Nouveaux maîtres à la BoM Tower : les attentes de la communauté financière et des affaires
Par
Christina Vilbrin
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Christina Vilbrin
Le suspense a pris fin. À la tête de la Banque de Maurice, on retrouve un jeune Gouverneur de 37 ans en la personne de Harvesh Seegolam, l’actuel CEO de la Financial Services Commission. Il sera épaulé par Mardayah Kona Yerukunondu et Hemlata Sadhna Sewraj-Gopal. Cette nouvelle équipe aura pour urgente tâche d’animer la première réunion du comité de politique monétaire, dont la date a été renvoyée ultérieurement pour leur donner du temps pour s’acclimater. Mais, au-delà de la politique monétaire, la communauté financière et des affaires attend beaucoup de cette nouvelle équipe.

La nouvelle direction a du pain sur la planche, indique Daniel Essoo. « On retrouve parmi les grands enjeux économiques, la gestion de l’excès de liquidités, la balance des paiements et la politique monétaire. Cela, dans un contexte actuel difficile », ajoute le CEO de la Mauritius Bankers Association. Il y a aussi, fait-il ressortir, plusieurs enjeux stratégiques comme « la mise en place du Blueprint pour le secteur des services financiers, la réforme des marchés des capitaux et défendre la position de Maurice vis-à-vis d’instances internationales ».
« Il faut maintenir la confiance et la stabilité financière en assurant que la capitalisation et la liquidité du système bancaire soient robustes pour parer à tout choc financier externe », recommande Kee Chong Li Kwong Wing, Chairman du groupe SBM. Le nouveau président de l’Union Pay International (Ndlr : qui est le plus grand groupement mondial de cartes bancaires et de paiements virtuels) pour le continent africain espère surtout voir le jeune Gouverneur prendre des initiatives innovatrices dans des domaines de la monnaie digitale, du Blockchain et des échanges et transferts des crypto-assets. « C’est tout un écosystème disruptif de FinTech qui peut amener une nouvelle dimension et une impulsion dynamique à notre économie qui cherche à atteindre le palier de pays à haut revenu. C’est le seul moyen pour notre économie insulaire, dépourvue de ressources naturelles, de créer une niche de croissance pour un avenir durable. L’île Maurice a tous les atouts pour le réussir. Il faut que cette nouvelle équipe ne rate pas le coche », insiste-t-il. Kee Chong Li Kwong Wing salue, par ailleurs, la présence féminine au sein de la direction de la Banque centrale. « C’est une tendance qui devrait être adoptée dans le monde bancaire qui reste encore très gender bias et conservateur », conclut-il.
La Banque de Maurice a une fonction très importante qui est de s’assurer de la stabilité monétaire, explique Kevin Ramkaloan, le CEO de Business Mauritius. « Il est extrêmement important, à cet effet, que les compétences techniques soient réunies au niveau des cadres », avance-t-il. Il est essentiel aussi, ajoute-t-il, que l’indépendance de l’institution soit préservée surtout quand il est question de politique monétaire.
« Loin de moi de dicter à quiconque ce qu’il faut faire, la loi dit clairement ce qu’un Gouverneur et son équipe doivent faire », avance Rundheersing Bheenick. Pour l’ancien Gouverneur de la Banque de Maurice, les missions sont clairement établies dans la loi. « La principale tâche du Gouverneur est de s’assurer de la politique monétaire. Il y a aussi la supervision de la banque et du secteur financier qui est bien moins controversé», fait-il ressortir. La nouvelle équipe devra donc s’atteler à « mener à bien » ces missions.
La mission principale de la Banque centrale, fait valoir Rajiv Servansingh, est de s’assurer de la politique monétaire tout en favorisant le développement et la stabilité macro-économique. « Nous avons évidemment une équipe qui a une expérience dans le domaine financier et nous avons donc toutes les raisons de croire que cela se réalisera », conclut l’observateur économique.
L’économiste Manisha Dookhony voit en la nomination de Harvesh Seegolam le «rapprochement » entre le secteur financier bancaire et le secteur financier non-bancaire. « C’est important d’avoir plus de cohésion et de collaboration entre ces deux sous-secteurs du secteur financier », explique l’économiste. D’autant plus, ajoute-t-elle, qu’il y a beaucoup de complexités qui se mettent en place, le FinTech à titre d’exemple. « Il faut un regard nouveau qui comprend ce qui se passe dans le secteur non-bancaire pour apporter des changements et moderniser le secteur financier, surtout que le pays aspire à devenir un pays à haut revenu », avance Manisha Dookhony. Par ailleurs, ajoute l’économiste, la nomination de Hemlata Sadhna Sewraj-Gopal permettra, par ailleurs, d’assurer la « continuité institutionnelle ».
À partir du 1er mars, Harvesh Seegolam sera à la tête de la Banque de Maurice. Le jeune Gouverneur nous dévoile ses priorités.
Vous êtes le nouvel homme fort de la Banque de Maurice. Quelles sont vos premières impressions ?
C’est un honneur et un privilège d’avoir été nommé Gouverneur de la Banque de Maurice. Avec mon équipe, nous travaillerons étroitement avec les opérateurs économiques et bancaires en priorité pour s’améliorer en tant que juridiction financière. Nous veillerons à remplir le mandat de la Banque de Maurice qui est d’assurer la stabilité financière et monétaire tout en s’attelant à promouvoir le développement économique du pays.
Vous êtes, à 37 ans, le plus jeune Gouverneur de la Banque de Maurice. Est-ce une force ou une faiblesse ?
C’est un privilège, mais aussi un gros challenge. Je remercie le Premier ministre pour la confiance placée en moi et je m’attellerai à assumer pleinement mon rôle. C’est un signe aussi que le pays place sa confiance dans la jeunesse et donc dans l’avenir. Je travaillerais afin de répondre aux attentes. J’apporterais un nouveau dynamisme au sein de la Banque centrale. Il s’agira d’avoir une vision plus large avec la venue des technologies dans le monde bancaire.
Vous serez épaulé par Mardayah Kona Yerukunondu et Hemlata Sadhna Sewraj-Gopal, une présence féminine au sein d’un board constitué surtout d’hommes. Vos commentaires ?
J’ai hâte de travailler avec l’équipe qui m’a été désignée. La nomination d’une dame, qui travaille d’ailleurs à la Banque de Maurice, reflète l’importance des femmes à des postes stratégiques. Je ne peux que saluer cette décision.
| Leur rémunération annuelle | ||
|---|---|---|
| Rémunération | 2018 | 2019 |
| Gouverneur | Rs 14 132 355 | Rs 10 374 218 |
| Gouverneur adjoint (les deux) | Rs 11 628 323 | Rs 12 764 914 |
En tant que membre du comité de politique monétaire (MPC), le Gouverneur perçoit également Rs 50 000 par mois pour sa contribution. Les deux Gouverneurs adjoints obtiennent, quant à eux, Rs 30 000 mensuellement.
| Le Gouverneur | Rs 600 000* |
| Premier Gouverneur adjoint | Rs 360 000* |
| Deuxième Gouverneur adjoint | Rs 360 000* |
| *Somme annuelle. |
*D’après la Bank of Mauritius Act 2004