Note souveraine : pourquoi Moody’s maintient la perspective négative pour Maurice
Par
Christina Vilbrin
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Christina Vilbrin
Maurice conserve sa note souveraine, mais la « perspective négative » reste d’actualité. Moody’s met en garde : les finances publiques du pays restent fragiles et les efforts de consolidation budgétaire devront surmonter des réformes politiquement sensibles pour éviter que la dette ne continue de grimper. Selon l’agence de notation, l’avenir de la note dépendra autant de la discipline budgétaire que de la capacité du gouvernement à maintenir la croissance.
Moody’s confirme la note souveraine de Maurice à Baa3, accompagnée d’une perspective négative. « Nous maintenons cette perspective négative, car elle reflète le risque que le gouvernement ne parvienne pas à inverser la récente détérioration des finances publiques, compte tenu des ajustements budgétaires importants nécessaires après un déficit proche de 10 % du PIB pour l’exercice 2025 (juillet-juin) », indique Moody’s. « Des efforts de consolidation budgétaire sont en cours, mais leur impact final sur les finances publiques reste incertain, notamment en raison du risque que certaines réformes politiquement sensibles créent de nouvelles pressions sur les dépenses ou les recettes, freinent la croissance et entraînent un recul des réformes », ajoute l’agence de notation.
…une amélioration de la note souveraine du pays
Compte tenu de la perspective négative, une amélioration de la note est peu probable à ce stade, selon Moody’s. « La perspective pourrait être ramenée à stable si Maurice met en œuvre un programme complet de consolidation budgétaire offrant des perspectives crédibles et durables d’inversion de la hausse de la dette publique, sans affaiblir significativement la croissance économique », fait ressortir l’agence. Comment s’y prendre ? « Il faudra mettre en place des mesures visant à augmenter les recettes, comme la suppression de certaines exonérations fiscales. Une maîtrise des dépenses serait également positive, tout comme la limitation des passifs éventuels liés aux entreprises publiques », recommande Moody’s.
…une dégradation de la note
« Des retards dans la consolidation budgétaire entraînant des déficits élevés et persistants, conduisant à une stabilisation de la dette à des niveaux élevés, pourraient aboutir à une dégradation de la note », explique Moody’s. Une hausse des coûts d’emprunt, liée à des besoins de financement accrus et affaiblissant la soutenabilité de la dette, accentuerait également les pressions négatives. « La matérialisation de passifs éventuels sans reconnaissance d’actifs correspondants pourrait aussi conduire à un abaissement de la notation », ajoute l’agence.
… La croissance
« Maurice fait face à plusieurs contraintes structurelles qui limitent son potentiel de croissance à moyen terme et accroissent sa vulnérabilité aux chocs. Les risques à court terme sont orientés à la baisse en raison d’une consolidation budgétaire ambitieuse… Si elles ne sont pas traitées, ces faiblesses structurelles (base d’exportation étroite - notamment dans le textile, le sucre et les services liés au secteur du global business, les pénuries de main-d’œuvre, etc.) pourraient freiner la productivité à long terme et accroître la sensibilité de l’économie aux conditions mondiales. »
… La dette publique
« La dette publique, qui s’élevait à 74 % du PIB à la fin de l’exercice 2024, dépasse la médiane des pays notés Baa3. Malgré son ampleur, la soutenabilité de la dette demeure gérable, grâce à un secteur financier développé et à une gestion prudente. Nous anticipons une stabilisation de la dette à un niveau supérieur à 80 % du PIB sur la période 2026-2027, avant une baisse progressive à mesure que les déficits primaires se réduisent. Toutefois, cette trajectoire reste exposée à des risques baissiers si un resserrement budgétaire freine davantage la croissance ou si un affaiblissement de la demande externe compromet les objectifs de croissance et de recettes. »
… La réforme des pensions, les allocations CSG…
« Depuis juin 2025, les autorités ont engagé des réformes budgétaires politiquement sensibles afin de réduire le déficit et stabiliser la trajectoire de la dette. Parmi les principales mesures visant à réduire le déficit figure la réforme des pensions, avec le relèvement de l’âge d’éligibilité à la pension de retraite de base à 65 ans, aligné sur l’âge légal de départ à la retraite. Cette mesure devrait générer immédiatement des économies d’environ 1 % du PIB, avec des gains plus importants à moyen terme. D’autre part, la réduction progressive des prestations sociales élargies dans le cadre de la Contribution sociale généralisée (CSG) devrait alléger les dépenses d’environ 2 % du PIB une fois pleinement mise en œuvre sur deux ans. Du côté des recettes, des mesures comme la facturation électronique, l’abaissement des seuils d’enregistrement à la TVA, l’augmentation des droits d’accise et l’introduction d’une taxe touristique de 3 euros par nuit devraient produire des effets plus visibles à partir de l’exercice 2027. En revanche, la taxe temporaire dite “fair share” appliquée aux hauts revenus doit expirer en juin 2028. »
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… et les points faibles
Source : Credit Opinion sur Maurice, de l’agence de notation Moody’s publié ce mois-ci