaire, sent quelque chose descendre dans sa gorge. « Je pensais que c’était un morceau d’os », dit-elle. Sa première réaction est d’essayer d’avaler le corps étranger. « J’ai bu beaucoup d’eau. Mais à un moment j’ai noté que ce qui me gênait était toujours là. » Elle tente aussi de tousser pour l’expulser, en vain.

Fatiguée d’avoir essayé, elle va se coucher, sans soupçonner un seul instant la gravité de la situation. « Je pensais que le lendemain, le corps étranger allait descendre de lui-même vers l’estomac. » Pendant la nuit, elle sent pourtant quelque chose la piquer dans la trachée – un signe que ce qui est coincé là n’a rien d’anodin.

Le lendemain matin, au petit-déjeuner, l’évidence s’impose : le corps étranger est toujours là. « C’est là que j’ai compris que ce n’était pas enn ti zafer sinp et qu’il fallait trouver un moyen pour l’enlever. » Le couple se rend alors à l’hôpital, où une radio, puis un scanner permettent de localiser précisément le corps étranger. « Ils ont vu qu’il était situé dans un endroit assez délicat », résume Isabelle. 

Une première inter-vention endoscopique est tentée à travers la bouche, mais les médecins se heurtent rapidement à une limite : l’extraction ne peut être réalisée à Maurice en toute sécurité, faute du matériel et de l’expertise nécessaires. Le verdict tombe : il faut partir en Inde d’urgence. « Nous avons alors senti que c’était une situation vraiment grave », dit Isabelle. Son époux Teddy, employé de banque, confie qu’il ne s’attendait pas à une telle nouvelle. « Quand on l’a transportée dans la salle d’opération à Maurice, je m’attendais à ce qu’elle revienne et qu’on me dise qu’on avait pu enlever le corps étranger. » Pour le couple, une question restait entière : que pouvait-elle bien avoir dans la gorge ? Un morceau d’os, un cure-dent… « Nous ne savions pas encore. »

Le saut dans l’inconnu

Avec l’annonce du voyage en Inde surgissent d’autres inquiétudes. « Quand je sortais de chez moi pour aller à l’hôpital, c’était pour retirer enn ti zafer et rentrer rapidement », souligne Isabelle. Traverser l’océan pour une intervention chirurgicale dans un pays qu’ils ne connaissent pas représente un saut dans l’inconnu. « Nous ne savions pas où nous allions, ni comment cela allait se passer », dit-elle. Mais les médecins mauriciens les rassurent sur l’expertise indienne, et le couple n’a, de toute façon, « pas le choix vu l’urgence de la situation ».

Leur première préoccu-pation est alors la prise en charge de leurs trois enfants, dont la benjamine de quatre ans. Teddy enclenche aussitôt les démarches avec un sang-froid qu’il attribue en partie à sa formation de scout, entre autres. « Dans un moment pareil, si on s’était laissé gagner par la panique, tou ti pou devir anbalao », dit-il. 

Il contacte son assurance médicale, compare des cotations auprès de plusieurs cliniques indiennes, et c’est finalement MIOT International qui est retenu, sur recommandation. Passeports, billets d’avion, organisation des enfants pour l’école : tout est planifié méthodiquement, étape par étape, avec l’aide du réseau familial et du voisinage, et grâce à la logistique rodée de l’organisation MIOT. « Nous n’avons eu qu’à déposer les documents requis et apposer notre signature », résume Teddy.

Le couple arrive en Inde le 1er mai, accueilli à l’aéroport par une équipe de MIOT qui les conduit directement à la clinique. Un médecin mauricien avait déjà contacté ses homologues indiens pour les mettre au fait de la situation. Isabelle et Teddy partagent la même chambre, un détail qui compte. « Le fait que mon époux soit à côté de moi m’a aidée à mieux faire face à l’épreuve », confie Isabelle. Être ensemble leur permet de partager leur stress, de prier, et d’affronter l’inconnu d’un pays où ils ne connaissent personne.

L’intervention est program-mée pour le lundi 4 mai, après une longue phase de préparation et de concertation entre les différents spécialistes mobilisés. Les médecins expliquent au couple, étape par étape, ce qu’ils envisagent de faire : extraire le corps étranger par voie endoscopique à travers la gorge, et si cela s’avère impossible, pratiquer une incision au niveau du cou, avec le risque de toucher une artère. « Ils étaient bien rassurants quand ils nous ont expliqué ce qu’ils allaient faire », dit Isabelle. 

L’épreuve de l’attente

Avant d’entrer au bloc, le couple demande à assister à une célébration religieuse. Un médecin leur répond simplement : « Ask your Jesus to come into your room. » Teddy a été marqué par ces mots. « Je pense qu’ils ont compris que prier était important pour nous et ils ont respecté notre foi. »

L’intervention dure un peu plus de trois heures. Pendant tout ce temps, Teddy ne cesse de réciter des neuvaines, cherchant sur YouTube « toutes les prières possibles ». Isabelle, de son côté, prie depuis le moment où on l’emmène au bloc. « L’anesthésiste m’a dit que je pouvais utiliser les dix minutes qu’il me restait avant de m’endormir pour prier. Je lui ai répondu que c’est déjà ce que je faisais. »

À son réveil, une infirmière lui annonce : « The body has been removed. » C’est à ce moment que le couple découvre enfin ce qui avait failli coûter la vie à Isabelle : une tige de brosse métallique de 24 millimètres, logée dans sa trachée. « Je ne m’explique pas encore comment j’ai pu l’avaler », dit-elle. 

Les jours suivants, Isabelle doit traverser une convalescence éprouvante : tube nasal, gorge douloureuse, réalimentation progressive des liquides aux solides. Mais chaque étape lui est expliquée clairement par l’équipe soignante. « Les explications qu’ils ont données à chaque étape m’ont permis de comprendre ce qui m’arrivait et à quoi je devais m’attendre. »

Ce travail d’équipe médical, « très bien orchestré, avec chacun un rôle bien spécifique », comme le soulignent Isabelle et Teddy, a été un pilier tout autant que le soutien humain dont ils ont bénéficié : famille, voisins, membres de leur communauté de l’Équipe Notre-Dame qui ont prié pour eux, et enfants restés à Maurice qui se sont montrés autonomes et responsables bien au-delà de ce que leurs parents auraient pu espérer. « Nous n’avons pas eu ce souci et nous savions qu’ils pouvaient se débrouiller, même si nous aurions préféré être auprès d’eux », dit Isabelle.

Quelques jours après leur retour, la fatigue du voyage est encore visible, mais le soulagement l’est davantage. Le couple parle avec un détachement calme de cette épreuve qui les a « encore plus rapprochés ». « Nous ne sommes pas un couple modèle et nous n’avons rien d’extraordinaire », dit Teddy. Isabelle complète : « Le fait que nous étions seuls, loin de tout, nous a offert de nombreux moments de partage. » Avant le départ, elle avait trouvé dans la transparence de Teddy sur l’avancement des démarches une source de réconfort. « Je lui ai fait confiance et je me suis libérée de ce souci. »

De cette aventure éprou-vante, Isabelle et Teddy Héliotrope tirent une leçon simple : « Nous avons réalisé que la vie peut basculer d’un instant à l’autre. Nous avons davantage pris conscience de la fragilité de la vie. »

L’exploit chirurgical de MIOT International

Une tige métallique de 24 millimètres logée entre deux artères vitales du cou. C’est le défi auquel ont été confrontés les chirurgiens de MIOT International à Chennai, lorsqu’ils ont pris en charge Isabelle Héliotrope. Un cas qualifié de « rare et potentiellement catastrophique » par l’équipe médicale, peut-on lire sur le site du groupe.

Selon l’article, à son arrivée à la clinique, une évaluation approfondie révèle une réalité bien plus alarmante que ce que les médecins mauriciens avaient pu constater. Non seulement la tige avait perforé la paroi de l’œsophage, mais elle avait migré dans une zone extrêmement critique du cou, se logeant entre deux vaisseaux majeurs : l’artère carotide commune droite, qui achemine le sang oxygéné du cœur vers la tête et le cou, et la veine jugulaire interne, qui assure le retour du sang vers le cœur. À cela s’ajoutait la proximité immédiate de la trachée et de la glande thyroïde. Le moindre mouvement brusque ou geste chirurgical imprécis aurait pu provoquer une hémorragie massive, un arrêt respiratoire ou des complications neuro-logiques graves.

Face à cette complexité, MIOT International a constitué une équipe pluridisciplinaire réunissant des spécialistes en chirurgie cervico-faciale, ORL, gastroentérologie médicale, anesthésiologie et radiologie. Avant même l’incision, une évaluation endoscopique en salle d’opération a confirmé que le corps étranger avait bien perforé l’œsophage et migré vers le côté droit du cou.

Un défi majeur

L’un des défis majeurs de ce type d’intervention réside dans le fait que le corps étranger peut se déplacer, une fois le patient anesthésié et positionné sur la table d’opération. Pour y remédier, l’équipe chirurgicale a eu recours au BodyTom, un système d’imagerie CT peropératoire de pointe permettant de localiser le corps étranger en temps réel, une fois la patiente installée pour l’intervention. Ce suivi continu a permis d’identifier avec précision l’emplacement exact de la tige et d’éviter tout dommage aux structures environnantes.

Lors de l’incision, les chirurgiens ont découvert une inflammation importante dans la zone, avant d’extraire la tige métallique avec une précision extrême. Des mesures de contrôle vasculaire avaient été préalablement mises en place pour prévenir tout saignement. À l’issue de l’intervention, une imagerie peropératoire a confirmé l’extraction totale du corps étranger, sans résidu métallique, sans lésion vasculaire, ni atteinte des voies respiratoires.

La récupération post-opératoire s’est déroulée sans complication. Deux jours après l’intervention, Isabelle a pu recommencer à s’alimenter en liquide, avant de réintroduire les aliments solides en l’espace d’une semaine, retrouvant pleinement sa voix et sa capacité à avaler normalement. L’incision, pratiquée dans le pli naturel du cou, est destinée à devenir imperceptible avec le temps.

Un dénouement heureux, rendu possible par une coordination médicale exemplaire et une technologie de pointe. 

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