Mise à jour: 25 janvier 2026 à 15:00

Narainsamy Ramen : « La survie des oiseaux raconte l’impact humain »

Par Le Dimanche /L' Hebdo
Image
ramen
L’ornithologue Narainsamy Ramen lors d’une expédition au Sri Lanka.

Ancien photographe VIP et aérien au sein de la Royal Air Force, l’ornithologue Narainsamy Ramen immortalise des oiseaux de l’océan Indien dans leurs habitats naturels. Son œuvre « Birds of the Indian Ocean » unit art et plaidoyer, faisant de lui une voix engagée pour la conservation et la beauté fragile de nos océans.

Narainsamy Ramen, « Birds of the Indian Ocean », c’est quoi au juste ? 
« Birds of the Indian Ocean » est une œuvre monumentale en deux volumes (520 pages pour le premier, 548 pour le second), bilingue anglais-français, publiée en décembre 2021. L’ouvrage recense plus de 1  000 espèces observées sur 1  500 îles appartenant à 12 nations de l’océan Indien. Chaque photographie est le fruit de mes expéditions à travers 23 îles de la région, à l’exception de quelques clichés réalisés par des collègues, toujours dûment crédités.

Quelle est la couverture géographique de l’ouvrage ? 
Elle s’étend de Madagascar aux Comores, des Mascareignes (Maurice, La Réunion, Rodrigues) aux Seychelles, en passant par les Îles Éparses, Pemba, Socotra, Sri Lanka, l’archipel des Chagos, les Maldives, Lakshadweep, Christmas Island, les Cocos (Keeling) et les îles Andaman & Nicobar.

Quels ont été les principaux défis rencontrés pour cette expédition ? 
Certaines étapes ont été particulièrement ardues comme Madagascar, bien plus vaste et complexe que prévu, ou encore nos îlots mauriciens tels que Round Island, l’Île Gabriel ou l’Île aux Aigrettes où les oiseaux ont été introduits principalement dans le cadre de visites encadrées.

Que comprend le livre ?
Cet ouvrage rassemble le récit complet de mes voyages et observations, accompagné de photographies d’espèces endémiques, rares, migratrices et disparues. Il présente également des sous-espèces avec un accent particulier sur la conservation, la géographie et l’histoire de chaque île. 

On y trouve des cartes de distribution, des détails sur la reproduction, des classifications selon la Liste Rouge de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) ainsi que des légendes précises sur l’habitat, les chants, la répartition, les besoins de conservation et les menaces.

Les forêts ont perdu un milliard d’oiseaux, et les espèces des prairies ont décliné de 53 %»

En écrivant cet ouvrage, quel était votre objectif ? 
Mon objectif était avant tout d’éduquer en particulier les enfants, car je crois que l’éducation est la clé pour sauver notre environnement et notre faune. Ce livre se veut à la fois une référence scientifique et une source d’inspiration pour agir en faveur de la conservation.

D’où vient votre nom « Birdman of Mauritius » ? 
Birdman of Mauritius est mon nom professionnel et le titre de mon site web. Il reflète mon engagement pour la documentation et le plaidoyer en faveur de la conservation des oiseaux à Maurice et dans l’océan Indien. Mon travail associe photographie et recherche avec une attention particulière à l’avifaune dans ses habitats naturels, ainsi qu’à l’écriture à travers des ouvrages tels que « Birds of the Mascarenes » (deux éditions), « Birds of the Indian Ocean » et « Birds of Seychelles ». J’ai également mis en lumière des espèces emblématiques comme la crécerelle de Maurice, notre oiseau national, et le pigeon rose, parmi tant d’autres.

Qu’est-ce qui vous a inspiré à consacrer plusieurs années à photographier les oiseaux de l’océan Indien dans leur habitat naturel ? 
Les oiseaux sont le reflet de la santé écologique. Leur survie raconte l’histoire des habitats, du climat et de l’impact humain. De la perruche écho au discret pigeon rose, chaque espèce incarne adaptation, résilience et beauté. Je voulais capturer ces histoires par la photographie pour inspirer la conservation et sensibiliser sur ce que nous risquons de perdre si nous n’agissons pas maintenant.

Comment avez-vous sélectionné les îles et archipels à visiter pour ce projet monumental ? 
Les îles ont été choisies pour leur importance écologique et évolutive, leur biodiversité et leur potentiel de conservation. Les critères incluaient la beauté naturelle, l’histoire culturelle et l’accessibilité pour la recherche. Chaque île offre des habitats uniques, permettant de documenter à la fois des espèces endémiques et des migrateurs.

Les oiseaux sont le reflet de la santé écologique»

Maurice est entouré par la mer. Quels oiseaux observe-t-on près de nos côtes ?
Parmi les espèces indigènes, on retrouve le cardinal rouge, le paille-en-queue à brins blancs, le capucin à poitrine écailleuse, le martin triste, le paille-en-queue à brins rouges, la sterne bridée, le puffin de Sargasse, la tourterelle tigrine et le puffin à queue cunéiforme, entre autres, comme les visiteurs fréquents.

Quand peut-on les voir ? 
De nombreux oiseaux migrent saisonnièrement pour trouver nourriture ou sites de reproduction. On observe ainsi les sternes arctiques, les oies canadiennes, diverses fauvettes, gobe-mouches et limicoles. La migration est motivée par la disponibilité saisonnière de nourriture, la reproduction et le climat.

Quelles sont leurs caractéristiques distinctives ? 
Chaque espèce se distingue par son plumage, son chant, sa taille, ses habitudes alimentaires et son comportement. Par exemple, la crécerelle de Maurice est un petit rapace doté d’une vue perçante et d’un vol agile. Le pigeon rose, lui, est adapté aux forêts denses, et incarne une résilience remarquable.

Quels oiseaux ont disparu et lesquels sont encore présents ? 
L’oiseau disparu le plus célèbre est bien sûr le Dodo, éteint au XVIIe siècle. D’autres espèces disparues incluent l’oie bouclier de Maurice, le bihoreau de Maurice et le perroquet gris de Maurice. Beaucoup d’autres subsistent, mais restent menacées par la perte d’habitat, le changement climatique et l’activité humaine. Les forêts ont perdu un milliard d’oiseaux, et les espèces des prairies ont décliné de 53 %.

Qui sont les nouveaux arrivants ? 
Parmi les espèces introduites figurent le martin triste, le bulbul et le moineau. Les espèces rares incluent la crécerelle de Maurice et le pigeon rose, dont l’observation demande patience et connaissance de leurs habitats.

L’éducation est la clé pour sauver notre environnement et notre faune»

Quel oiseau endémique vous a le plus impressionné par son comportement ? 
La crécerelle de Maurice et le pigeon rose sont particulièrement remarquables. Le rétablissement de la crécerelle après une quasi-extinction est inspirant, et le comportement du pigeon rose illustre la résilience des espèces forestières endémiques. Mais, mon préféré reste le gobe-mouche (Terpsiphone bourbonnensis) dont la sous-espèce spécifique à Maurice (Terpsiphone bourbonnensis desolata) est endémique à l’île.

Quelles difficultés avez-vous rencontrées pour capturer les espèces souvent discrètes ou migratrices ? 
J’ai dû affronter des terrains difficiles, des conditions météorologiques imprévisibles et des comportements insaisissables. Les oiseaux sont extrêmement sensibles à la présence humaine, ce qui exige patience et observation attentive. Parfois, il fallait plusieurs jours pour obtenir une seule image d’une espèce rare ou migratrice. À cela s’ajoutaient des risques personnels dans des lieux isolés, la crainte de perdre un matériel valant plusieurs millions de roupies ou encore des pannes d’équipement qui m’obligeaient à retourner au Royaume-Uni pour réparation, entraînant des coûts considérables. 
La production de ce livre a nécessité toutes mes économies et le soutien de mes enfants. Rien n’était planifié et seules la persévérance et la foi m’ont permis d’aller jusqu’au bout.

Comment la diversité des paysages, des baobabs de Socotra aux forêts tropicales du Sri Lanka, influence-t-elle l’avifaune ? 
Chaque paysage façonne un habitat unique. Forêts, baobabs, mangroves ou îles coralliennes abritent des communautés distinctes, favorisant l’endémisme et l’adaptation évolutive des espèces.

En quoi votre livre « Birds of the Indian Ocean » diffère-t-il des travaux précédents sur l’avifaune de l’océan Indien ? 
C’est le premier ouvrage à illustrer photographiquement toutes les espèces endémiques reconnues aux côtés des oiseaux d’eau, marins, de rivage, rapaces, migrateurs, exotiques et disparus à l’échelle de toute la région de l’océan Indien. Il propose un texte bilingue, des cartes, des notes de conservation et des légendes détaillées.

Quel rôle Adrian Skerrett de l’Island Conservation Society a-t-il joué dans la création de ce guide en deux volumes ?
Adrian Skerrett a apporté son expertise en identification des espèces, en distribution et en conservation, garantissant la rigueur scientifique de l’ouvrage.

Avez-vous observé des impacts du changement climatique ou de l’activité humaine sur les espèces photographiées ? 
Oui. La perte d’habitat, les espèces invasives et le changement climatique affectent fortement les populations. On observe des décalages saisonniers, une raréfaction des ressources alimentaires et des modifications des schémas de reproduction. Les efforts de conservation apportent des résultats, mais ils doivent être poursuivis et renforcés.

Quel message transmettez-vous à travers ces 1 000 photographies de beauté sauvage ? 
Elles révèlent la splendeur, la vulnérabilité et la résilience des oiseaux. C’est un appel à protéger les habitats, à respecter la nature et à garantir que les générations futures puissent encore admirer cette diversité.

Un mot de la fin ? 
Je crois profondément à l’importance de l’éducation et de la reconnexion avec la nature pour favoriser le bien-être et encourager des comportements pro-environnementaux. Les oiseaux, en tant que messagers de leurs écosystèmes, nous aident à comprendre notre impact sur la biodiversité. Mon travail, qui s’étend de Madagascar aux Comores, aux Seychelles, à Christmas Island, aux Andamans et au-delà, vise à partager des histoires d’évolution, d’adaptation et de survie. Mon objectif reste de rapprocher enfants et adultes de la nature à travers des photographies, des expositions et la diffusion d’images dans les lieux publics et les espaces de travail.

Publicité
À LA UNE
hebdo-3498