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Naraindeo Neemaye tué dans un accident : le dernier anniversaire de Mélane avec son père

Par Le Dimanche /L' Hebdo
Publié le: 28 June 2026 à 11:30
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naraindeo
La famille s’interroge sur l’état de cette portion de route de l’Embrasure, au Morne, où s’est produit l’accident mortel. Jardinier, barman et parfois gardien, Naraindeo Neemaye vivait avant tout pour les siens.

Chaque année, Naraindeo, son épouse et leur fille célébraient ensemble leurs anniversaires. Un mois après cette dernière fête familiale, le père de famille de Tamarin a perdu la vie dans un accident de moto au Morne.

Chaque année, à la fin du mois de mai, la petite maison de la cité EDC à Tamarin vibrait d’un bonheur condensé. Naraindeo était né le 22. Sa fille, Melane, le 23. Son épouse, le 26. Trois vies alignées sur le calendrier, trois souffles résumés en une seule et unique bougie que l’on soufflait ensemble, dans un même éclat de rire.

« C’était notre rituel, notre bonheur partagé », confie Mélane, 19 ans, la voix brisée. « Plus jamais nous ne fêterons nos anniversaires de la même manière... Cette année aura été la toute dernière. »

Le lundi 22 juin, aux premières lueurs du jour, ce métronome familial s’est arrêté net sur l’asphalte de l’Embrasure, au Morne. Naraindeo Neemaye avait 47 ans. Il n’était pas simplement un chiffre de plus sur la liste noire des routes mauriciennes. Il était le battement de cœur de sa maison.

Pour que sa famille garde la tête haute, Naraindeo avait fait de sa vie un marathon contre la montre. Trois emplois, empilés les uns sur les autres, jusqu’à l’épuisement. Le matin, il courbait le dos dans les jardins de Tamarin, les mains dans la terre qu’il aimait tant. Le soir, il revêtait l’habit de barman. Parfois, la nuit, il veillait sur celle des autres comme gardien.

« Des fois, il ne dormait même pas à la maison, tellement il bossait », glisse Mélane. Mais de ce sacrifice, le père ne faisait jamais un fardeau. De ses journées invisibles, il ne rapportait chez lui que sa jovialité et ses passions simples : un coin de cour où poussaient ses oignons et son thym, et une fierté farouche, celle de n’avoir jamais un sou de dette.

Chez les Neemaye, on ignorait le luxe, mais on ne connaissait pas la faim. « Jamais on n’a manqué de rien, jamais on n’a dormi le ventre vide. Quand je cherchais un coffret de parfum qui coûtait cher, il m’a dit d’aller le prendre. Tout ce que je lui demandais, mon papa me le donnait. » Un père bouclier, qui économisait chaque roupie pour que ses enfants, Mélane et son petit frère de 13 ans, puissent continuer à rêver grand.

Récemment, la maison flottait encore dans les effluves de fête. On venait de célébrer les 22 ans de mariage des parents. Naraindeo débordait de projets. Il parlait d’acheter une maison, de bâtir du solide, de préparer les fiançailles de Mélane et de son compagnon, Emmanuel.

Puis est venue cette route de l’Embrasure, sinueuse, et ce bitume plongé dans le noir que les habitants connaissent trop bien. « Dans ce chemin, il n’y a pas de lumière », lâche la jeune femme, chez qui la douleur se teinte d’une sourde injustice. « Papa a dû passer dans un trou, sa moto a dérapé à cause de cela. »

Il est un peu plus de cinq heures et demie du matin. Naraindeo est au sol, vivant mais brisé, à côté de son casque noir. Le premier bus passe. Naraindeo trouve la force d’appeler à l’aide. Le receveur court au poste de police. Mais le temps s’est cruellement étiré. Il succombera à ses blessures peu après. « Si seulement la jambe de papa avait été simplement cassée, il serait encore avec nous aujourd’hui », souffle sa fille, hantée par ces minutes où tout s’est joué.

Aujourd’hui, dans la cité EDC, le silence est devenu lourd. Le projet de maison neuve s’est figé, les fiançailles ont un goût de cendre. Mais au-delà de l’avenir incertain, c’est le quotidien le plus intime qui vacille. Chaque matin d’anniversaire, la maison obéissait à une chorégraphie immuable. C’était Naraindeo qui s’éveillait le premier, le pas léger malgré la fatigue de la veille. « Papa venait nous réveiller, chacun notre tour », murmure Mélane dans un dernier adieu. « Il me levait, puis on allait lever maman... Ce rituel s’est éteint avec lui. »

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