Nouvel An tamoule - Varusha Pirappu : une célébration ancrée dans le partage et la tradition
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Le Défi Quotidien
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En ce mardi 14 avril, la communauté tamoule de Maurice célèbre le passage à l’an 5128. Le Tamizhe Puttaandu (ou Varusha Pirappu) est accueilli dans une ferveur particulière. Entre la lecture symbolique du Panjangam et la dégustation du traditionnel repas aux six saveurs, ce Nouvel An est une invitation à la résilience spirituelle face aux défis du monde moderne.
« Nous célébrons la 5128e année selon le calendrier ancestral. Ce ne sera pas une année facile : il y aura des calamités, des imprévus et de nouvelles maladies, mais il faut garder espoir. Pour y faire face, aujourd’hui comme à l’avenir, il est devenu impératif de faire preuve de détachement vis-à-vis du monde matériel », souligne Aya Indiren Vyapooree de la Mauritius Tamil Temples Federation.
Ainsi, la préparation pour accueillir la nouvelle année a débuté depuis quelques jours avec le grand nettoyage de la maison. Puis, la veille du Nouvel An commencent les rituels, notamment la préparation du ‘Tambālam’. Ce dernier est un plateau dans lequel on dépose trois fruits : la mangue, la banane et le jacque. On y ajoute aussi des feuilles de bétel, du safran, entre autres, ainsi qu’un miroir. On dépose ensuite le Tambālam dans la chambre ou le salon avant d’aller se coucher.
En ce mardi 14 avril, jour de fête, place à un bain purificateur avec une eau composée de feuilles aromatiques et médicinales. Par la suite vient le moment de la prière ‘Nazhi Pādou’, avant de recevoir la bénédiction des aînés.
Puis, direction le kovil pour une session de prière ainsi que la lecture du Panjangam pour la nouvelle année. « Le Panjangam annonce tout ce qui se passera cette année, au niveau de la santé, de la météo, de l’agriculture, de la politique, de l’économie, entre autres. Ensuite, les fidèles échangent leurs vœux de Nouvel An les uns avec les autres », dit notre interlocuteur.
Une fois les rituels terminés au kovil, retour à la maison pour un déjeuner en famille. Là aussi, il est important de déguster un repas où les six goûts — sucré, amer, salé, aigre, fort et âcre — sont présents. « Les six différents goûts sont le symbole des différentes situations auxquelles nous faisons face dans la vie », indique-t-il.
Ancien président de l’Union Tamoule de Maurice, Ganessen Annavee livre un message empreint de gravité et de spiritualité à l’occasion du Varusha Pirappu. Pour lui, si la fête se veut sobre, elle n’en demeure pas moins un pilier identitaire essentiel.
« Même si, à Maurice, la fête est célébrée sans faste ni grande pompe, ce jalon de nos traditions ancestrales conserve néanmoins toute sa valeur symbolique, qui contribue à la beauté de notre culture plusieurs fois millénaire, culture que nous avons intérêt à perpétuer, d’autant plus que nous sommes une minorité au sein d’une société pluriethnique », affirme-t-il.
S’adressant à ses « parents dans la foi », il rappelle l’importance de préserver cet héritage tout en restant des citoyens engagés dans la consolidation de l’harmonie sociale. Cependant, l’actualité internationale vient assombrir ce début d’année 5128. Ganessen Annavee s’inquiète ouvertement des tensions mondiales, notamment au Moyen-Orient : « Le symbolisme d’Aandu Pirappu (Varusha Pirappu), malheureusement, ne peut nous faire oublier les moments difficiles qui nous attendent en raison de cette guerre au Moyen-Orient qui semble vouloir durer, avec des conséquences, selon les experts, catastrophiques et manifestement sans précédent. »
Face aux menaces globales, l’ancien président de l’Union Tamoule appelle à une union sacrée par la prière, plutôt qu’aux simples vœux d’usage. « Unissons nos voix pour adresser au Créateur nos supplications afin qu’Il nous épargne des retombées pénibles, voire catastrophiques, de cette guerre qui n’a pas sa raison d’être. C’est le vœu que nous devons formuler de toute notre foi en ce jour solennel », lance-t-il.
Enfin, Ganessen Annavee se fait le porte-voix d’une attente de longue date au sein de la communauté : la reconnaissance officielle de ce jour dans le calendrier des congés publics. « En ce début d’une nouvelle année, tous les membres de la communauté tamoule, dans son ensemble, ont le souhait, une fois de plus, que le Tamizhe Puttaandu soit proclamé jour férié », demande-t-il.
Sept caris et moments privilégiés chez Chelvambal Vythilingum
C’est en famille que Chelvambal Vythilingum compte célébrer Tamizhe Puttaandu. Après le traditionnel grand nettoyage, elle observera les rituels de la fête avant de se rendre au kovil. Cette année, elle aborde les célébrations avec un enthousiasme redoublé.
« Un nouveau kovil a récemment été inauguré à Trianon. Le matin, je m’y rendrai pour la prière, avant de me diriger vers le kovil Montagne pour la cérémonie spéciale de Varusha Pirappu. De retour à la maison, je m’attaquerai à la préparation du déjeuner », indique Chelvambal Vythilingum.
Au menu de ce repas festif : le traditionnel sept caris. La suite de la journée sera placée sous le signe de la détente devant un film. « Mes deux enfants et mes deux petits-enfants viendront à la maison. Comme chaque année, nous aimons regarder la télévision après le déjeuner. Ce sera un moment très spécial à passer en famille », confie notre interlocutrice.
Vanessen Curoopen : Entre dévotion spirituelle et engagement communautaire
Habitant de Highlands, Vanessen Curoopen et sa petite famille sont à pied d’œuvre depuis une semaine déjà pour préparer les festivités. En ce jour de fête, le rituel commence dès l’aube avec le bain purificateur, prélude indispensable à la visite au kovil. « Nous accordons une importance capitale aux prières à la maison avant de nous rendre au kovil. Le côté spirituel de la fête est le pilier de notre célébration », souligne Vanessen Curoopen.
Après les cérémonies religieuses, la journée prendra une tournure plus solennelle au MGI (Mahatma Gandhi Institute) pour la fête culturelle. En tant que vice-président de l’Union Tamoule de Maurice, notre interlocuteur est au cœur de l’organisation de cet événement.
« En raison de mes responsabilités au sein de l’Union Tamoule de Maurice, je participe activement à l’organisation de la fête culturelle. Après le kovil, nous passerons un court moment en famille, puis je rejoindrai les festivités officielles. Ce n’est qu’en soirée que nous nous retrouverons tous autour d’un grand dîner pour célébrer le Nouvel An », partage-t-il.