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Noyade à Blue-Bay - Chandradeosing Seeroo : un homme solaire qui cultivait le bonheur au quotidien

Par Azeem Khodabux
Publié le: 24 May 2026 à 17:30
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seeroo

Depuis la disparition de cet enseignant de 54 ans à Blue-Bay, sa famille brisée prend la parole. Son veuve et sa fille racontent le quotidien d’un homme profondément attentionné.

Depuis jeudi après-midi, le silence s’est installé dans la maison des Seeroo. Un silence étrange, presque irréel, là où résonnaient encore récemment des éclats de rire, des chansons improvisées et les taquineries d’un père qui transformait les moments les plus simples en souvenirs précieux.

Chandradeosing Juddoo Seeroo, 54 ans, chef du département d’Éducation Physique au Curepipe College, s’est noyé dans le lagon de Blue-Bay dans l’après-midi du jeudi 21 mai 2026. Son corps sans vie a été retrouvé vers 16 heures. Le choc a été tel que le Curepipe College a annulé les cours le lendemain, en signe de deuil pour cet enseignant apprécié de tous.

Mais derrière le professeur respecté se cachait surtout un homme profondément attaché à sa famille. « Il était tout pour nous », souffle sa veuve Usha, la voix brisée par l’émotion.

À la maison, Chandradeosing Seeroo ne se contentait pas d’être un père ou un mari présent. Il s’occupait de tout. Cuisine, ménage, organisation de la maison… Il se faisait une joie de prendre soin des siens. Il adorait cuisiner et passait avec la même passion des plats indiens aux recettes, chinoises, improvisant parfois de nouveaux menus simplement pour faire plaisir à sa femme et à leur fille Ushka. « Nourrir les gens qu’il aimait était sa manière d’aimer », raconte cette dernière.
Dans leur maison, les petits gestes avaient une immense valeur. Après le dîner, il avait cette habitude qui fait aujourd’hui autant sourire que pleurer sa famille : il allait discrètement ouvrir le réfrigérateur pour chercher un dessert, comme s’il espérait passer inaperçu.

Et après le travail, il s’installait avec sa femme et sa fille devant leurs séries télévisées préférées, tout en leur massant doucement les pieds. « C’était sa façon de prendre soin de nous », murmure Usha.

Les vendredis soirs étaient devenus un rituel familial. Tous les trois passaient des heures sur la terrasse à discuter et plaisanter. Père et fille s’alliaient souvent pour la taquiner. Aujourd’hui, ces soirées sont devenues des souvenirs douloureux.
« Beaucoup disaient qu’il n’y avait pas de fête sans lui », raconte sa veuve. Dans les rassemblements familiaux, il chantait, dansait et faisait rire tout le monde. « Il était l’âme des fêtes », ajoute-t-elle, incapable de retenir ses larmes.

Au Curepipe College aussi, son absence laisse un vide immense. Pour ses élèves, Chandradeosing Seeroo n’était pas seulement un enseignant d’éducation physique. Il était un mentor, une source de motivation, une présence bienveillante. Même à la maison, il parlait constamment de ses élèves avec affection. Il racontait leurs progrès, leurs compétitions sportives, leurs rêves et leurs réussites. « On avait l’impression de connaître chacun d’eux », confie Usha avec un sourire triste. Les journées sportives étaient ses moments préférés. « Il était dans son élément, presque comme le personnage principal », dit-elle.

Pour Ushka, 24 ans, la douleur est immense. « J’étais la petite princesse à papa », souffle-t-elle. Son père l’emmenait partout : se faire les ongles, chez le coiffeur, faire du shopping ou simplement passer du temps avec elle. À la maison, il faisait tellement de choses pour elle qu’aujourd’hui encore, elle avoue ne pas vraiment savoir cuisiner. « À 24 ans, je ne sais toujours pas cuisiner, parce qu’il faisait tout. » 

Mais plus encore que les souvenirs, c’est une philosophie de vie qu’il lui laisse en héritage. « Il m’a appris à profiter de chaque instant, à être un bon vivant et à ne pas prendre les choses trop au sérieux. »

Le dernier souvenir partagé entre Usha et son mari est aujourd’hui gravé dans son cœur. Ce dimanche-là, leur fille n’était pas à la maison. Ils avaient simplement décidé de sortir tous les deux chercher un biryani à Curepipe. « Rien d’extraordinaire… juste un moment plein d’amour », raconte-t-elle. Un instant banal devenu aujourd’hui un souvenir sacré.

Si elle pouvait lui parler une dernière fois, Usha lui dirait simplement : « Je t’aimerai toujours. Peu importe le temps qui passe, cet amour restera intact. » Puis, sa voix se casse. « Il vit dans chacun de nos souvenirs. »

La mer a emporté Chandradeosing Seeroo. Mais elle n’emportera jamais les rires qu’il a laissés derrière lui, ni cet amour immense qui continue de vivre dans le cœur de sa femme, de sa fille, de ses élèves et de tous ceux qui ont croisé sa route.

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