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Nouvel An : les festivités 2.0 des travailleurs étrangers

Ils sont près de 40 000 travailleurs étrangers à contribuer au développement du pays. En sus du sacrifice de devoir quitter proches et enfants pour venir travailler sous nos latitudes, ils doivent aussi composer avec la douleur de passer les festivités loin des leurs. Heureusement, la nouvelle technologie vient à leur rescousse…

Erika Niy-Aina, Malgache : «Les appels vidéo nous permettent de nous voir»

Cela fera bientôt trois ans qu’Erika Niy-Aina a quitté ses parents, ses frères et ses sœurs dans l’espoir de leur donner un meilleur avenir. Elle a été embauchée par une firme textile, située dans le Nord du pays, comme Quality Controller.

La Malgache avoue que les premiers jours sur le sol étranger n’ont pas été faciles. « Au début, c’était très difficile de s’adapter au travail et de loger avec d’autres personnes dans un dortoir. Mais avec le temps, on s’y habitue. Toutefois, pendant la période des fêtes, c’est beaucoup plus dur car nous sommes loin de nos proches. »

Surtout, qu’elle a toujours été entourée de sa famille pendant les fêtes. « Mes parents me manquent beaucoup. Heureusement que nous avons Skype qui nous permet de nous voir. J’envisage de leur payer le voyage l’année prochaine », fait ressortir la jeune femme.

Aujourd’hui, Erika NIy-Aina n’imagine pas sa vie ailleurs que sous le soleil mauricien. Le changement de rythme, par rapport à son Antananarivo natale, qu’elle vit depuis ces deux ans et demi lui fait du bien. « J’aime mon travail. J’aime aussi Maurice. Je ne me vois pas repartir vivre à Antananarivo. En tant qu’étranger, on a une qualité de vie qui fait qu’on vit mieux avec moins. Puis, je trouve tout ce dont j’ai besoin ici », avoue-t-elle.

D’ailleurs, elle compte passer le réveillon avec sa nouvelle « famille ». « Ici, mes colocataires sont ma famille. Pour le réveillon du 31 décembre, nous organiserons une fête au dortoir. Après minuit, je téléphonerai à mes parents pour leur souhaiter une heureuse année. Le lendemain, je passerai la journée avec ma sœur qui vient d’arriver pour travailler. Puis, je reprendrai le boulot le 9 janvier », indique Erika Niy-Aina.

Padan Hukum, Bangladais : «Les souhaits se font au téléphone»

«C’est vraiment dur d’être loin de ma famille en cette période de l’année. En fait, mon contrat est déjà arrivé à échéance. J’ai hâte de rentrer au pays et
retrouver ma ville et ma maison », dit tristement Padan Hukum. Cela fait deux ans que le Bangladais exerce comme machiniste dans une usine textile à Petite-Rivière.

« J’aime bien Maurice. Je m’y suis fait quelques bons amis. Mais la famille reste la famille. Je pense beaucoup à mon épouse et à mes enfants en cette période de fêtes. Ils me manquent profondément. Pour moi, les fêtes symbolisent les rencontres et le partage avec la famille », souligne le père de famille.

Toutefois, le Bangladais dit avoir le soutien de ses colocataires qui sont toujours à ses côtés pour lui remonter le moral. « Mes colocataires sont compréhensifs, puisqu’ils vivent la même situation. Ici, en terre étrangère, ils sont ma famille », soutient Padan Hukum.

Il ajoute, cependant, qu’il ne peut pas utiliser Skype ou Facebook pour communiquer avec ses proches car ces derniers n’y ont pas accès. C’est donc via téléphone qu’il communique avec les siens. « Je suis en contact permanent avec mon épouse. Je fêterai le réveillon et le Nouvel An avec mes colocataires ».

Latana Elapen, Thaïlandaise : «Les réseaux sociaux m’aident à tenir la distance»

Elle est venue par amour. C’est ce qui l’aide à tenir la distance avec sa famille en Thaïlande. Cela fait quelques années déjà que Latana Elapen vit à Maurice avec son époux, un fils du sol. « C’est très très dur d’être loin des miens. Mes proches me manquent beaucoup. Nous restons en contact via les réseaux sociaux. Cela m’aide à tenir le coup dans mes moments de nostalgie », confie Latana Elapen.

Cette mère de trois enfants s’est convertie dans la restauration. Elle prépare des plats traditionnels thaïlandais pour les vendre dans le camion-restaurant de sa belle-mère à Grand-Baie.  Notre intervenante soutient que cela l’aide à se sentir proche de ses racines. « De plus, ma mère vient me rendre visite souvent. Cela m’aide beaucoup à trouver le courage de continuer », dit la Thaïlandaise.

La clé du bonheur, selon Latana Elapen, c’est d’être entouré des gens qu’on aime. « J’ai un époux qui me soutient ainsi qu’une belle-famille et des enfants extraordinaires. Pour moi, seul l’amour permet d’accéder au bonheur. J’aime bien le travail que je fais, de même que ma famille. Comme à l’accoutumée, nous fêterons le réveillon du 31 décembre et le Nouvel An en famille », conclut Latana Elapen.

Liliane Schklartschik, Française : «J’ai vu ma nièce ouvrir ses cadeaux via webcam»

Il y a trois ans, Liliane Schklartschik, une Française de 27 ans, s’installe à Maurice avec son copain Clément. Cette habitante d’Albion travaille comme Social Media Manager à Calebasses.

« C’est une première expérience d’expatriation pour moi. Les fêtes de fin d’année sont assez difficiles à vivre. De plus, décembre est le mois de mon anniversaire et celui de ma nièce que je n’ai toujours pas rencontrée », souligne la Parisienne.

Son premier Noël à Maurice a été intense en émotion. « Je suis très proche de mes parents et de ma famille. De plus, le jour de Noël, j’ai eu, comme d’habitude, une conversation avec toute ma famille via Skype. Mes proches m’ont montré ma nièce qui ouvrait ses cadeaux. Je suis triste d’avoir manqué tout ça. Bref, les réveillons sont assez durs à encaisser loin d’eux », lance-t-elle.

Toutefois, Liliane Schklartschik dit rester optimiste en toutes circonstances. « Cette année, j’ai fêté Noël dans un restaurant à Albion avec mon copain et une amie. Nous gardons le moral. On se dit que c’est juste une manière différente de célébrer les fêtes. Nous nous disons que nous avons fait un choix et que nous n’avons peut-être pas le droit de nous plaindre », explique Liliane Schklartschik.

Heureusement, dit-elle, qu’il y a une panoplie d’outils, comme Facebook, WhatsApp ou Skype, pour garder contact avec ceux, qui sont à des milliers de kilomètres. « Nous célébrerons la nouvelle année dans une ambiance différente. C’est fun de vivre les fêtes en pleine saison estivale. Nous allons organiser un barbecue sur la plage du Morne avec des amis », confie Liliane Schklartschik.

Nitin Kashyap, étudiant indien : «Je serai sur Skype avec mes proches»

Les étudiants étrangers vivent aussi la douleur d’être séparés des leurs pendant la période des fêtes. « Vivre loin de ceux qui vous sont chers est très dur. Cela fait trois ans que je suis à Maurice. J’avoue que je pense sans arrêt à mes parents, à ma famille, à mes amis, à mon village Jaipur et à mes petites habitudes », indique Nitin Kashyap.

Cet homme de 23 ans, qui habite La Louise, Quatre-Bornes, est à Maurice pour terminer son MBA. « Rien ne peut combler l’absence de mes parents. Je suis davantage nostalgique pendant les fêtes et les anniversaires », indique le jeune homme qui est en contact permanent avec sa famille.

« La technologie nous a simplifié la vie. J’utilise beaucoup Skype ou Facebook pour partager des moments en vidéo et des photos, entre autres, avec les miens. J’accueillerai, comme d’habitude, le Nouvel An avec mes parents via Skype », confie Nitin Kashyap.


Hausse de la demande pour la main-d’œuvre étrangère

En 2015, il y avait 22 951 travailleurs étrangers à Maurice. Ils sont, pour la plupart, engagés dans le secteur manufacturier, l’hôtellerie et la construction. D’autres secteurs qui ont également recours aux travailleurs étrangers sont l’agriculture, la technologie informatique et les services financiers,  entre autres. 

« L’industrie de la construction a vraiment besoin des travailleurs étrangers qui sont, eux, disposés à travailler sept jours sur sept. C’est grâce à eux que leurs chantiers sont livrés à temps. Ils nous permettent de respecter les engagements vis-à-vis des clients », concède Faizal Ali Beegun, syndicaliste des travailleurs étrangers à Maurice. La demande pour la main-d’œuvre étrangère, selon le syndicaliste, est en hausse (voir tableau ci-dessous).

Secteur 2013
Hommes Femmes Total
Agriculture 63 3 66
Manufacturier 12 637 9 207 21 844
Construction 2 957 18 2 975
Commerce 184 32 216
Transport 97 5 102
Hôtellerie 303 125 428
Technologie informatique 230 59 289
Finances et assurances 122 13 135
Éducation 75 102 177
Santé 105 70 175
Autres 366 92 458
       
Total 17 139 9 726 26 865
       
Entreprises exportatrices 11 681 9 113 20 794

 

Secteur  2014 
Hommes Femmes Total
Agriculture 197 3 200
Manufacturier 14 257 9 197 23 454
Construction 2 692 14 2 706
Commerce 226 25 251
Transport 106 8 114
Hôtellerie 278 159 437
Technologie informatique 250 81 331
Finances et assurances 133 21 154
Éducation 82 92 174
Santé 111 84 195
Autres 354 91 445
       
Total 18 686 9 775 28 461
       
Entreprises exportatrices 13 227 9 127 22 354

 

Secteur  2015 
Hommes Femmes Total
Agriculture 129 2 131
Manufacturier 14 869 9 304 24 173
Construction 2 675 5 2 680
Commerce 266 37 303
Transport 117 6 123
Hôtellerie 278 136 414
Technologie informatique 267 76 343
Finances et assurances 125 22 147
Éducation 73 87 160
Santé 113 91 204
Autres 320 85 405
       
Total 19 232 9 851 29 083
       
Entreprises exportatrices 13 735 9 216 22 951

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