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Nishi Kichenin, fondatrice et CEO de JurisTax : « À la reprise, nous devons tous être bien placés pour saisir les opportunités »

Parmi les rares femmes CEO dans le secteur financier à Maurice, Nishi Kichenin estime qu’il faut des législations, une vraie volonté politique et un changement de mentalité pour encourager davantage la participation des femmes dans le monde des affaires. Dans cet entretien, elle fait un tour d’horizon du secteur et propose quelques mesures pour le prochain budget. 

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Alors que la pandémie a frappé de plein fouet certains secteurs de l’économie, le secteur de l’offshore a pu tirer son épingle du jeu. Qu’est-ce qui peut expliquer cette résilience ?

Le centre financier international mauricien est le seul secteur de l’économie qui a enregistré une croissance marginale depuis l’épidémie de la Covid-19. Mais l’économie dans son ensemble a ralenti et les secteurs liés au tourisme et aux voyages ont été durement touchés. Cela aura encore un impact sur le Global Business. Le secteur financier mauricien est résilient parce qu’il repose sur des bases solides : un environnement favorable aux affaires, un cadre juridique qui protège les investissements, la transparence, des normes de gouvernance équitables et la disponibilité d’une main-d’œuvre bien formée et spécialisée. Pendant la pandémie, notre secteur est resté actif alors que les investisseurs étaient occupés à restructurer et à protéger leurs investissements tout en exerçant une gestion plus judicieuse de leurs actifs. Ils avaient besoin de conseils financiers et des services de sociétés comme la nôtre. De plus, le Global Business s’est rapidement adapté à la nouvelle normalité. Nous avons été prompts à mettre en œuvre les structures pour le travail à domicile.

Dans quelle mesure la Covid-19 a-t-elle impacté les activités dans le secteur de services financiers et offshore ? 

Le secteur offshore a effectivement été le moins impacté comparé aux secteurs touristique et manufacturier. Cela dit, quand nous parlons d’offshore, nous pensons toujours aux management companies, assurances, banques, gestionnaires de portefeuille et fonds de pensions. Nous devons aussi penser à ceux qui nous entourent et qui jouent un rôle essentiel, comme les services de transport pour ceux qui travaillent après les heures, les informaticiens, le catering et tous les services additionnels proposés par les locaux. Ces personnes sont aussi impactées par le télétravail et du coup, nous n’avons plus besoin de leurs services lorsque nous travaillons de la maison. Le ralentissement de l’activité économique a et continuera d’avoir un impact conséquent sur l’économie mondiale et les entreprises. Mais nous croyons en une reprise rapide. Le monde revient progressivement à la normale avec des campagnes de vaccination bien avancées surtout dans les pays développés mais l’humanité devra sortir de la crise ensemble. A la reprise, de nouvelles opportunités vont apparaître, et nous devons tous être bien placés pour les saisir. En attendant, nous devrons régler nos problèmes de conformité et de gouvernance.

La résilience du secteur financier est cependant mise à mal dû au fait que Maurice figure sur la liste noire de l’Union européenne. Comment redoubler de vigilance pour renforcer la lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme ?

Quand on dit qu’on doit redoubler de vigilance, cela veut dire que nous n’étions pas suffisamment vigilants. Cela n’est certainement pas vrai car nous ne pouvons pas être reprochés de ne pas avoir été vigilants. Nous avons un cadre juridique et règlementaire bien établi, mais l’application des lois pour certains secteurs d’activités comme le gambling, l’immobilier et la joaillerie peut être améliorée. Ainsi, quand nous disons que le secteur financier n’est pas suffisamment règlementé, ce n’est pas directement le secteur des services financiers mais plutôt des professions et activités non-financières bien spécifiques. Ainsi, le besoin de conformité pour ces secteurs n’est plus une option et nous sommes fiers de contribuer à remédier à ces déficiences à travers nos services. Dans le secteur financier, la confiance a une importance capitale. Nous devons impérativement restaurer la confiance, pas seulement sur papier, mais aussi dans nos actions. Nos dirigeants doivent aussi faire preuve d’un vrai leadership et démontrer une vraie volonté d’identifier et de sanctionner les malversations. Nos institutions doivent pleinement jouer leur rôle. Sans cela, le secteur risque d’être en grave danger. 

Les mesures fiscales ont été vivement contestées lors du dernier Budget, notamment pour celles qui touchent directement les entreprises. Quelle devrait être la direction à prendre pour le Budget 2021-2022 s’agissant de la corporate tax ?

Nous ne pouvons plus être appelés aujourd’hui paradis fiscal ou « low tax jurisdiction ». Avec les pressions de l’OCDE, nous avons dû harmoniser notre régime fiscal avec un taux d’imposition de 15 % et la possibilité d’être exemptés de 80 % sur certains types de revenus. Si nous voulons rester compétitifs, notre environnement stable avec une main- d’œuvre qualifiée et notre cadre réglementaire ne suffisent plus. Idéalement, pour attirer de nouveaux investissements et promouvoir l’économie locale, nous devons aligner notre corporate tax à celui des centres financiers majeurs dans le monde. Si cette solution idéale pour le Global Business n’est pas possible, dans ce cas il ne faut même pas considérer augmenter la corporate tax. Si jamais nous augmentons cette taxe, les investisseurs vont shifter leurs opérations vers une autre juridiction plus attrayante et favorable à leurs activités. Créer un environnement propice à l’épanouissement des entreprises est un impératif. Nous attendons que le ministre des Finances arrive à panacher judicieusement entre le déficit budgétaire et fiscal. 

Nishi Kichenin, fondatrice et CEO de JurisTax

« Nous avons un cadre juridique et règlementaire bien établi. »

L’on parle souvent de bonne gouvernance pour le secteur public. Au niveau du privé, pensez-vous que le corporate governance est également important ? 

Nous sommes des opérateurs du secteur financier. Notre fonds de commerce c’est l’accompagnement des investissements outremer. Nous leur demandons de faire confiance à la juridiction mauricienne quant à la prise en charge de leurs investissements. La réputation de notre juridiction et nos standards de gouvernance sont donc primordiaux. Le Global Business, le secteur financier et les affaires en général ne peuvent pas exister sans la bonne gouvernance. 

L’investissement privé a été revu à la baisse depuis les dernières années. Comment est-ce que le prochain Budget peut aider à booster l’investissement privé ?

Au cours de la dernière décennie, l’investissement privé a chuté de 25 % pour atteindre 15 % du PIB. L’investissement privé s’est surtout focalisé sur l’immobilier et les secteurs traditionnels. C’est très inquiétant.  Encore une fois, je vais revenir sur la confiance. Les investisseurs devront d’abord faire confiance au système, aux normes de gouvernance pour s’assurer que leurs investissements sont protégés. Une restructuration de l’économie est un impératif de cet exercice budgétaire. Soutenir les entreprises n’est pas suffisant. Je pense que l’État doit investir dans une transition économique, développer de nouveaux secteurs, préparer notre capital humain pour la transition économique et surtout un vrai leadership économique avec une vision et une vraie philosophie économique.  

Quelles sont vos attentes principales dans le prochain Budget pour booster davantage l’économie ? 

Nous devons faire attention aux fissures qui sont apparues dans notre économie et résoudre les problèmes critiques. Maurice est passé de la 60e à la 89e position en termes de facilité de faire des affaires. Notre priorité No 1 est de générer de la croissance économique. Nous devons rattraper une contraction économique de 15 % dans les plus brefs délais. Restaurer nos secteurs traditionnels comme le tourisme, le secteur financier et le secteur manufacturier pendant que nous en développons de nouveaux. Afin de relancer la production, le gouvernement devra revoir l’accompagnement et la facilitation des entreprises. Il faut éviter l’excès de paperasseries et avoir des institutions plus efficaces.  À titre d’exemple, je peux vous dire qu’au cours des meilleures années du secteur financier, les entreprises émergentes avaient une ligne directrice - l’orientation du secteur et les marchés qu’il fallait développer. Nous avons besoin d’ambition et commencer à nous comparer aux pays développés.

« Au cours de la dernière décennie, l’investissement privé a chuté de 25 % pour atteindre 15 % du PIB. »

Vous êtes parmi les rares femmes à porter le chapeau de CEO à Maurice. Or, le nombre de femmes dans les conseils d’administration dans le pays est toujours faible. Qu’est-ce qui explique cette situation ? 

Je crois fermement que les femmes ont un rôle décisif et actif à jouer dans la société. C’est une valeur que je vis au quotidien chez JurisTax. Nous avons démarré cette entreprise et l’avons bâtie sur la base de notre capital humain, et vous remarquerez que les femmes jouent un rôle important dans le leadership de JurisTax. Les femmes auraient pu jouer un rôle encore plus important dans la société mauricienne. Je peux vous dire que la compétence n’est pas le problème, le charisme n’est pas le problème, nos femmes les avons, JurisTax en est un exemple vivant. Ce dont nous avons besoin, ce sont des législations, une vraie volonté politique pour mettre en pratique ce que nous mettons sur papier. Il faut aussi un changement de mentalité. Regardez le Rwanda par exemple. De nombreux pays d’Afrique ont réussi, pourquoi pas nous ?

Comment peut-on encourager les femmes à s’intégrer dans le monde des affaires, en particulier dans le secteur privé ? 

Quand on parle de femmes entrepreneures, on pense tout de suite à la micro-industrie, à l’artisanat, à la confection de vêtements, à l’agroalimentaire. Nous pensons aux salons des petites entreprises. Tout cela est bien, mais pas assez. Nous devons encourager les femmes à vivre leurs rêves. Créez-leur des opportunités. Donnez-leur confiance en les formant au marketing, à la gestion commerciale et financière.

Vous êtes CEO et aussi maman. Comment arrivez-vous à gérer tout ça et comment votre parcours personnel peut inspirer ?

Dans tout ce que vous faites dans la vie, vous devez être capable de tracer la ligne. Vous devez être engagé à 100 % dans ce que vous faites au moment où vous le faites. La maternité est une partie importante de ma vie. La maternité vous transforme et change complètement votre perspective de la vie. La maternité, c’est être altruiste. Vous devez être complètement investi dans la prise en charge de vos enfants avant de vous occuper de vous-même. En fin de compte, cela transforme votre perspective du travail. Lorsque je dirige JurisTax, je dois d’abord penser à mon équipe. Quand je me bats pour attirer plus d’investissements, je sais que je le dois pour mon équipe – pour que les membres de cette équipe puissent gagner leur vie, tout comme je gagne la mienne.

« Notre priorité No 1 est de générer la croissance économique. »

JurisTax : L’entreprise mauricienne qui joue dans la cour des grands au niveau mondial 

Après s’être établie aux Seychelles, au Rwanda, en Afrique du Sud et aux Émirats Arabes Unis, la société mauricienne JurisTax, spécialisée dans les services de gestion, cible désormais la Chine et Singapour respectivement pour la mise en place de ses prochains bureaux.

JurisTax a été fondée en 2008 et très vite la fondatrice et CEO, Nishi Kichenin, a compris que ses clients avaient besoin d’un partenaire de confiance pour qu’ils puissent mener leurs affaires en toute sérénité.

C’est ainsi que Nishi Kichenin a vu la nécessité de fournir une approche plus personnelle et des conseils sur mesure. Alors, elle s’est donnée pour mission de faire les choses différemment. Elle a réuni une équipe d’experts chevronnés et a créé un cabinet indépendant en partant du principe que les clients sont mieux servis par des conseillers qui se concentrent exclusivement sur leurs meilleurs intérêts et qui ne sont pas entravés par les conflits d’intérêts. Après avoir niché un portefeuille de clients fidèles à la juridiction mauricienne comme centre financier, la société est désormais prête à prendre pied à l’international et à avancer vers l’expansion de ses activités. 

Aujourd’hui, JurisTax est physiquement présent aux Seychelles, au Rwanda, en Afrique du Sud et aux Émirats Arabes Unis. L’objectif que tient désormais la société de gestion à cœur est son implantation physique à Singapour et en Chine d’ici 2025.

120+ employés au total 

La force humaine de JurisTax est composée d’une équipe de 120 professionnels répartie dans les bureaux à Maurice et à l’étranger.  L’équipe travaille chaque jour pour livrer un ensemble de valeurs– intégrité, confiance, fidélité et respect - dans un monde en constante évolution. Quelle que soit leur position, les membres de l’équipe ont la responsabilité d’incarner ces valeurs dans leurs interactions les uns avec les autres et dans leurs relations avec les clients.

Assets Under 
Administration (AUA) :
5 milliards USD +
Nombre de clients :
2 000+

Les services que propose JurisTax 

CORE SERVICES: CORPORATE AND STRUCTURAL ADVISORY

  • Entity Formation
  • Investment and Asset Holdings
  • Fund related and investor service
  • Tax advisory services
  • Procurement & Trading
  • Investment Dealers and Advisors
  • Asset Protection and Succession Plan

BUSINESS SUPPORT SOLUTIONS

  • Accounting and taxation
  • Compliance and regulatory
  • Risk Management 
  • Payroll

 

 

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