Nishta Jooty-Needroo : «Je ne suis pas un vase à fleurs»
Par
Jean-Marie St Cyr, Murvind Beetun
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Jean-Marie St Cyr, Murvind Beetun
Révoquée de la tête du Sugar Investment Trust après la diffusion d’un enregistrement controversé, Nishta Jooty-Needroo dénonce des ingérences politiques répétées. Le ministre de l’Agro-industrie, Arvin Boolell, lui répond et l’invite à saisir la Financial Crimes Commission si elle dispose de preuves.
Nishta Jooty-Needroo a été révoquée de ses fonctions de Chief Executive Officer (CEO) du Sugar Investment Trust (SIT). Cette décision intervient dans un contexte de vive polémique, après la diffusion sur les réseaux sociaux d’une bande sonore controversée dans laquelle son époux, Rigg Needroo, évoquerait un possible rapprochement politique avec le Mouvement socialiste militant (MSM). L’intéressée dénonce un montage et annonce des poursuites.
Dans un entretien accordé à TéléPlus, Nishta Jooty-Needroo est revenue sur les circonstances de son départ. Elle explique que le mardi 30 juin, « en recevant ma lettre de révocation, j’ai écrit que le Board de la SIT m’avait révoquée à cause d’une vidéo qui circulait dans les médias sociaux ».
Pour elle cette situation est « triste », mais « comique » en même temps. « Il faut préciser qu’ils ont essayé de tout faire, qu’ils ont épluché tous les dossiers dont je me suis occupée, rien que pour trouver une faille afin de porter une accusation contre moi et me mettre à la porte, depuis que je suis rentrée de mon congé de maternité », avance Nishta Jooty-Needroo. Selon elle, il n’y avait rien de compromettant contre elle. Elle souligne qu’elle s’en va « latet ot, lamin prop ».
Elle s’interroge sur les raisons de son éviction et affirme qu’il y a eu ingérence politique du ministère de l’Agro-industrie - sur le recrutement, le procurement, l’allocation des contrats et la gestion quotidienne de l’institution depuis sa nomination. « Le Senior Adviser du ministère assistait aux réunions du Board de la SIT en tant qu’observateur, jusqu’à ce qu’il soit nommé », dénonce-t-elle. C’est lorsqu’elle a commencé à s’opposer à ce genre de pratiques qu’elle a été perçue comme une épine. « J’ai eu de l’ingérence du bureau du Premier ministre également, où un Senior Adviser voulait m’influencer sur des décisions pour des projets », allègue Nishta Jooty-Needroo. Elle ajoute qu’elle s’est retrouvée de trop après avoir refusé. Elle aurait été injuriée et aurait reçu des menaces de révocation.
« Mem le minis inn deza maltret mwa akoz mo finn refiz sede a so bann demand », ajoute-t-elle. Elle reconnaît toutefois ne pas avoir d’éléments de preuve, ces échanges ayant eu lieu par téléphone ou en face à face. « Je n’ai rien par écrit, mais il y a des personnes qui ont été témoins de ces conversations ; je ne sais pas si elles voudront témoigner. » Bien qu’elle soit une nominée politique du Parti travailliste, elle dit qu’elle n’est pas un « vaz a fler » ni une personne qui dit « oui » à tout. « Je prends des décisions réfléchies. Je ne vais pas faire ce qu’un ministre ou un conseiller me demande de faire, je vais faire ce qu’il faut, dans la droiture. » Interrogé, le ministre de l’Agro-industrie, Arvin Boolell, a qualifié ces déclarations d’« intempestives ».
Il estime regrettable que Nishta Jooty-Needroo, après avoir siégé sur le Board, tienne aujourd’hui de tels propos, évoquant un « breach of confidence ». Selon lui, elle connaît bien les mécanismes d’« expression of interest » et de soumission (« bids »), et tout aurait été fait en toute transparence. Le ministre estime que si elle dispose d’éléments probants, « la moindre des choses, c’est qu’elle aille à la Financial Crimes Commission ». Le ministre a alerté le Parlement le 15 avril 2025 sur la situation financière critique de la SIT, qualifiée de « Public Interest Body » proche de l’effondrement. « J’ai fait cette déclaration, car la situation concerne l’intérêt de 40 000 petits planteurs, dont la compagnie détenait 95 % des actions. Le gouvernement, en tant qu’actionnaire, en détenait 5 %. Et le SIT a une dette de Rs 1,6 milliard », précise-t-il.
Le ministre respecte le droit de Mme Jooty-Needroo, en tant que citoyenne, de faire des déclarations, mais réitère qu’en cas de doute, elle doit se tourner vers la FCC. « S’il y a eu ingérence, il faut le dénoncer », dit-il. Le bureau du Premier ministre n’a pas souhaité, de son côté, réagir pour le moment sur les accusations formulées.
L’enregistrement à l’origine de la polémique, d’une durée de 3 minutes 25, met en scène une conversation entre deux voix masculines, dont l’une est présentée comme celle de Rigg Needroo, président à temps partiel du SSR Botanical Garden Trust. Il y est question d’un éventuel « move politique » vers le MSM, ainsi que d’une rencontre avec l’ancien Premier ministre Pravind Jugnauth. La conversation évoque également une possible candidature de Nishta Jooty-Needroo aux prochaines élections générales dans la circonscription n° 5 (Pamplemousses–Triolet), les circonscriptions n° 6, 7 et 15 étant aussi mentionnées comme pouvant correspondre à son profil.