Moyen-Orient : Maurice appelle à un cessez-le-feu et à des solutions pacifiques
Par
Sharone Samy
Par
Sharone Samy
Maurice se positionne face à une escalade internationale et ses enjeux stratégiques et économiques. Convoqué en urgence, le comité interministériel alerte sur les risques liés à Diego Garcia, les tensions au Moyen-Orient et le retard dans l’accord sur les Chagos. L’impact potentiel sur l’approvisionnement et le coût de la vie est aussi préoccupant.
Réuni en urgence ce mardi 3 mars au Prime Minister’s Office, le comité interministériel sur l’archipel des Chagos a clairement positionné Maurice face à l’escalade militaire au Moyen-Orient. Présidé par le Premier ministre et composé du Deputy Prime Minister, de l’Attorney General et du ministre des Affaires étrangères, le comité a examiné simultanément deux dossiers sensibles : la crise régionale et le retard persistant dans l’entrée en vigueur du traité signé le 22 mai 2025.
Le ton adopté est révélateur. Le comité a pris note des avis de juristes internationaux selon lesquels les frappes américaines et israéliennes contre l’Iran, tout comme les représailles iraniennes contre des États non initialement impliqués, ne reposeraient pas sur un fondement clair en droit international. En filigrane, c’est toute la question de la légalité des opérations militaires et de l’usage des bases stratégiques qui est posée.
Maurice a ainsi appelé à un cessez-le-feu immédiat et au recours à des moyens pacifiques pour résoudre les différends. Une position diplomatique forte dans un climat où les équilibres régionaux se fragilisent rapidement. Le comité a également exprimé son inquiétude face au retard dans l’application de l’accord sur les Chagos, malgré la volonté affichée d’une mise en œuvre rapide.
À cela s’ajoute la présence d’individus non autorisés sur une île de l’archipel, une situation jugée contraire à l’esprit d’un processus ordonné de réinstallation. En toile de fond, c’est la souveraineté mauricienne, la stabilité régionale et la crédibilité diplomatique du pays qui se jouent désormais dans un contexte international sous haute tension.
L’utilisation potentielle de la base de Diego Garcia intervient dans une séquence diplomatique déjà sensible, marquée par les discussions autour du « deal » sur les Chagos. Or, l’escalade au Moyen-Orient modifie la donne. Pour l’avocat en droit constitutionnel et observateur politique Parvez Dookhy, la réalité stratégique prend aujourd’hui le pas sur les considérations juridiques. « Théoriquement, les Chagos appartiennent à Maurice. Mais dans un contexte de crise internationale, la question de savoir qui a la main devient secondaire face aux impératifs militaires des grandes puissances », fait-il ressortir.
Selon lui, si Diego Garcia devait être davantage sollicité, cela s’expliquerait par une reconfiguration du dispositif américain dans la région. « Certaines installations stratégiques ont été ciblées au Moyen-Orient. Les États-Unis réévaluent leur mode opératoire. Diego Garcia constitue un point d’appui majeur dans l’océan Indien », observe-t-il. L’éventualité de représailles indirectes n’est pas totalement écartée, même si elle demeure hypothétique. « Y’aura-t-il des représailles envers Diego Garcia ? Oui et non. Tout dépendra des pourparlers diplomatiques et de l’évolution de la situation », indique-t-il. Au-delà de la dimension militaire, les inquiétudes portent également sur les conséquences économiques d’un conflit prolongé.
Pour l’avocat engagé Dev Ramano, Maurice ne pourra pas rester à l’abri d’une instabilité régionale majeure. « Même si les autorités affirment que nos réserves sont stables, une escalade aura des répercussions sur les chaînes d’approvisionnement », estime-t-il.
L’économie mauricienne demeure fortement dépendante des importations, qu’il s’agisse de carburant, de denrées alimentaires ou de biens manufacturés. « Les commodités seront touchées de plein fouet. Le fret maritime pourrait connaître des hausses importantes. Les importateurs n’auront d’autre choix que de répercuter ces coûts sur les consommateurs », prévient-il.
Le prix du pétrole, indicateur sensible en période de tension, constitue un autre facteur de vulnérabilité. Une flambée durable aurait un impact direct sur le transport, l’énergie et, par ricochet, sur le coût de la vie. Parvez Dookhy partage cette analyse et souligne que la conjoncture internationale complique davantage l’équation budgétaire nationale. « Le trafic maritime pourrait être perturbé, le fret augmenter, et le pétrole continuer à grimper. Maurice ne pourra pas éviter ces effets », affirme-t-il.
À l’approche du budget, il estime que l’environnement mondial instable accentue la pression. « Lorsque l’on évoque la nécessité de mobiliser des milliards supplémentaires, cela traduit une tension financière réelle. Dans un contexte de crise internationale, attendre des retombées liées à des accords extérieurs peut constituer un signal préoccupant », dit-il.
Au croisement de la géopolitique et de l’économie, Maurice se retrouve ainsi dans une position délicate. Si la question de la souveraineté sur les Chagos demeure centrale sur le plan juridique, la crise actuelle rappelle que les grands équilibres stratégiques se jouent souvent ailleurs.sharo