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Murughen Sadien, océanographe physique : «L’énergie marémotrice doit être planifiée avec précaution»

Par Jenna Ramoo
Publié le: 15 février 2026 à 16:00
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Murughen Sadien, en tant qu’océanographe physique, expliquez-nous pourquoi on parle de marées hautes et basses.
La marée haute correspond au niveau le plus élevé atteint par l’eau sur la plage et la marée basse au niveau le plus bas. L’eau ne disparaît jamais mais elle se déplace simplement sous l’effet de la gravité de la Lune et du Soleil. Les termes « haute » et « basse » décrivent la position de l’eau, pas sa quantité.

La Lune est-elle le « chef d’orchestre » des océans ? 
Oui. Sa gravité attire l’eau et crée les marées, donnant un rythme régulier aux océans. Le Soleil joue aussi un rôle, mais la Lune domine par sa proximité. Elle coordonne le mouvement des eaux, le brassage des nutriments et la vie des écosystèmes côtiers.

Peut-on parler de « souffle océanique » ?
Les marées ressemblent à une respiration car l’océan « gonfle » à marée haute et « se retire » à marée basse. Ce va-et-vient renouvelle l’eau, apporte oxygène et nutriments, façonne le littoral et protège les plages de l’érosion. C’est un souffle vital pour la planète.

Quelles conséquences sur la vie marine ? 
Les marées nourrissent et oxygènent les écosystèmes côtiers, créent des habitats comme les mangroves et herbiers et rythment la reproduction de nombreuses espèces. Elles participent aussi à la formation et à la protection des plages et lagons.

Ont-elles un impact sur le climat ? 
Leur effet direct sur le climat global est limité. Mais localement, elles influencent la température et la salinité, soutiennent des écosystèmes qui stockent du carbone, et contribuent indirectement à la régulation du climat côtier.

Comment le changement climatique modifie-t-il les marées ? 
Il n’altère pas leur rythme mais amplifie leurs effets. La montée du niveau de la mer rend les marées hautes plus fortes et plus fréquentes, accentuant les inondations et l’érosion. La disparition des protections naturelles fragilise encore les côtes.

La montée des eaux accentue-t-elle les risques ?
Oui. Les marées hautes atteignent désormais des zones autrefois épargnées, provoquant des inondations et une érosion plus fréquentes. Les plages, lagunes et infrastructures côtières sont particulièrement vulnérables.

Le réchauffement des océans change-t-il l’interaction avec les courants ?
Il modifie la densité et la circulation de l’eau. Les marées se déplacent dans un océan transformé, ce qui peut renforcer ou ralentir certains courants et affecter le mélange des couches d’eau, avec des conséquences sur l’oxygène et les nutriments.

Quels impacts sur les écosystèmes dépendants des marées ? 
Mangroves, marais salants et zones de reproduction sont fragilisés. Immergés plus longtemps, ils perdent leur équilibre et leur capacité à protéger les côtes. La biodiversité diminue, menaçant la pêche, la protection du littoral et l’équilibre climatique.

L’énergie marémotrice peut-elle être une solution durable ? 
Oui, car elle utilise le va-et-vient naturel de la mer pour produire de l’électricité. C’est une énergie propre, renouvelable et prévisible qui pourrait réduire la dépendance aux énergies fossiles et aider à lutter contre le changement climatique. À Maurice, son potentiel existe, mais il reste limité par l’amplitude relativement faible des marées.

Quels défis pour Maurice ?
Il faudra protéger les écosystèmes fragiles tels que les mangroves, les récifs et les herbiers marins. Ensuite, il faudra gérer l’amplitude réduite des marées (environ 1,4 m). Puis, limiter les effets sur la salinité, la température et l’évaporation dans le lagon. De plus, il faudra éviter l’accélération de l’érosion côtière. En résumé, l’énergie marémotrice est prometteuse, mais doit être planifiée avec précaution.

Les marées ont-elles inspiré des légendes ? 
Oui. Les pêcheurs anciens racontaient que la mer « écoute la Lune » et qu’il fallait respecter son rythme pour avoir de la chance et être en sécurité. Ils disaient aussi qu’à marée basse, des esprits marins ou des sirènes protégeaient les récifs. Ou encore, que la mer récompensait les respectueux par de belles prises mais punissait les imprudents par des vagues soudaines. Les marées étaient vues comme un souffle vivant, guidant la vie des hommes et des animaux.

Influencent-elles notre humeur ? 
(Rires) Scientifiquement, non. La gravité lunaire n’a pas d’effet sur nos liquides corporels. Mais culturellement, beaucoup associent la Lune au sommeil ou à l’humeur. Certaines études montrent que la pleine lune peut légèrement perturber le sommeil, surtout à cause de sa lumière. Les croyances populaires comme « la pleine lune rend fou », relèvent surtout du mythe.

Pour conclure, comment expliqueriez-vous les marées à un enfant ? 
Imagine une grande baignoire. La Lune est un aimant magique qui tire doucement sur l’eau. Donc, quand elle tire fort, l’eau monte (marée haute) et quand elle tire moins, l’eau descend (marée basse). Comme la Terre tourne, chaque plage voit l’eau monter et descendre plusieurs fois par jour. C’est comme si la mer respirait, encore et encore.

Bio Express

Murughen Sadien est océanographe physique, spécialiste de la dynamique océanique et des interactions océan–atmosphère. Ingénieur en instrumentation spatiale (ISAE) et titulaire d’un Master en océanographie (Université Toulouse III), il prépare un doctorat sur la modélisation des aléas côtiers à Maurice en partenariat avec l’Ocean Lab de l’Université des Mascareignes et l’Université de Maurice. Ses recherches visent à mieux anticiper tsunamis, marées et surcotes, afin de renforcer la résilience des communautés côtières.

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