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Oomar Mowlah : un Mauricien qui compte à Oxford

Par Le Dimanche /L' Hebdo
Publié le: 19 avril 2026 à 13:00
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oomar
Il a reçu le Commonwealth Award for Youth Impact 2026 à Oxford.

Lauréat du Commonwealth Award for Youth Impact 2026, ce médecin de Port-Louis a marqué les esprits à l’université d’Oxford. Son plaidoyer pour une santé humaine et technologique consacre l’excellence mauricienne.

Il y avait, ce jour-là à Oxford, cent vingt délégués venus de cinquante-six pays. Des jeunes leaders aguerris, rompus aux joutes diplomatiques, porteurs de dossiers soigneusement préparés. Et puis il y avait Oomar Mowlah, médecin à Port-Louis, qui a pris la parole sans filet.

« Je n’ai pas voulu intervenir de manière théorique. J’ai parlé à partir du terrain, de ce que nous voyons lorsque les systèmes sont sous pression. » Dans l’auditorium de l’université d’Oxford, ces mots ont produit l’effet que les discours bien rodés produisent rarement : le silence attentif de ceux qui reconnaissent une vérité qu’ils n’auraient pas su formuler 
eux-mêmes.

À la cérémonie de clôture du Commonwealth Youth Development Summit 2026, auquel il avait été invité pour représenter Maurice, le Dr Oomar Mowlah a été désigné délégué ayant eu le plus grand impact, et a reçu le prestigieux Commonwealth Award for Youth Impact. Une reconnaissance qui, au-delà du parcours individuel, vient consacrer une vision, une voix, et une manière d’aborder les grands enjeux contemporains avec lucidité et engagement.

Le sommet, organisé chaque année par le Commonwealth Youth Council, rassemble des jeunes leaders issus de l’ensemble des États membres. Une tribune qui représente plus de 1,5 milliard de jeunes à travers le monde. Cette année, dans un contexte marqué par des crises multiples – sanitaires, climatiques, sociales –, les échanges ont porté sur des enjeux majeurs : accès aux soins, protection des populations vulnérables, conflits, sécurité alimentaire, changement climatique. Au cœur de ces discussions, une conviction partagée s’est imposée : la jeunesse ne peut plus être reléguée à un rôle secondaire. Elle est appelée à participer pleinement à la construction des réponses de demain.

C’est dans cet espace que le Dr Mowlah a choisi de porter, avec clarté, la réalité souvent tue des petits États insulaires. « Les réalités des petits pays sont insuffisamment entendues… mais elles sont largement partagées. » Dans les couloirs du sommet, ses échanges avec des représentants du Pacifique et des Caraïbes ont rapidement révélé des préoccupations identiques : systèmes de santé sous tension permanente, vulnérabilité aux chocs extérieurs, dépendance aux chaînes d’approvisionnement mondiales, inégalités d’accès persistantes. 

Des fragilités communes que les grandes puissances peinent souvent à percevoir depuis leur position dominante. « Au moindre choc international, notre marge de manœuvre peut se réduire très rapidement », a-t-il averti. Pas comme une plainte, mais comme un diagnostic.

« Cette distinction dépasse ma personne »

Pour le Dr Mowlah, la reconnaissance obtenue à Oxford dépasse largement l’honneur personnel. « Cette distinction dépasse ma personne. C’est une validation du fond du message que je porte. » Ce message repose sur une conviction profonde : les systèmes de santé doivent évoluer, non seulement en efficacité, mais aussi en humanité.

Il y voit aussi une responsabilité nationale. Celle de rappeler que Maurice, loin d’être en marge, possède une expérience et une légitimité à faire valoir dans les grands débats internationaux. Dans un contexte où ces discussions sont souvent dominées par les grandes puissances, la présence d’un représentant mauricien prend une dimension particulière. Elle devient le symbole d’un pays capable de contribuer, de proposer, et surtout, d’être entendu. « On peut partir d’un petit État insulaire, avec des réalités bien particulières, et tout de même avoir sa place dans des échanges de portée mondiale. »

Loin d’une posture défensive, son discours a également mis en lumière le potentiel du pays, et en particulier celui de sa jeunesse. « Nous avons à Maurice des jeunes capables de penser grand et d’agir sérieusement face aux défis internationaux. » L’image d’un pays dynamique, ambitieux, résolument tourné vers l’avenir.

L’IA et les humains

Directeur médical adjoint des cliniques Life Together, titulaire d’une maîtrise en gestion hospitalière, le Dr Mowlah a contribué à des projets de santé sur quatre continents – Europe, Amérique, Afrique du Sud, Asie – sans jamais perdre de vue la réalité singulière de son île. C’est cette double lecture, à la fois locale et internationale, qui nourrit son engagement.

Membre de l’American College of Healthcare Executives, il conduit actuellement, avec un financement du Commonwealth, des recherches sur l’usage éthique de l’intelligence artificielle en médecine. Un terrain où les questions se posent avec une acuité particulière : à mesure que les algorithmes investissent les salles de consultation, que reste-t-il de l’humain dans le soin ? Pour lui, la réponse ne souffre pas d’ambiguïté. L’objectif est de contribuer à bâtir des structures à la fois plus efficaces, plus accessibles, et profondément humaines.

À travers son expérience, il adresse un message direct aux jeunes du pays : une mise en garde autant qu’une invitation. « On peut évoluer loin des grands centres de pouvoir, et pourtant porter une voix qui compte. » Mais il insiste sur une réalité essentielle : le talent seul ne suffit pas. « Il nous faut de la constance, du sérieux et la volonté d’agir, sans attendre une validation extérieure. »

Une invitation à croire en ses idées, à construire localement, et à viser sans crainte une portée globale. La suite, dit-il, s’inscrit dans la même direction : « Transformer nos systèmes de santé pour qu’ils soient à la hauteur de nos ambitions nationales. »

Un objectif qui, formulé depuis une île de 1,3 million d’habitants, n’a rien de modeste. Et c’est précisément ce qui, de Maurice à Oxford, le rend crédible.

Amnah Umme Tasneem Mudhoo Noorzai

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