Noyade à la cascade Minissy : l’idylle brisée de Salman et son épouse, unis au-delà du silence
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Le Dimanche /L' Hebdo
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À travers l’écran, ils s’échangeaient encore des sourires et des messages en langue des signes quelques minutes avant le drame. À 25 ans, Salman s’est noyé, laissant son épouse seule dans leur tout nouveau foyer.
ÀPoste-de-Flacq, les murs de la nouvelle maison sentent encore la peinture fraîche. Salman Cheetamun, 25 ans, et son épouse, tous deux sourds-muets, y avaient posé leurs valises, il y a tout juste trois mois. « Ils étaient tellement heureux », confie un membre de la famille. Un avenir brisé dans son élan. Mardi, le jeune homme s’est noyé lors d’une sortie avec des amis.
Avant de s’installer à Poste-de-Flacq, le couple, qui s’était marié il y a un an, louait une maison à Quatre-Bornes, plus proche de leurs lieux de travail. Puis, la mère de Salman avait mis à leur disposition cette maison familiale de Poste-de-Flacq. Ensemble, ils avaient passé des semaines à rénover chaque pièce. « Ils construisaient leur avenir. Ils rêvaient aussi d’agrandir la famille », confie ce proche.
Ils s’étaient rencontrés cinq ans plus tôt lors d’activités organisées au sein de la communauté des personnes sourdes. « Ils s’aimaient énormément. Ils étaient inséparables. »
Salman n’aimait pas que l’on s’arrête à son handicap. Aîné de deux frères, il avait grandi à Camp-de-Masque-Pavé, où l’on se souvient d’abord de son sourire et d’une volonté de fer ; toujours souriant, il avait su se faire apprécier de tous ceux qui croisaient son chemin.
Malgré les trajets inter-minables en transport, il n’avait jamais raté un entraînement de jiu-jitsu brésilien. Sur les tatamis, sous le regard de son coach Tawfiq Jaunbocus, le jeune homme avait appris à s’exprimer par le mouvement, devenant champion national, puis vainqueur de l’Open Africa. « Dès le début, il était l’un des athlètes les plus motivés et inspirants. Il voulait toujours apprendre et progresser. Son sourire et sa détermination resteront gravés dans nos mémoires », confie son ancien entraîneur, profondément ému.
Mardi 16 juin, Salman s’est accordé une pause. Une journée de randonnée avec des amis près de la cascade Minissy, à Moka. Tout au long de la journée, son épouse l’appelle en vidéo. À travers l’écran, ils échangent des signes, des sourires, des morceaux de paysages.
Puis, le téléphone sonne à nouveau. Ce n’est plus Salman. Au bout du fil, on lui annonce que son mari s’est noyé dans les eaux de la cascade. Elle croit d’abord à une mauvaise blague. Le choc ne la percute vraiment que plus tard, sur place, devant le ballet des gyrophares et des secouristes. L’autopsie, pratiquée au Sir Anerood Jugnauth Hospital, confirmera l’asphyxie par noyade.
Dans la maison de Poste-de-Flacq, les projets se sont arrêtés net. Mais les proches de Salman refusent de ne retenir que la tragédie de cet après-midi de juin. Ils choisissent de se souvenir du champion, du jeune marié au sourire immense, et de l’homme qui conduisait sa vie sans jamais laisser le silence l’enfermer. Un champion, un époux aimant et un fils dévoué dont les rêves se sont brutalement arrêtés au moment où une nouvelle page de sa vie commençait à s’écrire.