Live News

Négligence médicale, avortement, prescription abusive de psychotrope : une série d’allégations contre une doctoresse

Une pluie d’allégations pèse sur une doctoresse exerçant dans le privé. Pour résultat, elle a perdu deux contrats avec deux sociétés étatiques et fait l’objet d’une enquête du Medical Council.

Publicité

Les tribulations de cette doctoresse ont commencé depuis cette année. Dans une lettre qui circule, ses détracteurs font état d’une série de charges retenues contre elle par son ex-employeur, l’association Solidarite Marye Pike (SMP). Selon nos recoupements, elle était chargée de s’occuper des besoins médicaux des bénéficiaires de l’association, résidant dans l’est du pays. Elle devait faire des visites à domicile ciblant essentiellement des personnes âgées et des mères célibataires. 

Un cadre de l’association explique : « SMP compte des centres un peu partout à travers le pays. Lorsqu’une personne a besoin de nos services, elle fait une requête auprès d’un de ces centres. S’il s’agit d’un service médical, nous dépêchons alors le médecin qui s’occupe de cette région », fait-on comprendre. Ce service, précise notre interlocuteur, reste gratuit pour les bénéficiaires. C’est le SMP qui prend en charge les honoraires de l’équipe de médecins qui sont, en fait, des salariés de l’association. Selon les dénonciateurs, une dizaine de bénéficiaires auraient accusé la doctoresse pour avoir pris de l’argent pour certains de ses services. 

Pour le SMP, il s’agirait d’un cas d’abus d’autant plus que les bénéficiaires sont des personnes qui ne disposent pas de grands moyens. « Souvent, il s’agit de personnes âgées qui ne reçoivent que leur pension de vieillesse, ou alors des personnes à faibles revenus. Ce n’était pas bien, surtout pour un médecin, de leur réclamer de l’argent pour ses services pour lesquels elle était pourtant rémunérée par l’ONG », nous dit-on. 
Voici une liste des allégations portées contre la doctoresse. Contactée par le Défi Plus, elle a accepté de fournir ses explications pour chaque accusation.

Allégation 1 : Facturation de Rs 500 à des patients pour une injection.

Explication : Selon la doctoresse, il s’agissait de patients alités souffrant de problème sciatique, par exemple. Elle précise que le SMP offre des médicaments de base uniquement, comme le paracétamol, les vitamines et les compléments alimentaires, entre autres. « Or, ces patients avaient besoin d’une injection spécifique qui n’est pas fournie par le SMP. Estimant bien faire, j’ai uniquement proposé aux patients de prendre l’injection et de l’apporter la prochaine fois que je leur rendrai visite et ils m’ont payé seulement pour cela. Linn pey pu pikir, li pan pey moi », nous dit-elle. 

Allégation 2 : Émission de certificat de décès à des bénéficiaires de SMP contre la somme de Rs 1 000.

Explication : La doctoresse soutient qu’elle connaissait les personnes décédées avant qu’elle ne rejoigne le SMP en 2019 et que ces dernières avaient ces cordonnées. C’est naturellement, dit-elle, que leur proche l’a contacté lorsque ces patients sont décédés. La trentenaire affirme avoir informé leurs proches de prendre contact auprès de la SMP pour pouvoir bénéficier de ce service gratuitement, mais qu’ils ont insisté pour qu’elle vienne signer elle-même le certificat contre paiement. « Par la suite, j’ai personnellement informé des responsables du SMP de leur décès », souligne-t-elle. 

Allégation 3 : Mauvaise réaction d’un patient à un médicament prescrit par la doctoresse, entraînant une hospitalisation.

Explication : Selon le médecin, il s’agissait d’un patient souffrant de déficience intellectuelle âgé d’une soixantaine d’années. Pour elle, cette accusation est absurde. Le SMP ne fournit que des médicaments de base, comme indiqué plus haut. « Pa ti pe donn zot bel bel medicamen kuma dir traitmen dan lopital », soutient-elle. 

Allégation 4 : Absence de visites mensuelles dans certaines régions du sud pendant trois mois, sans en informer le SMP.

Explication : La doctoresse indique qu’elle était parfois dépêchée pour faire des visites à domicile dans des régions du sud, alors qu’elle réside dans l’est.  Selon ses dires, après s’être plaint auprès d’un cadre de SMP, il avait été décidé que chaque médecin serait affecté à des régions proches de leur lieu d’habitation.  « Lerla monn gagn Flacq-Mahebourg. À Saint-Hubert, je ne faisais que remplacer, c’était donc de manière temporaire », poursuit notre interlocutrice. Selon cette dernière, suivant cette consigne, la direction de SMP aurait dû s’organiser pour que ces régions du sud soient couvertes par un autre médecin. Elle s’étonne également que les responsables de SMP dans cette région n’aient pas signalé son « absence » pendant trois mois.

Allégation : Refus de « toucher » des patients issus de certaines communautés

Explication : La doctoresse réfute. « Je suis un médecin. Je n’ai aucun problème à toucher un patient qui fait partie de mon métier. Tou dimounn parey. Mo ena pasian de tou comunote », dit-elle. Elle rappelle que pendant la pandémie de la Covid-19, elle était parmi les rares médecins à faire des visites médicales à domicile. « Et à l’époque, il n’y avait pas encore d’équipements de protection personnels (PPE), mais je l’ai quand même fait », soutient-elle. 

Allégation : Utilisation abusive d’un véhicule et chauffeur de SMP pour ses visites à domicile

Explication : Cette voiture, basée à Argy, Flacq, selon les justifications de la doctoresse, était aussi utilisée pour transporter des « banners ». Le médecin soutient avoir demandé et obtenu l’autorisation d’une responsable. « On m’a ensuite accusé d’avoir utilisé ce véhicule pendant une campagne de SMP, soit pendant 6 mois. Ce qui était totalement normal. Pourquoi ne m’a-t-on rien reproché pendant les premiers mois ? » s’interroge-t-elle. 

Comité disciplinaire

Un membre de Solidarite Marye Pike nous indique qu’à la suite des plaintes reçues des bénéficiaires, un comité disciplinaire a été institué contre la doctoresse. Une dizaine de ces bénéficiaires avaient été convoqués pour témoigner des pratiques de la doctoresse dont elles se disaient victimes. « Le premier jour, la doctoresse est venue avec son avocate. Le comité devait se réunir à nouveau, mais cette fois, elle n’est pas venue. En fin de compte, elle a été licenciée », précise ce membre bien informé du SMP. 

La doctoresse livre sa version des faits. Elle indique que lorsqu’elle s’est rendue au comité disciplinaire, accompagnée d’une avocate, elle était étonnée de constater la présence de « gros bras », ainsi qu’une forte présence masculine composée principalement d’hommes de loi. « Pendant plus d’une heure, les débats ont tourné autour de mes conditions de travail essentiellement », dit-elle, soulignant une attitude intimidante et condescendante à son encontre. Ce qui fait, dit-elle, que son avocate avait demandé à ce que la prochaine séance soit tenue dans un autre endroit.  

Selon la doctoresse, une autre séance avait été programmée pour poursuivre le comité disciplinaire, mais que sur les conseils de son avocate, elle avait décidé de ne pas partir. « Je ne pouvais pas envisager de continuer à travailler dans une telle atmosphère et avec des collègues qui, visiblement, voulaient tout faire pour me faire partir. J’avais le ressenti que, quoi que je dise, la décision avait déjà été prise pour me licencier. In amen ban pasian pu donn temwayaz cont mwa, pa ti pu capav gard moi », concède-t-elle.

Acharnement et harcèlement

La doctoresse affirme que quelques jours après qu’elle ait été mise à la porte par Solidarite Marye Pike, elle a été embauchée par une autre association avec le même fondateur, soit le JMLS Cancer Support. C’est toutefois au Champ de Mars, pour le compte du People Turf PLC qu’elle exerçait. « Pensez-vous que si j’étais un médecin avec autant de manquements allégués j’aurai été engagé par le même patron, mais pour une autre de ses associations ? » demande-t-elle. 

Pour elle, il s’agirait d’acharnement contre elle pour de multiples raisons. D’abord, pour l'estime que lui portait son patron, le fondateur des associations mentionnées. « Je m’occupais de lui ainsi que de ses proches, ce qui n’était pas au goût de certains de mes ex-collègues », considère notre interlocutrice. Cette dernière ajoute : « À la suite d’une lettre anonyme contre moi, depuis le début de l’année, j’ai été licenciée par deux entreprises gouvernementales où j’offrais mes services. Ensuite, suite à des dénonciations malveillantes, j’ai été appelée à fournir des explications auprès de l’unité médicale d’un ministère, puis au Medical Council pour des propos entourant un cas allégué d’avortement illégal et pour prescription abusive de psychotrope. J’ai reçu une autre lettre il y a quelques jours où je vais encore une fois devoir donner des explications au Medical Council », déplore-t-elle. 

La doctoresse dit d’ailleurs envisager sérieusement de recourir aux autorités compétentes contre ce qu’elle considère comme un acharnement et harcèlement contre elle.

 

 

Notre service WhatsApp. Vous êtes témoins d`un événement d`actualité ou d`une scène insolite? Envoyez-nous vos photos ou vidéos sur le 5 259 82 00 !