Interview

Neemalen Gopal, président du MIOD : «Grand pouvoir implique grandes responsabilités»

Neemalen Gopal

Il est catégorique. Quand on occupe un poste constitutionnel, il faut être sur ses gardes, car les problèmes ne sont jamais loin, estime Neemalen Gopal, président du Mauritius Institute of Directors (MIOD), organisme qui régit la bonne gouvernance.

Maurice fête son jubilé d'or le lundi 12 mars. Quel regard portez-vous sur notre parcours tant économique que social depuis l’Indépendance?
Le pays a beaucoup progressé sur le plan  économique et social après 50 ans d’indépendance. L’économie de Maurice dépendait exclusivement des revenus de la canne à sucre en 1968 quand elle accède à l’Indépendance. Aujourd’hui, notre économie est diversifiée et robuste. Maurice possède le revenu par tête d’habitant le plus élevé d’Afrique. Sur le plan social, les gens vivent beaucoup mieux qu’avant l’Indépendance. Nos maisons résistent aux cyclones. Nos routes, notre aéroport et notre port sont d’un standard international. L’accès à l’éducation pour tous a donné la chance à chaque citoyen de gravir l’échelle sociale.

Pourrions-nous dire que nous sommes une nation ?
Nous sommes une nation, mais avec des origines différentes. Nous sommes cités à travers le monde pour notre harmonie sociale et la cohabitation des différentes religions. Connaissez-vous beaucoup de pays où hindous, musulmans, taoiste et chrétiens célèbrent la Noël ? La Noël, Divali et Eid sont devenues des fêtes nationales chez nous. Malheureusement, à l’approche des élections, certains politiciens tentent de diviser la population par des discours sectaires. Nous ne devons pas tomber dans leur piège.

Le MIOD est censé prêcher la bonne gouvernance dans les entreprises privées. La respecte-t-on ?
Je considère que la bonne gouvernance est en train de faire son chemin. On ne transforme pas une société du jour au lendemain. Le Mauritius Institute of Directors n’a que dix ans d’existence et a accompli un gros travail de conscientisation des chefs d’entreprise et des directeurs sur la bonne gouvernance. Nous sommes l’un des premiers pays d’Afrique à avoir adopté un code de bonne gouvernance. Le MIOD a organisé beaucoup de séminaires et d’ateliers de travail pour expliquer l’application du premier code de bonne gouvernance. On en fera de même pour le nouveau code.

Reste-t-il des efforts à accomplir au niveau du secteur privé concernant la bonne gouvernance ?
Le nouveau code de bonne gouvernance met beaucoup l’accent sur la diversité des conseils d’administration au sens large du terme. On n’évoque pas seulement le ‘gender diversity’. Récemment, lors d’une présentation aux membres du MIOD, le Dr Chris Pierce, l’auteur du nouveau code de la bonne gouvernance, évoque des conseils d’administration qui sont pâles et frêles. Ça veut tout dire.

Si l'on considère l'affaire Oxfam, ONG qui donne des leçons d'éthique, et tous les problèmes d'ordre sexuel qui vont avec, n'est-il pas temps que le MIOD s’intéresse aux ONG à Maurice ?
Notre mandat est clair : promouvoir la bonne gouvernance et l’application du code de bonne gouvernance dans les entreprises. Nous n’avons pas les ressources nécessaires pour nous étendre sur les ONG. Par contre, elles sont les bienvenues pour participer à nos sessions de formation.

La Présidente a utilisé une carte de crédit d'une ONG pour ses besoins personnels. Est-ce éthique de sa part, même si elle a remboursé ?
Dans le cas de la Présidente, je m’abstiendrai de tout commentaire n’ayant pas tous les éléments du dossier en main. Il ne faut pas tomber dans l’extrême et dénigrer nos propres institutions.

Une Présidente a-t-elle le droit d'être 'trustee' d'une ONG et d'avoir une carte de crédit de cet organisme en son nom personnel ?
Encore une fois, je n’ai pas suffisamment d’éléments pour porter un jugement. Il ne faut pas oublier que la reine d’Angleterre et le Prince Charles sont présidents d’honneur de plusieurs organisations caritatives.

La Présidente estime qu'elle n'a rien fait de mal, soit. Mais, est-ce une maladresse de sa part, eu égard au poste qu'elle occupe ?
Grand pouvoir implique grandes responsabilités. Plus on occupe des postes importants, plus on doit faire attention, car le moindre manquement, voire oubli, risque de nous être fatal.

Qu’en est-il de la bonne gouvernance au sein des partis politiques ?
Je pense qu’il y a du chemin à parcourir pour les partis politiques concernant l’éthique et la bonne gouvernance. Le plus gros problème reste le financement des partis politiques. Aussi longtemps qu’il n’y aura pas une loi qui réglemente le financement des partis politiques, les choses ne changeront pas.