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Opération d'appendice envisagée sur un enfant de six ans - Hôpital Jeetoo : une mère évoque une «erreur de diagnostic»

Les médecins de l’hôpital Jeetoo ont, selon la mère de l’enfant, eu des avis différents.

M. P. a six ans. Il se plaint d’avoir mal au ventre le mercredi 1er janvier. Sa mère S. I., 30 ans, habitant Terre-Rouge, pense qu’il a une gastro. Elle demande à son mari A. P. de l’emmener à l’hôpital Dr A. G. Jeetoo. Le diagnostic est une appendicite. Cependant, un médecin du privé réfute cet avis médical.

Le matin du premier jour de 2020, M. P. fait de la fièvre. Sa maman lui administre un suppositoire pour faire baisser la température. Dans l’après-midi, l’enfant se plaint d’avoir mal au ventre. Son père A. P. le conduit à l’hôpital Dr A. G. Jeetoo. 

Sur place vers les 15 heures, le médecin de service examine M. P. Il envisage une appendicite. L’enfant est soumis à un test sanguin. Faute de personnel en ce jour de Nouvel An, le résultat de l’analyse est connu deux heures plus tard. 

« C’est peut-être une infection de la gorge ou de la selle », indique le médecin qui reprend le cas. Il suggère que l’enfant soit placé en observation médicale. 

Comme A. P. n’avait pas prévu que son fils soit admis à l’hôpital, il appelle sa femme pour l’informer et lui demander de préparer les affaires de M. P. 
Inquiète, S. I. se connecte sur Internet pour avoir une idée du danger d’une appendicite et pour comprendre les causes et symptômes.

À 20 h 30, le couple retourne à l’hôpital pour que son fils soit admis à l’hôpital Dr A. G. Jeetoo. Un autre médecin réexamine l’enfant. Il indique à S. I. que son fils n’a aucun signe d’une appendicite. 

Toutefois, il lui dit d’attendre le médecin spécialiste pour un meilleur avis. 

Cette fois-ci, une chirurgienne pédiatrique examine M. P. « Linn pez so vant ek linn dir ki kapav enn gastro ou enn colique. Ek linn dir mwa fer li res lopital pou enn observasyon medikal. Ek zot inn met serom ar mo garson », relate S. I. 

Le lendemain matin (jeudi 2 janvier), la chirurgienne pédiatrique et ses internes vérifient à nouveau l’état de santé de M. P., renchérit S. I. Et d’ajouter : « C’était comme si, mon fils était là pour des expériences. Ils sont tous venus « pez ventre » et la doctoresse expliquait aux stagiaires comment reconnaître l’appendicite tout en faisant abstraction de ma présence. J’ai dû lui demander de me dire ce qui se passait avec mon fils. » 

« Mo pa tro konvinku ki ou garson inn aret gayn douler », laisse-t-elle entendre. Et de dire à S. I. que M. P. doit passer encore une nuit à l’hôpital. La jeune mère lui répond alors : « Mo konpran enn adulte kapav tini douler me pa enn zanfan sis an. » 

Il va sans dire que ça cogite dans la tête de la mère de l’enfant malade. Comme les diagnostics des médecins depuis l’admission de son fils à l’hôpital et les propos de la chirurgienne pédiatrique ne lui semblaient pas clairs, elle avait pris conseil auprès des siens, des amis et des connaissances. Ces derniers lui ont suggéré de prendre un deuxième avis médical dans le privé. C’est ce qu’elle a fait. Le rendez-vous à la clinique était pour le samedi 4 janvier. 

Le vendredi 3 janvier, la chirurgienne pédiatrique, lors de son passage en salle, lui dit que son fils « pe tini douler ek bizin opére ». S. I. a préféré attendre un deuxième avis médical et elle a signé pour que son enfant puisse quitter l’hôpital Jeetoo. « Elle a dit sur un ton pas très gentil que je risquais la vie de mon fils : « ki li kapav mor si apandisit eclate. »  

La spécialiste a dit au médecin qui l’accompagnait : « Fer papie pou madam la signe e ekrir ki konsekanss sa kapav ena lor so zanfan e explik li. » Le médecin répète alors à S. I. : « si apandisit eclate li kapav mor. »  

S. I. se demande comment ces médecins peuvent lui dire cela sans avoir fait de radiographie ou de scan. En plus, dit-elle, seule une prise de sang a été faite avec pour résultat « infeksion kapav la gorz ou la sel. » En rentrant à la maison, la jeune mère dit avoir attendu impatiemment le rendez-vous avec le médecin du privé, tout en espérant qu’elle avait fait le bon choix de quitter l’hôpital.

Deuxième avis 

Le matin du samedi 4 janvier, S. I. se rend comme prévu à la clinique. Elle explique au médecin ce qui s’est passé à l’hôpital Jeetoo. Le pédiatre chirurgien ausculte l’enfant tout en se basant sur les données médicales notées avec soin par S. I. lorsque son fils était hospitalisé. Son diagnostic : M. P. n’a rien. « S’il avait une appendicite, il n’aurait pas tenu le coup. Ce n’est rien », a-t-il dit à S. I. 

La maman de M. P. se demande alors quelle opération aurait fait la chirurgienne pédiatrique de l’hôpital Jeetoo sur son fils de 6 ans ? « To cut him open for what ? Ils m’ont fait me sentir coupable avec leurs mots Ou p riske lavi ou zanfan e li kapav mor », fait-elle ressortir. 

Elle ajoute qu’elle a été dans le pire des états à l’hôpital. Surtout lorsqu’elle a dû prendre seule la décision la plus difficile de signer pour faire sortir son fils de l’hôpital Jeetoo. « En tant que mère, j’ai eu beaucoup de pensées effrayantes. Je suis retournée à l’hôpital après avoir vu le médecin du privé pour parler à la chirurgienne pédiatrique. Mais elle était déjà rentrée chez elle. J’ai ensuite enregistré une plainte pour négligence médicale à l’hôpital Jeetoo le mardi 7 janvier », soutient-elle.

Dr Ramen : « Le public a une méconnaissance médicale »

Le mardi 14 janvier, S. I. a été entendue par un comité médical à l’hôpital Dr A. G. Jeetoo vers 13 h 30, après sa plainte pour négligence médicale. « On m’a fait comprendre qu’il n’y a eu aucune erreur de la part de la chirurgienne pédiatrique. Et que le médecin du privé n’était pas là lorsque mon fils était admis à l’hôpital. Et ils m’ont dit que les médecins dans le privé diront certainement qu’il n’y a rien. » 

Concernant la décision de la chirurgienne pédiatrique d’opérer son fils, S. I. explique que les membres du comité lui ont dit qu’une petite incision aurait été faite pour prévenir l’appendicite ou l’enlever. « Ils m’ont aussi dit qu’heureusement mon fils n’a rien et de faire un suivi. Ils ont ajouté que si mon enfant allait mal de le ramener à l’hôpital pour se faire traiter. » 

Cette dernière indique que son objectif en faisant état de cette affaire était d’une part de comprendre pourquoi la chirurgienne pédiatrique voulait opérer son fils, alors qu’il n’avait rien. Elle veut aussi sensibiliser les parents qui ont souvent recours à l’hôpital pour faire soigner leurs enfants. 
« Je n’ai pas eu une réponse concrète de la part de l’administration de l’hôpital qui maintient qu’il n’y a pas eu faute médicale. Imaginez que j’avais paniqué et accepté de faire opérer mon fils alors qu’il n’avait rien », fait observer S. I. qui ne compte pas en rester là avec cette affaire.

Health Services

Sollicité pour un commentaire sur le cas de M. P., le Directeur général des Health Services du ministère de la Santé, le Dr Sivalingum Ramen, explique que le public ne sait pas comment fonctionne la médecine. « Lorsqu’un patient présente des signes d’une appendicite, il est placé en observation médicale. Si le cas est urgent, il sera opéré le même jour. Au cas contraire, il sera évalué pendant quelque temps. Ensuite si besoin est, il sera opéré. C’est une petite incision d’environ deux centimètres à l’abdomen qui est faite au patient. Diagnostiquer une appendicite est souvent très complexe, chaque médecin a une approche différente dans le traitement de leurs patients », dit-il.

Il ajouter que dans le cas de cet enfant de six ans, il se pourrait que la chirurgienne pédiatrique ait fait un diagnostic provisoire. Et qu’il y a eu un problème de communication entre la maman et elle, le vendredi 3 janvier, en ce qui concerne l’opération de son fils pour une appendicite. « Nous invitons la maman de l’enfant à formuler une plainte officielle au ministère de la Santé et nous enquêterons en profondeur sur cette affaire », précise-t-il. 


Un appendice non traité peut-il entraîner le décès du patient ?

appendice

Une appendicite aiguë nécessite une intervention immédiate. Le traitement c’est de l’enlever, afin d’éviter une péritonite ou encore une septicémie. C’est ce que soutient un chirurgien qui exerce dans le privé. Selon lui, administrer des antibiotiques par exemple ne va que masquer la douleur, mais le problème peut surgir à nouveau n’importe quand. Pour lui, un patient qui présente les signes d’une appendicite doit être opéré. Si cela éclate, le patient peut mourir, dit-il. Un appendice est une excroissance du cæcum au bout de l’intestin, explique-t-il. Et d’ajouter que s’il est touché par des matières fécales, il provoque une fécalithe. 

« En cas de perforation, cela peut engendrer un abcès ou le patient peut succomber si aucune intervention n’est effectuée », indique le chirurgien. Cela tout en disant que le problème d’inflammation de l’appendice peut toucher tout le monde et peut survenir à n’importe quel moment. 

Deuxième avis

Sollicité, le médecin qui a ausculté M. P. dans la clinique privée, le samedi 4 janvier, dit que l’enfant est resté plusieurs jours à l’hôpital où les médecins l’ont examiné, après qu’il ait eu des douleurs au ventre. « Pour eux, l’enfant présentait les signes d’une appendicite. Quand moi j’ai ausculté l’enfant, il n’avait aucune douleur et ne présentait aucun signe d’appendicite. Cela peut arriver qu’un enfant présente des signes d’une appendicite, mais qu’au final il n’y ait rien. » 

Il est connu que, dans le service public de santé, le personnel soignant privilégie une logique de médecine défensive. « De peur de passer à côté, les médecins de l’hôpital opèrent pour un rien, afin qu’on leur ne reproche pas, par la suite, de n’avoir rien fait. D’où des chirurgies inutiles qui peuvent avoir des séquelles sur le patient ainsi que sa famille », estime-t-il.

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