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National Master plan 2026-2030 : Rs 5 Md pour une nouvelle stratégie antidrogue à l’épreuve du terrain

Par Jean-Marie St Cyr
Publié le: 3 May 2026 à 16:01
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master plan
Le National Drug Control Master Plan 2026–2030 trace la feuille de route de Maurice dans sa lutte pour les cinq prochaines années.

La nouvelle stratégie nationale de lutte antidrogue 2026–2030, dotée de Rs 5 milliards, se veut ambitieuse. Mais les ONG, associées à son élaboration, conditionnent son succès à une coordination effective et à la prise en compte des déterminants sociaux.

Cinquante-cinq mille. C’est le nombre de Mauriciens estimés consommateurs de drogues sur une île qui en compte 1,3 million. Un ratio que le gouvernement cite lui-même, en ouverture d’un plan qu’il présente comme le cadre le plus structuré jamais adopté en la matière. Parmi ces consommateurs, 6 600 sont usagers par injection. Cannabis, héroïne et drogues synthétiques figurent parmi les substances les plus répandues. Une réalité que les autorités attribuent en partie à la position géographique de l’île, dont l’infrastructure portuaire et aéroportuaire développée en fait une cible privilégiée des réseaux de trafic régionaux.

C’est sur ce constat que s’appuie le National Drug Control Master Plan (NDCMP) 2026–2030, présenté ce jeudi. Élaboré avec l’appui technique de l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC) et de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), il fixe le cadre de la politique nationale antidrogue pour les cinq prochaines années, avec un budget indicatif total de Rs 5 milliards. Sa vision, telle qu’elle est formulée dans le texte, place « la dignité humaine, les droits fondamentaux et l’inclusion » au cœur de la réponse nationale. Un positionnement qui tranche avec une approche exclusivement répressive.

Les quatre axes du plan

Le plan s’organise autour de quatre axes interdépendants, conçus pour couvrir l’ensemble du spectre du problème, de l’approvisionnement en substances à la réinsertion des personnes dépendantes. Le premier porte sur la réduction de l’offre. Face aux réseaux de trafic qui font de l’île une place de transit, le plan prévoit un renforcement de la coopération régionale et internationale, une amélioration des capacités de détection aux frontières et un meilleur partage du renseignement entre agences. La lutte contre le blanchiment des profits du trafic, confiée notamment à la Financial Intelligence Unit (FIU), y occupe une place centrale, de même qu’un mécanisme d’alerte précoce pour les nouvelles substances psychoactives, dont la prolifération constitue un défi croissant.

La réduction de la demande constitue le deuxième axe. Un Programme national de prévention, financé par la National Social Inclusion Foundation (NSIF), est prévu dans les milieux scolaire, universitaire, professionnel et communautaire. Le plan insiste sur la professionnalisation des acteurs de terrain et la standardisation de leurs formations. Une manière de s’assurer, selon ses rédacteurs, que les interventions reposent sur des pratiques éprouvées plutôt que sur des initiatives dispersées. Les populations identifiées comme particulièrement vulnérables – femmes, jeunes déscolarisés, personnes en situation de handicap – font l’objet de mentions spécifiques.

Le troisième pilier, consacré à la santé et au bien-être, s’inscrit dans une histoire plus longue. Maurice avait été, dès 2006, l’un des premiers pays d’Afrique subsaharienne à adopter des stratégies de réduction des risques, avec la thérapie de substitution à la méthadone et les programmes d’échange de seringues. Le plan entend prolonger et étendre ces acquis en construisant un continuum de soins allant de la réduction des risques à la réinsertion sociale, en passant par le traitement et la réhabilitation. L’accès à la naloxone dans les établissements pénitentiaires est prévu, ainsi qu’une révision de la législation destinée à faciliter l’employabilité des anciens détenus, un obstacle à la réinsertion que le texte reconnaît explicitement.

Le quatrième axe, enfin, est entièrement consacré à la coordination. Des comités thématiques seront créés sous chaque pilier, et une plateforme de communication centralisée réunira l’ensemble des acteurs. La NADC produira des rapports périodiques présentés à la commission. Une évaluation à mi-parcours permettra de réorienter les priorités, et une évaluation finale, conduite avec l’appui de l’ONUDC en 2030, mesurera l’impact global de la stratégie selon deux axes : la santé publique – réduction des overdoses, des hospitalisations et des maladies liées à la drogue – et la sécurité publique – réduction des infractions liées aux stupéfiants et du nombre de personnes incarcérées pour des délits liés à la drogue.

« Chacun travaillait en silo »

Les ONG actives dans ce secteur ont été associées à l’élaboration du plan, et leur accueil est globalement positif, assorti, dans la plupart des cas, de conditions explicites. Danny Philippe, chargé de prévention et de plaidoyer à l’ONG Drip, se dit satisfait du processus consultatif. 

Sur le fond, il identifie dans le plan précédent, couvrant la période 2019–2023, la principale leçon à retenir. « Ce qui n’a pas fonctionné dans l’ancien plan, c’est que chacun travaillait en silo », dit-il. Il résume l’impératif du nouveau cadre : « Fode ki nou tou travay ansam parski kan tou dimounn travay ansam, nou kapav gagn enn rezilta. » 

Danny Philippe insiste, par ailleurs, sur deux angles qu’il juge insuffisamment traités dans le plan 2026-2030 : la petite enfance, d’abord, sur laquelle son organisation a conduit de nombreux plaidoyers. « Si on prend le problème depuis l’enfance, nous sommes d’avis qu’il y a plus de chance de réussite, comme le disent les programmes basés sur les évidences qui ont été faits dans divers pays », dit-il. 

La pauvreté, ensuite, qu’il décrit comme un déterminant structurel du problème. « Si une personne vit dans de bonnes conditions, qu’elle n’est pas victime de discrimination que ce soit à l’école ou au travail, nous avons réglé une bonne partie du problème. »

Il pointe également l’échec scolaire comme vecteur de vulnérabilité. « Ceux qui connaissent l’échec scolaire se retrouvent parmi les vulnérables de la société. Si ce problème n’est pas réglé, la problématique de la drogue va toujours exister », avertit-il.

Concernant le budget, Danny Philippe pose une condition claire : que les Rs 5 milliards allouées sur cinq ans soient dirigés vers les organisations travaillant effectivement sur le terrain. Il est explicite sur ce que le plan peut réalistement accomplir. « Éradiquer le problème relève de l’utopie. » L’objectif, selon lui, est de réduire l’impact de la drogue sur la société.

Ragini Runghen, directrice de l’ONG Lacaz A à Cassis, partage cette vigilance. « Nous savons que la réponse va au-delà d’un simple plan. » Elle se dit satisfaite que la réhabilitation et la réinsertion sociale, deux axes centraux du travail de son organisation, figurent dans le nouveau cadre, mais plaide pour que les ONG disposent des ressources adéquates et que les programmes existants, notamment la substitution à la méthadone, soient « mieux structurés et renforcés » plutôt que simplement reconduits. « En remettant debout celui qui est tombé, c’est aussi sa famille qui se relève avec lui, ainsi que ses enfants », dit-elle.

Sur le plan financier, les dépenses prévues progressent de Rs 946 millions en 2024–2025 à près de Rs 1,7 milliard en 2027–2028. L’essentiel sera assuré par le gouvernement via ses allocations annuelles aux différents ministères. La NSIF apportera un soutien aux programmes de prévention et de réhabilitation destinés notamment aux ONG. Le secteur privé est mentionné comme contributeur potentiel, sans que des engagements chiffrés soient précisés dans le document.

Le rôle de la NADC

La National Agency for Drug Control (NADC) est la pièce centrale du dispositif institutionnel. Elle est placée sous la supervision de la National Drug Control Commission (NDCC), dont la présidence revient au Premier ministre, et s’articule autour de six divisions opérationnelles : politique et stratégie, prévention et sensibilisation, coordination de la réduction de l’offre, traitement et réhabilitation, prévention du VIH/Sida, et gouvernance. Sous chaque division, des sous-comités techniques associent les ministères de tutelle, les agences spécialisées et les organisations non gouvernementales.

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