Nécrologie - Ram Seegobin : hommage unanime à un homme de convictions
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Le Défi Quotidien
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Fondateur du parti Lalit, ce médecin engagé incarnait depuis plus de quarante ans une gauche radicale et critique. Il s’est éteint mercredi à l’âge de 84 ans.
Le Dr Ram Seegobin est décédé ce mercredi 28 janvier. Avec lui disparaît une des voix les plus singulières de la vie politique mauricienne, celle d’un intellectuel de gauche qui aura maintenu, pendant plus de quatre décennies, une posture de critique radicale du système économique et politique de l’île.
Fondateur du parti Lalit en 1982 après sa rupture avec le Mouvement militant mauricien (MMM), Ram Seegobin incarnait une gauche intransigeante, nourrie d’analyses marxistes et d’un engagement sans compromis. Observateur attentif des réalités socio-économiques du pays, il intervenait régulièrement dans le débat public, décortiquant aussi bien les politiques gouvernementales que les crises sociales. Ses contributions écrites, sur le site de Lalit Mauritius et dans divers médias, témoignaient d’une pensée structurée et d’une cohérence idéologique que même ses adversaires reconnaissaient.
Mais Ram Seegobin n’était pas qu’un théoricien. Arrivé à Maurice en 1974 avec son épouse, l’écrivaine sud-africaine Lindsey Collen – rencontrée à Londres et épousée en 1973 –, il s’était établi à Bambous, dans l’ouest de l’île. Là, il avait mis en pratique ses convictions en créant, dès février 1975, une coopérative de santé unique : le « Bambous Health Project », une association gérée et financée par les villageois eux-mêmes.
Pendant vingt-cinq ans, il y exerça comme médecin, louant une salle de consultation à une famille locale et organisant des séances d’éducation sanitaire sous les manguiers. Cette expérience de médecine communautaire illustrait sa conception de l’engagement politique : ancré dans le réel, au service des plus modestes.
« Un combattant s’en est allé », a confié mercredi Alain Ah-Vee, membre de Lalit. « En décembre, il était dans les réunions, tant qu’il pouvait venir. Il a été un combattant jusqu’au bout. » Cette fidélité à ses idées force aujourd’hui le respect, y compris chez ses adversaires politiques.
Rajesh Bhagwan, secrétaire général du MMM – le parti que Seegobin avait quitté il y a plus de quarante ans –, a salué sa mémoire : « Ram a beaucoup contribué avant 1982, après 1982 sur le plan politique, ses réflexions, ses analyses. Nous avions certes des différences mais dans le respect mutuel. »
L’observateur politique Lindsay Rivière a résumé ce sentiment partagé : « C’est une perte importante pour le pays en termes de pensée politique. Je n’étais pas toujours d’accord avec ses réflexions, mais c’était un homme qui a toujours été très sincère dans ses engagements. » Steven Obeegadoo, ancien ministre, a ajouté : « Il était ce qu’un militant doit être : une personne qui a des convictions et qui vit ses convictions avec passion et intégrité. »
Au-delà des clivages partisans, c’est cette cohérence entre la pensée et l’action qui semble aujourd’hui rassembler autour de la mémoire de Ram Seegobin, frère de l’ancienne députée Vidula Nababsing et figure d’une gauche mauricienne désormais marginale mais qui aura marqué son époque.