Publicité

Narain Ramdeekul, centenaire à Quartier-Militaire : une santé de fer grâce à une alimentation saine et un travail assidu

Par Pradeep Daby
Publié le: 15 June 2026 à 15:21
Image
narain
Narain Ramdeekul (assis à droite), avec une partie de sa famille. Deux fois par semaine, Narain Ramdeekul balaie devant sa porte.

Maurice peut se flatter de compter régulièrement des centenaires au sein de sa population. Durant la semaine écoulée, deux d’entre eux ont franchi le cap des cents ans : Narain Ramdeekul, de Quartier-Militaire, et Moigandeeamal Iyemparooma, de Rose-Hill.

À Quartier-Militaire, le jeudi 21 mai, à deux jours de son anniversaire, Narain Ramdeekul passait encore le balai devant chez lui. Certes, à première vue, on ne peut s’empêcher de craindre pour sa sécurité dans cette petite rue. « Mais, les conducteurs font attention, ils roulent lentement », assure sa belle-fille Neermala. Deux fois par semaine, son beau-père se consacre à ce rituel et, lorsqu’on le perd de vue dans la même rue, on sait qu’il est en train de faire la conversation avec ses amis sous le kiosque, à cinq minutes de marche du domicile familial. « Il ne peut pas rester cinq minutes sans rien faire, il aime marcher, parler… », poursuit Neermala. Pourtant, rien n’a été donné sur un plateau à Narain Ramdeekul…

Le deuxième d’une\ fratrie de six garçons, il naît au sein d’un couple de laboureurs employés à la sucrerie de Bonne-Veine. Il a 9 ans lorsqu’il perd son père et, par manque de moyens, sa mère n’a d’autre choix que de le retirer de l’école Révérend Edward Walter alors qu’il est en troisième. Aussi est-il lui aussi contraint de se retrousser les manches pour aider sa mère : entre livrer du pain chez les cadres de la sucrerie et casser la pierre pour les travaux de rue, le jeune Narain contribue à sa manière au budget familial afin que les autres frères puissent poursuivre leurs études primaires. À 21 ans, employé en sous-traitance pour le gouvernement, il peut ainsi convoler avec Giantee, une jeune femme issue de la famille Goomany, de Highlands. Celle-ci restera à ses côtés, dans une vie faite de hauts et de bas, jusqu’à son décès en 2018 à l’âge de 86 ans.

Avec l’âge, si Narain Ramdeekul a quasiment perdu le sens de l’ouïe, il refuse obstinément de porter un appareil auditif que le médecin lui a prescrit il y a deux mois. « Ça le gêne », explique en souriant Neetin, son petit-fils et fils de Neermala. Ce sont eux qui, ce jeudi, tentent d’expliciter et de préciser la pensée de l’aïeul et les quelques bouts de phrases dont se rappelle encore ce dernier du temps passé dans sa localité. « Lontan, se souvient encore ce dernier, kan ti ena lapli, dilo rant dan lakaz. Mo ti al get per Mamet ki ti fer enn demars pou gete kouma pu kapav aret sa. »

Comme de nombreux travailleurs partageant la vie au service des sucreries, le couple Ramdeekul s’est saigné aux quatre veines afin d’agrandir leur bout de terrain reçu en héritage et leur petite maison « Longtill ». « Mo finn fer boukou ‘overtime’ ek mem apre mo retret, mo finn al travay gardien, nou finn swayn vas, aste ek revann vas ek al vann dile. Boukou sakrifis nounn fer », confie Narain Ramdeekul. Comme son fils, Neermala se réjouit du bon caractère de ce dernier. « Tou dimounn kontan li, an plis limem premie santener dan fami. Se enn veritab benediksion », fait-elle observer.

Un p’tit verre de whisky

Bon vivant, Narain Ramdeekul ne se refuse jamais un « p’tit verre de whisky » durant les grandes fêtes. Durant celle du début de janvier 2026, il s’est même offert quelques déhanchements sur des airs de séga. Pour ses repas, il s’accommode de presque tout. Et en dehors de son rituel qui consiste à balayer devant chez lui, il met un point d’honneur à garder propre sa chambre, ici même où il reste presque scotché à la télé jusqu’à tard dans la nuit. « Il aime bien les infos en hindi et les programmes en bhojpuri », précise Neetin. Chaque jeudi, il part seul assister aux prières et causeries au « baitka » de la localité, comme au bon vieux temps. 

Son obsession, confie sa belle-fille, c’est l’enlèvement des crottes de leur chien dans la cour. « Là, il va nous faire un petit discours, explique-t-elle. Il nous reproche de nourrir le chien avec seulement du pain sec, lui, il prépare les repas de l’animal avec des sardines qu’il mélange avec du riz à la main. Ça nous amuse plus qu’il ne nous agace. »

À quoi tient une telle longévité, mais aussi un caractère si exemplaire en matière de bienveillance à un moment où, chaque jour qui passe, l’actualité est défrayée par des nouvelles qui ne rassurent personne ? « C’est une alimentation saine, la persévérance au travail, l’obligation d’atteindre ses objectifs pour la famille, ses trois enfants, les petits-enfants et ceux qui allaient suivre », explique Neetin, père du petit Vihaan, 10 ans, le benjamin de la famille.

Quelle est votre réaction ?
0
0
Publicité