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National Social Inclusion Foundation : Rs 1,06 Md décaissées en faveur de 240 ONG entre 2025 et 2026

Par Patrick Hilbert, Sharone Samy
Publié le: 8 June 2026 à 11:30
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nsif

Les données déposées à l’Assemblée nationale révèlent la répartition des fonds issus de la CSR gérés par la NSIF, ainsi que le poids des coûts administratifs et les écarts dans les montants alloués aux ONG pour l’exercice 2025-2026.

C’est un document officiel qui fait beaucoup parler dans le milieu des organisations non gouvernementales. Durant la semaine écoulée, la liste intégrale des allocations de la National Social Inclusion Foundation a été déposée à l’Assemblée nationale par Ashok Subron, ministre de la Sécurité sociale et de l’Intégration sociale. 

Alimentée par l’impôt sur les sociétés (le dispositif Corporate Social Responsibility, ou CSR, régi par l’article 50L de l’Income Tax Act), la National Social Inclusion Foundation (NSIF) centralise l’argent prélevé par la Mauritius Revenue Authority (MRA). Sa charte lui intime l’ordre d’autonomiser les populations vulnérables et de financer les organisations non gouvernementales (ONG).

Les données cumulées entre juillet 2025 et avril 2026 affichent des disparités entre ce que reçoivent les ONG de la NSIF. Ceci est, entre autres, lié à leur taille et à leurs activités, entre autres. Durant cette période de dix mois, la fondation a capté un pactole de Rs 976 058 116 directement depuis les caisses de la MRA. Mais c’est une autre ligne comptable qui retient l’attention des analystes : les coûts administratifs et opérationnels internes de la NSIF ont englouti à eux seuls Rs 162 115 132,52. Près de 16,6 % des fonds collectés auprès du secteur privé s’évaporent ainsi dans la tuyauterie interne de la machine d’État avant même d’atteindre le moindre bénéficiaire sur le terrain.

Pour distribuer le solde — qui s’élève à Rs 1 058 808 995,50 (Rs 1,06 milliard), en comptant le rendement des réserves accumulées et la politique d’investissement de la fondation —, la NSIF applique un protocole d’évaluation qualifié de « rigoureux » en quatre étapes distinctes. Une sélection d’abord purement administrative (initial screening), suivie d’un examen technique basé sur des notions d’efficience et d’impact, validé successivement par un comité de projet interne, puis par le Conseil d’administration. C’est ce mécanisme d’entonnoir qui a abouti à la sélection de 240 structures d’accueil et ONG à travers l’île.

Le pavé dans la mare du ministre Subron face aux privilèges des conglomérats

Interpellé par le député travailliste Ehsan Juman, qui demandait si des organisations directement affiliées à de puissants conglomérats privés et hautement bénéficiaires avaient émargé aux fonds de la NSIF, le ministre de l’Intégration sociale a choisi la stratégie de la rupture.

Loin de défendre l’ancien système, le ministre Subron a jeté un pavé dans la mare en déclarant publiquement que le sujet faisait l’objet réflexions au sein même du Conseil d’administration de la fondation : « C’était la pratique ces dernières années, sous le gouvernement précédent et l’ancien Conseil d’administration », a-t-il tancé, qualifiant ce système de « pratique incorrecte ».

Le ministre a précisé : « Il n’y a personne avec des droits acquis sous la NSIF. Chaque projet doit être analysé et tranché uniquement selon ses propres mérites, et non au titre d’un droit prétendu. C’est ma position ferme. » En s’en prenant directement à l’utilisation détournée des fonds de la responsabilité sociale des entreprises par les grandes corporations pour leurs propres fondations satellites, l’exécutif sous-entend vouloir couper le cordon ombilical entre l’oligarchie économique et les subsides de l’État.

Le classement des 15 plus grosses dotations de l’État mauricien

L’examen de ce document parlementaire permet d’établir la hiérarchie financière absolue des acteurs du secteur social mauricien. Une poignée d’organisations historiques se partage la part du lion, captant des budgets se comptant en dizaines de millions de roupies.

Au sommet de la pyramide, les deux géants de l’encadrement social, SOS Children’s Villages et Caritas, concentrent à eux seuls plus de Rs 94 millions approuvées. L’analyse clinique des dotations montre également le coût d’entretien des structures d’hébergement permanent. Le traitement du handicap lourd, de la petite enfance abandonnée et des violences intrafamiliales concentre aussi de gros budgets. L’APEIM (Rs 28,12 millions) et l’Association des Handicapés de Malherbes (Rs 23,21 millions). La réhabilitation des addictions et des pathologies marginales reste quant à elle cantonnée au second plan, comme en témoignent les budgets de l’association PILS pour les malades du VIH (Rs 13,89 millions) ou du Centre de Solidarité (Rs 12,39 millions). La cause environnementale se fraye une place identique à celle des foyers pour enfants en détresse, la Mauritian Wildlife Foundation ayant obtenu un accord ferme pour une dotation de Rs 14 millions.

RangNom officiel de l’ONG / InstitutionMontant approuvé (Rs)Total décaissé par l’État (Rs)
1SOS Children’s Villages Mauritius47 153 31030 770 881
2Caritas Ile Maurice46 976 34046 976 340
3Fondation pour l’Enfance Terre de Paix37 962 78237 962 782
4Association de Parents d’enfants inadaptés de l’Ile Maurice (APEIM)28 125 38828 125 388
5Association des Handicapés de Malherbes (RCI)23 216 66523 216 665
6Centre d’Éducation et de Développement pour les Enfants Mauriciens (CEDEM) - RCI17 971 84117 971 841
7Foyer Père Laval17 468 82717 468 827
8Shelter for Women and Children in Distress Trust Fund17 079 47217 079 472
9Action Familiale14 534 75114 534 751
10Mauritian Wildlife Foundation14 000 00014 000 000
11Etoile du Berger14 000 00014 000 000
12Prévention Information et Lutte contre le Sida (PILS)13 892 98313 892 983
13Centre de Solidarité Pour Une Nouvelle Vie (CDS)12 396 06712 396 067
14Crèche du Cœur Immaculé de Marie12 395 23012 395 230
15Arya Sabha Mauritius (Gayasing Ashram)12 263 45012 263 450

Financement du programme FLE pour l’année financière 2025-2026 : Plus de Rs 81 millions accordées à sept ONG

Le programme Fortified Learning Environment (FLE), initiative majeure de la National Social Inclusion Foundation (NSIF) à Maurice, vise à offrir un soutien holistique – éducatif et psychosocial – aux enfants issus de familles vulnérables. Dans le cadre de l’exercice 2025-2026, la NSIF a alloué un total de Rs 81 103 438,79 à sept organisations non gouvernementales partenaires.

Voici le détail des montants approuvés et décaissés :

SNNom de l’ONGMontant approuvé (Rs)Montant décaissé (Rs)
1Terrain for Interactive Pedagogy through Arts (TIPA)5 595 861,245 595 861,24
2APEDED4 101 959,004 101 959,00
3Association des Malades et Handicapés de l’Est3 443 329,003 443 329,00
4Mouvement Forces-Vives Quartier E.D.C. de Rose Belle2 985 936,502 985 936,50
5Lovebridge Ltd26 833 373,1426 833 373,14
6AIHD (Konekte)18 497 842,5118 497 842,51
7Oasis de Paix19 645 137,4019 645 137,40
TOTAL81 103 438,7981 103 438,79

Montants alloués aux foyers et institutions caritatives pour l’exercice financier 2025-26

Au cours de l’exercice financier 2025-26, un total de Rs 126 280 557 a été déboursé en faveur de 21 institutions caritatives à Maurice. Ces allocations concernent principalement des foyers pour personnes âgées, des infirmeries, des ashrams et des centres d’accueil spécialisés.

Les deux institutions ayant reçu les montants les plus élevés sont le Krishnanand Seva Ashram (Rs 16 321 052) et le Foyer Trochetia (Rs 15 213 761). Les allocations les plus modestes ont été versées au Rosie le Meme Home (Rs 1 072 464) et au Dr Chiranji v Bhardwaj Ashram (Rs 2 062 995).

Ci-contre, le détail complet des déboursements au 30 avril 2026 :

Nom de l’institutionMontant total (Rs)
Belle Rose Home9 673 566,00
Cheshire home Pierrefonds2 640 788,00
Cheshire home Tamarin3 518 858,00
Currimjee Jeewanjee Inf (Male)1 456 773,00
Currimjee Jeewanjee Inf (Female)3 073 578,00
Rosie le Meme Home1 072 464,00
Foyer Marcel Catherine2 546 309,00
Shradanand Infirmary12 941 634,00
Krishnanand Seva Ashram16 321 052,00
Lady S. Jugnauth w.Home7 570 301,00
Mere Augustine Home8 380 576,00
Hospice St Jean De Dieu8 030 171,00
Pavillon ste marie2 151 712,00
St Hugh’s Anglican Home2 192 786,00
Meenatchee Home3 161 798,00
J Balgobeen Ashram7 640 347,00
Foyer Trochetia15 213 761,00
SMTF Babooram Ashram7 971 590,00
Dr Chiranji v Bhardwaj Ashram2 062 995,00
Maharanapratap R Care Home2 997 205,00
SMT LP Govindramen R.Home5 662 293,00
Total (Rs)126 280 557,00

Lindley Couronne, de Dis Moi : «On ne peut pas comparer des organisations aux missions différentes»

De son côté, Lindley  Couronne, président de l’ONG Dis Moi, observe cette polémique avec détachement, rappelant que ce débat refait surface de manière cyclique à chaque publication de comptes. Pour lui, la structure même du monde associatif a radicalement changé ces dernières années. « L’essence même du travail social a toujours été le bénévolat », concède le responsable associatif.

Cependant, sous l’impulsion des autorités qui ont poussé à une professionnalisation accrue du secteur à partir de 2016 et 2017, les ONG ont dû massivement recruter des compétences pointues pour répondre à la complexité des maux sociaux. Éducateurs spécialisés, psychologues, travailleurs sociaux, personnel administratif ou chauffeurs représentent désormais des charges salariales incontournables et lourdes pour les structures.

Dès lors, comparer des dotations financières brutes d’une ONG à une autre n’a, selon lui, aucun sens sur le plan analytique. « L’argent est réparti en fonction des services fournis. On ne peut pas comparer des organisations qui n’ont ni les mêmes missions ni les mêmes responsabilités », soutient le président de Dis Moi.

S’il dit comprendre le droit de regard légitime des citoyens, Lindley  Couronne estime que le curseur du débat public est mal placé. Selon lui, les vraies questions résident d’abord dans la baisse drastique des taux de financement de certains projets sociaux, passés de 75 % à 50 % dans le sillage des dernières orientations budgétaires de l’État. Ensuite, il pointe du doigt la part du gâteau captée par le secteur privé.

« Comment se fait-il que certaines fondations privées, qui disposent parfois de moyens financiers considérables, continuent de bénéficier de fonds de la NSIF ? Si nous devons avoir un débat, c’est sur cette question-là qu’il faut le faire », tranche-t-il, appelant à se concentrer sur les critères d’attribution plutôt que sur un simple palmarès des sommes perçues.

Patricia Yue, de Terre de Paix: «Offrir un service conforme aux normes exige des ressources»

Un constat partagé par la Fondation pour l’Enfance Terre de Paix, où la prise en charge des mineurs en situation de grande précarité est un combat de chaque instant. Patricia Yue, assistante directrice de l’organisation, invite elle aussi à ramener les chiffres à la réalité des prestations fournies.

Terre de Paix gère à ce jour sept structures distinctes, allant des crèches et garderies sociales aux centres de jour hautement spécialisés pour les enfants souffrant de handicaps lourds ou de troubles sévères du développement.

« Cela devrait, dans une certaine mesure, relever de la responsabilité de l’État, notamment lorsqu’il s’agit de l’accompagnement et du bien-être des enfants vulnérables. Mais nous avons choisi de nous engager parce que nous croyons avant tout en l’être humain », confie Patricia Yue.

Pour garantir un encadrement digne et sécurisé, la fondation doit assumer des coûts fixes importants : entretien d’infrastructures aux normes, salaires de professionnels qualifiés et investissements dans des équipements médicaux ou éducatifs spécialisés.

« Nous ne sommes pas dans une logique de comparaison avec les autres ONG. Chaque organisation répond à des besoins différents. Mais pour offrir un service adéquat, conforme aux normes et respectueux des critères imposés, il faut des ressources », maintient l’assistante directrice.

Patricia Yue conclut en rappelant que chaque roupie versée par la NSIF fait l’objet d’audits et d’évaluations de terrain régulières, réitérant que la seule métrique valable reste l’amélioration concrète des conditions de vie des bénéficiaires directs.

Caroline Fitz-Gibbon, de la NSIF : «C’est l’argent public, nous ne pouvons pas nous permettre de le gaspiller»

Pour Caroline Fitz-Gibbon, présidente de la NSIF, les critiques formulées à l’encontre de certaines enveloppes budgétaires découlent principalement d’une méconnaissance des réalités opérationnelles. Selon elle, chaque structure enregistrée remplit une mission d’intérêt public cruciale auprès des plus démunis, quand bien même leurs actions bénéficient d’une faible couverture médiatique.

« Être ignorant de la réalité du terrain ne suffit pas pour tirer des conclusions hâtives sur certaines ONG », prévient la présidente de la NSIF.

Elle rappelle que ces subventions soutiennent directement des programmes dont dépendent des milliers de citoyens au quotidien. Caroline Fitz-Gibbon insiste également sur la transparence de la gestion de ces deniers publics, balayant les soupçons de légèreté : « Il faut cesser cette stigmatisation, car il ne faut pas oublier qu’il s’agit de l’argent des contribuables et nous ne pouvons pas nous permettre de faire du gaspillage. »

Consciente du déficit de visibilité de certaines petites structures, elle indique toutefois que la NSIF planche actuellement sur des mécanismes d’accompagnement pour aider ces associations à mieux valoriser leurs actions et leur impact social auprès du grand public.

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